Y A PAS DE GARÇONS

Publié le par Gianmarco Toto

Dans mes ateliers théâtre, les filles son souvent plus nombreuses que les garçons. Pour cette raison, jai imaginé une série de courtes saynètes destinées aux demoiselles composées de situations drôles, absurdes ou fantaisistes. On joue avec les mots et les maux.

Y A PAS DE GARÇONS

Y A PAS DE GARCONS !!!

 

Une fille : On leur dit ?

Les filles : A l’aise. On leur dit.

Une fille : Vous croyez qu’ils vont comprendre ?

Les filles : A l’aise. Ils vont comprendre.

Une fille : Ca va les gêner.

Les filles : A l’aise. Ca va les gêner.

Une fille : Ils vont bien s’en rendre compte !

Les filles : A l’aise. Ils vont bien s’en rendre compte.

Une fille : En tout cas, on peut dire que ça se remarque.

Les filles : A l’aise. On peut dire que ça se remarque.

Une fille : Faut tout de même pas abuser.

Les filles : A l’aise. Faut pas abuser.

Une fille : Et puis quoi, c’est évident.

Les filles : A l’aise. C’est évident.

Une fille : Parce qu’il faut tout leur dire en plus ?

Les filles : A l’aise. Faut tout leur dire.

Une fille : C’est cette société qui veut ça.

Les filles : A l’aise. C’est cette société qui veut ça.

Une fille : C’est l’isolement.

Les filles : A l’aise. C’est l’isolement.

Une fille : La solitude.

Les filles : A l’aise. La solitude.

Une fille : On ne se parle plus que par SMS ou par e-mail. On ne se voit plus.

Les filles : A l’aise. On ne se voit plus.

Une fille : On finit par ne plus se reconnaître.

Les filles : A l’aise. On finit par ne plus se reconnaître.

Une fille : Puis vient l’indifférence.

Les filles : A l’aise. L’indifférence.

Une fille : Bon ! ON leur dit !

Les filles : A l’aise. On leur dit !

Toutes les filles : Y’a pas de garçons !

 

JE SUIS FATIGUE

1 : Je suis fatiguée. Je suis fatiguée. Je suis fatiguée.

2 : Hm !

1 : Je suis fatiguée. Je suis fatiguée. Je suis fatiguée.

2 : Tu me fatigues.

1 : Oui. Je sais. C’est fatiguant.

2 : C’est fatiguant.

 

(Un silence)

 

1 : Que faire pour ne plus être fatiguée ?

2 : « Défatigue-toi ! »

1 : Ca n’existe pas, ça, se « défatiguer ». On dit se reposer, se remettre en forme, se remettre en train, mais ça n’existe pas se « défatiguer ».

2 : Tu me saoules !

 

(Un silence)

 

1 : Je suis saoulée. Je suis saoulée. Je suis saoulée.

2 : Hm !

1 : Je suis saoulée. Je suis saoulée. Je suis saoulée.

2 : Tu me saoules !!

1 : Oui. Je sais. C’est saoulant !

 

(Un silence)

 

1 : Que faire pour ne plus être saoulée ?

2 : Dessaoule-toi !

1 : Ca ne se peut pas, ça, me dessaouler. Je ne bois jamais. Alors ça ne peut pas, ça, me dessaouler.

2 : Tu me ruines !!!

 

(Un silence)

 

1 : Je suis ruinée. Je suis ruinée. Je suis ruinée.

2 : Hm !

1 : Je suis ruinée. Je suis ruinée. Je suis ruinée.

2 : Tu me ruines !!!

1 : Oui, je sais, c’est ruinant.

2 : C’est ruinant !!

 

(Un silence)

 

1 : Que faire pour ne plus être ruinée ?

2 : Trouve-toi un garçon. (Elle sort)

1 : Ah ! Ca c’est nul. (A la coulisse) Hé ! Tu entends ? C’est nul. C’est mesquin ? (Elle se ravise, jette un coup d’œil au public et pleure) Je suis fatiguée. Je suis fatiguée. Je suis fatiguée.

 

T’ES QU’UNE FILLE

1 : Je suis vexée.

2 : Pourquoi ?

1 : Tout à l’heure, tu m’a dit que j’étais qu’une fille.

2 : Ben ! C’est vrai ! T’es qu’une fille !

1 : Et bien, c’est petit, petit, tout petit.

2 : Y’a pas de mal à être qu’une fille !

1 : Pas comme ça. Ca fait pitié !

2 : Oh ! Ca va ! Il y a pire ! Moi, on me traite de garçon manqué.

1 : Garçon manqué ?

2 : Garçon manqué ;

1 : C’est un pléonasme. Pour un être un garçon, il faut être déjà manqué quelque part. Toi, t’es qu’une fille.

 

(Un silence)

 

2 : Je suis vexée

1 : Pourquoi ?

2 : Tout à l’heure, tu m’a dit que j’étais qu’une fille.

1 : Ben, c’est vrai, t’es qu’une fille !

2 : Et bien, c’est petit, petit, tout petit !

1 : Y’a pas de mal à être qu’une fille !

2 : Pas comme ça. Ca fait pitié.

1 : Oui, c’est vrai.

2 : Et pourtant…

1 : Et pourtant…

Les deux : T’es qu’une fille…

 

C’EST BEAU UNE FILLE LA NUIT

1 : Ben ! Qu’est-ce que tu fais comme ça toute seule dans le noir.

2 : Je ne suis pas dans le noir. Je fais corps avec la nuit.

1 : La nuit ça n’a pas de corps.

2 : Si. Lève les yeux. Elle a son corps astral : la lune.

1 : A son corps défendant.

 

(Un silence pendant lequel 1 regarde 2 se pâmer dans le nuit)

 

1 : Et là ? Tu fais quoi avec son corps à la nuit ?

2 : Chut ! Je communique. Les étoiles me parlent.

1 : Les étoiles ne parlent pas.

2 : Mais si. Tu ne comprends pas. Elles brillent. Il vaut mieux briller que de parler. Alors les mots deviennent comètes qui elles-mêmes s’amassent en phrases astronomiques.

 

(Un silence pendant lequel 1 s’impatiente devant 2 qui danse passionnément dans le vide)

 

1 : Et là ? Tu fais quoi ? Tu danses avec un cosmonaute ? Ah, non ! Je sais ! Tu arpentes les rayons d’une bibliothèque spatiale qui contient toutes les phrases  galactiques répertoriées, étiquetées, rangées, ordonnées, comme de bons petits hommes verts soldats de la troisième planète en partant du rez-de-chaussée près de la concierge qui, pour l’occasion, à revêtue sa combinaison… (Hurlant agacée) Arrête ma petite ! Arrête ça tout de suite et redescend de ta navette.

2 : (s’arrêtant) Mais tu n’as pas compris. C’est beau une fille la nuit.

1 : Ah ! Oui, ça tu l’as dit bouffi. C’est du beau une fille la nuit, c’est du beau ….

 

(Elles sortent)

 

 

 

COUP DE FOUDRE

 

1 : La première fois que je l’ai vu, j’en croyais pas mes yeux !

2 : Ca a du te faire un choc.

1 : Comme tu dis. Un véritable coup de foudre. Je restais là, comme ça immobile…

2 : Oh ! La, la !

1 : Mes jambes ne me tenaient presque plus.

2 : Ouille ! Ouille ! Ouille !

1 : Je perdais ma respiration…

2 : Ouh ! La, la !

1 : Je ne pouvais plus rester comme ça…

2 : Oh ! Ben ! Je te comprends, dis !

1 : Alors, je l’ai fait…

2 : C’est pas possible ! Raconte…

1 : Voilà. Je suis entré…

2 : Hein ? Tu as osé ?

1 : Comme je te le dis. Je ne me contrôlais plus…

2 : Et après ?

1 : Tout le monde me regardait. D’un instant à l’autre je pouvais être la proie du ridicule, comme une bête blessée…

2 : Quel suspens ! Continue !

1 : Lui, il restait là, immobile. Il me regardait avec ses grands yeux langoureux. Je me sentais fondre…

2 : Oh, la, la ! Ca doit être génial à vivre. Qu’est-ce que je donnerai pas pour que ça m’arrive.

1 : Et puis l’autre pimbêche, elle s’est avancée « Vous désirez mademoiselle ? » De quoi je me mêle !

2 : Faut toujours qu’il y ait une jalouse dans les parages. C’est pas nouveau.

1 : Je ne me suis pas laissé faire. Quand, elle s’est approché, j’ai hurlé : « C’est lui que je viens voir. Je le veux. Il est à moi !!! »

2 : Gonflée !

1 : Alors, je me suis avancé vers lui : l’instant magique. Et je l’ai pris dans mes bras et je l’ai embrassé très fort.

2 : Oh, c’est beau. J’ai presque envie de pleurer.

1 : Et je l’ai emmené avec moi !

2 : (se rajustant regardant de tous les côtés) Quoi ? Aujourd’hui ? Pourquoi, tu ne l’as pas dit plus tôt ? S’il me voit dans cet état, il va me prendre pour une quiche ! Où qu’il est ? Montre-le moi discrètement !

1 : (sortant une peluche) Il est pas craquant mon roudoudou… ?

2 : (déçue et vexée) Idiote, c’est un… J’aurais du m’en douter. Petite fille, va ! Gamine ! (Elle sort)

1 : Mais attend ! Reviens ! Je t’ai même pas dis son nom… Et voilà. Une de plus. Maman m’avait bien prévenue… : « Ma fille. Le jour où tu connaitras le coup de foudre, le grand amour, tu pourras compter tes amies sur les doigts d’une seule main !! »

 

 

 

FABLE

 

1 : Maître corbeau sur un arbre perché tenait en son bec un fromage…

2 : C’est nul. Tout le monde sait que les corbeaux ça ne mange pas de fromage !

1 : …Maître Renard par l’odeur alléché lui tint à peu près ce langage…

2 : C’est vraiment nul ! Tout le monde sait que les renards aussi ne mangent pas de fromage.

1 : …Et bonjour, monsieur du corbeau ! Que vous êtes joli. Que vous me semblez beau !

Si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le phénix des hôtes de ces bois…

2 : Et en plus on fait passer les corbeaux pour des idiots et les renards pour des lascars. C’est scandaleux !

1 : …Ah, ces mots le corbeau ne se sent plus de joie et pour montrer sa belle voix, il ouvre un large bec et laisse tomber sa proie…

2 : Qu’est-ce que je disais ? Quel mépris, quelle suffisance dans le style ? Qui est l’auteur de ce torchon ?

1 : …Le renard s’en saisit et dit : Apprenez mon bon monsieur que tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute, cette leçon vaut bien un fromage sans doute.

2 : C’est grave, c’est nul ! C’est pitoyable ! Tu te rends compte que tu mérites mieux que cette fable minable de niveau cours élémentaire.

1 : Pardon ?

2 : Oui, je sais c’est surprenant et il n’est plus temps de se taire ! Je ne sais pas qui est ton professeur de théâtre mais là, il s’est fichu de toi ?

1 : Ah, bon ? Tu crois ?

2 : Comme je te le dis ma petite. Moi, à ta place, je refuse tout net un tel texte et j’exige une explication immédiate. Mépriser, de cette façon, une fille qui a ton talent, c’est pitoyable.

1 : (réalisant soudain) Ouais, tu as raison ! Et je n’avais rien vu ! Comment ais-je pu être aussi aveugle ?

2 : C’est ta sincérité, ton sérieux qui t’a trompé, c’est sûr ! Moi, à ta place…

1 : Merci. Merci, je vais régler ça tout de suite. Où qu’il est celui-là !

2 : Je crois que je l’ai vu dans la coulisse, là-bas.

1 : Et encore merci du conseil. (Elle sort furieuse)

 

(Entre le professeur de théâtre qu’on entendra en off)

 

Le prof : Bonjour, ta camarade n’est pas là ? Je devais écouter sa fable…

2 : Non. Tout compte fait, elle ne le sent pas vraiment ce texte… Elle ne le trouve pas assez à son goût…

Le prof : Ah ? Bon. Tant pis. Et toi ? Tu ne voudrais pas le reprendre ?

2 : (faisant mine d’être surprise) Moi ? Oh, je ne sais pas si je pourrais…

Le prof : Essaie toujours. Nous verrons bien… Tiens dis-moi juste une des phrases comme ça. La première qui te vient à l’esprit…

2 : …Apprenez mon bon monsieur que tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute. Cette leçon vaut bien un fromage sans doute…

Le prof : Et bien voilà ! C’est pas mal du tout ! Tu vas un moment en coulisse la mémoriser et je te rappelle.

2 : Merci, monsieur. (Elle sort un sourire hypocrite sur les lèvres)

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Publié dans Théâtre enfants