PLANETE QUI RIT, QUI PLEURE

Publié le par Gianmarco Toto

Un explorateur de l'espace, un peu fantaisiste et distrait, accompagnée de son fidèle robot, atterrit su une planète vraiment bizarre. Là, deux peuples, entre rires et larmes, entre joie et tristesse se font une guerre impitoyable. Notre explorateur va-t'il réussir à marier tous ses sentiments si opposés et pourtant complémentaires ? Une mission bien particulière où l'amour l'emporte toujours.

PLANETE QUI RIT, QUI PLEURE

Personnages

Bob Simply (explorateur de l’espace)

Bobby one (fidèle robot de Bob Simply)

Taciturnis 1er : Roi des taciturnis

Taciturno : fils du roi Taciturnis 1er

Jovialissime 1er : roi des Jovialos

Jovialina : fille de Jovialissime 1er

Des gardes Taciturnis et Jovialos

Scène 1

Atterrissage réussi

(Un spationaute avance lentement très gêné par sa combinaison.)

Bobby one : - Je répète : l’atmosphère de cette planète est tout à fait respirable. Je répète : l’atmosphère de cette planète est tout à fait respirable…

Bob : (Agacé) - Bobby one. S’il te plait. Ne radote pas comme ça. On dirait ma vieille tante Ursula. Et puis laisse-moi vérifier par moi-même que l’atmosphère est respirable…

Bobby one : - Entendu, mais… Je répète : L’atmosphère de cette planète est tout à fait respirable.

Bob : - (Après quelques manipulations de son détecteur d’ondes.) Tout est OK. L’atmosphère est respirable…

Bobby one : - Ben voyons…

Bob : - (Tout en retirant son casque de spationaute.) Cher Bobby one, je ne t’ai pas conçu pour contrer de façon permanente  toutes mes initiatives… Deux vérifications valent mieux qu’une…

Bobby one : - (De façon saccadée) Rappel de l’article 34576 alinéa 15 module 24 du protocole des androïdes : tout androïde doit fidélité, service et soutien à son concepteur humanoïde et ce quel qu’en soit les conséquences.

Bob : - Je sais, je sais, tête de conserve, c’est moi qui l’ai mis au point ce protocole…

Bobby one : - On se demande qui contre qui, ici…

Bob : (Jetant un œil tout autour de lui.) - Etrange cette planète. Il n’y a des signes incontestables de vie mais toujours aucun sujet à l’horizon.

Bobby one : - Ils ont peut être peur de nous…  

Bob : - (les yeux rivés sur son radar d’appoint) Attendez, attendez ! Quelque chose bouge par là !

Bobby one : - En effet. Mes capteurs ont détecté des vibrations qui émanent de cet endroit.

Bob : - Ca se rapproche mais je ne vois pourtant rien…

Bobby one : - C’est normal. Il est impossible de les voir et pourtant ils sont là et se rapprochent encore.

Bob : - Bon sang ! Doit bien y avoir un moyen de les repérer…

Bobby One : - Ca ne servirait à rien car on ne les verrait pas non plus…

Bob : - Et pourquoi ça !

Bobby one : - Parce qu’ils sont là, sous nos pieds…

Bob : - Sous nos pieds ? Tu ne pouvais pas le dire avant…

(Soudain une multitude de bras surgissent du sol et emportent Bob et son robot sous la terre.)

Scène 2

Les Taciturnis

(Dans les profondeurs, Bob s’éveille, Bobby one attend.)

Bob : - (Réalisant) Seigneur ! Cela fait combien de temps que je suis là ? Et Bobby ? Où est Bobby one ? (Parlant dans l’intercom de son poignet.) Bob à Bobby one… Bob à Bobby one… Où es-tu tas de ferraille ?

Bobby one : - Pas loin derrière toi…

Bob : - (sursautant) Seigneur, tu as failli m’éclater le cœur. Tu ne pouvais pas te montrer avant ?

Bobby one : - Rappel de l’article 32410 alinéa 10 module 23 du protocole des androïdes : l’androïde doit rester en communication avec son concepteur dès que ce dernier est tout à fait apte à gérer la dite communication.

Bob : - D’accord, je vois. Si j’avais été dans le coma, tu aurais attendu combien de temps encore ? 

Bobby one : - Mes batteries ont une capacité maximum de 1765 jours, deux heures et vingt minutes. Attendre fait partie de mes priorités protocolaires.

Bob : - Faut vraiment que je révise ce protocole, moi. Bon. Où en est notre situation, Bobby one ? Je pense que tu as tout le temps nécessaire pour faire le point, espèce d’ingrat.

Bobby one : - Avons été enlevé par entités inconnues et sommes prisonniers. Issues inexistantes. Sas inexistants. Vues extérieures inexistantes.

Bob : - Nous sommes fait comme des rats, quoi…

Bobby one : - Rats inexistants… Quelqu’un approche…

Bob : - Ah ! Enfin, un premier contact ! Description, Bobby one.

Bobby one : - Humanoïdes de petites tailles. Attitude antipathique. Armés.

Bob : - Aïe ! Bob, mon Bob, va falloir sortir tout l’arsenal diplomatique et pour commencer tâchons de leur montrer que nous sommes pacifiques.

(Deux créatures font leur entrée et menacent de leurs armes les prisonniers.)

Bob : - Je vous salue, habitants de cette planète et suis heureux de faire votre connaissance. Nous venons en paix de la planète terre et souhaitons partager la joie de cette rencontre avec vous.

Un taciturnis : - Heureux ?

Un autre taciturnis : - Joie ?

Un taciturnis : - (menaçant Bob de son arme) C’est bien ce que je pensais vous êtes dangereux pour les Taciturnis… Pas un geste et pas un rire ou sinon…

Bob : - Mais nous ne vous voulons aucun mal…

L’autre taciturnis : - C’est justement pour cette raison que vous êtes dangereux. Suivez-nous et ne discutez pas, ne riez pas et ne plaisantez pas. Notre roi, Taciturnis 1er, veut vous interroger.

Bob : - Et bien je serai ravi de faire sa connaissance.

Un  taciturnis : (S’adressant à son camarade.) - Tu l’as entendu ?

L’autre taciturnis : - Oui, méfions-nous. Ils sont dangereux. C’est certain. (S’adressant aux prisonniers.) Allez, vous ! Passez devant et pas de plaisanterie, c’est compris ?

Bob : - Tout à fait. Mais il n’est pas nécessaire de pointer vos armes sur nous. Je vous répète que…

Bobby one : - N’insiste pas, Bob. Mes capteurs m’indiquent que ces créatures ne sont pas du tout de bonne humeur…

Bob : - (Minaudant agacé) Non ! C’est vrai ? Je ne m’en serai pas rendu compte tout seul, tu vois !

Un taciturnis : - Avancez !

(Ils sortent suivis des gardes taciturnis qui les menacent toujours de leurs armes.)

Scène 3

Taciturnis 1er

(Bob et Bobby one sont jetés au sol près d’un trône immense.) (Le décor de cette grande salle est triste, terne et gris.)

Un taciturnis : - (prenant position devant le trône) Horreur et désespoir à notre roi irrespectueux : Taciturnis 1er.

Tous les taciturnis : - (Dégoûté et se contorsionnant de douleurs.) Horreur et désespoir ! Horreur et désespoir !

(Taciturnis premier fait son entrée sous les huées de son peuple.)

Taciturnis 1er : - Silence ! Mécréants ! Pauvres résidus ! Je vous déteste, je vous maudis !

Tous les taciturnis : (en se prosternant) Nous aussi, O roi détesté, nous aussi !

Bob : - (en aparté à Bobby one) Ils ont passé trop de temps sous la terre ces loustics, là. Que disent tes capteurs Bobby one ?

Bobby one : - Créatures de très méchante humeur. Caractère très coléreux. Aucune trace de joie. Profonde tristesse générale.

Bob : - Il n’y a qu’à voir.

Taciturnis 1er : - Qu’on m’amène les prisonniers !

(Bob et Bobby one sont saisis et jetés violemment au pied du trône.)

Taciturnis 1er : - (D’un air menaçant et terrible.) Je ne suis pas du tout content de vous voir et je ne le serai jamais. Je vous déteste déjà. Et c’est tant pis. Qui êtes-vous ?

Bob : - Nous venons en paix de la planète Terre…

Taciturnis 1er : - En paix ? Il est interdit de parler de paix chez les Taciturnis. La paix c’est bon pour les autres. Nous c’est la guerre qui nous convient. La guerre, le massacre, vous m’entendez ?

Tous les taciturnis : - La guerre ! La guerre ! La guerre !

Bob : - Nous n’avons aucune raison d’entrer en guerre avec vous. Nous ne voulons que le bien et l’entente…

(Cris de rage et colère des Taciturnis.)

Tous les taciturnis : - Qu’on les enferme ! Qu’on les torture ! Qu’on les brûle et qu’on les fasse pleurer jusqu’à la dernière goutte !

Bob : (en aparté à Bobby.) - Que faisons-nous Bobby one ? Je sens que tout ça va mal finir…

Bobby : - (même jeu) Après analyse, mon décodeur a décrypté les principaux fondements de leur langage. Puis-je leur parler ?

Bob : - Vas-y doucement quand même…

Bobby one : - (S’avançant au milieu des Taciturnis) Ecoutez  mauvais peuple Taciturnis !

Bob : - Je t’ai dit d’y aller doucement…

Bobby one : - Nous sommes venus jusqu’à vous car votre réputation d’immondes imbéciles, tristes, méchants et coléreux vous a précédé dans toute la galaxie…

Bob : - Mais, tu as fondu les batteries, tu veux nous faire tuer ? Tais-toi donc tas de ferraille !

(Le peuple Taciturnis se calme et écoute.)

Taciturnis 1er : - Ah ! Tu m’intéresse, androïde terrien. Notre réputation d’immondes… dis-tu ?

Bobby one : - D’immondes imbéciles, oui, pauvre roi sans espoir. Votre sale réputation…

(Le peuple Taciturnis montre des signes d’acceptation.)

Bob : - Mais arrête, je te dis, maudite boîte de conserve !

Bobby one : - Que mon maître me pardonne, mais c’est le seul moyen de les calmer. Ils ne comprennent que la mauvaise humeur et les mauvaises vibrations. Je leur parle dans un langage qu’ils peuvent entendre. Ecoutez et rendez-vous compte par vous-même… (S’adressant à Taciturnis 1er) …Oui, pauvre roi dégénéré, votre sale réputation vous déshonore et c’est tant pis. Vous n’êtes sûrement pas un exemple pour le reste de la galaxie et chacun vous déteste comme il se doit.

Taciturnis 1er : - (calmé) Tes paroles m’offensent bien. Je ne vais pas vous éliminer tout de suite. Je vais attendre encore. J’ai besoin de réfléchir.

Bob : - Pas content de vous l’entendre dire !

Bobby one : - (en aparté à Bob) C’est ça. Tu as compris, petit maître. Regarde, il se sent plus rassuré à présent…

Bob : - Ce qui n’est pas mon cas. Il nous faut déguerpir d’ici au plus vite.

Taciturnis 1er : - Qu’on les ramène à leur cage ! Je me retire dans mes appartements et qu’on me dérange tout le temps ! (Il sort.)

Scène 4

L’évasion

Bob : - (en aparté à Bobby One) J’ai une idée ! Il faut les mettre en confiance et profiter d’un moment d’inattention pour s’échapper. Nous trouverons bien une issue une fois libre. Fais comme moi ! (S’adressant aux gardes.) Vous n’êtes des gardes trop efficaces. Votre roi doit être bien satisfait par vos comportements disciplinés.

Un garde : - Que dis-tu ? Nous somme détestés, comme il se doit, pas notre roi !

Bob : - Ne me faites pas confiance ! Si j‘étais vous, je me montrerais encore plus incompétent et inefficace.

Bobby one : - Il n’a pas du tout raison. A votre place, je ferai encore plus d’écarts de conduite, de manquements aux ordres et j’obtiendrai, par là, encore plus de haine de la part de mon roi.

Bob : - (en aparté à Bobby one) Bien vu, c’est qu’il y en a dans cette tête de métal !

Un garde : – Mais que faire pour être encore plus détesté par notre roi ?

Un autre : - C’est vrai. On ne peut pas faire plus mal que ce que l’on fait déjà !

Bob : - Détrompez-vous ! On peut toujours faire pire. Par exemple, au lieu de nous surveiller avec zèle, montrez-y un peu de mauvaise volonté. Détournez le regard…

Un garde : - (Tournant la tête.) Comme ceci ?

Bob : - Voilà. Ca c’est digne du plus mauvais garde qui ait jamais existé.

L’autre garde : - (Tournant aussi la tête.) Et moi ? Suis-je détestable ?

Bob : - Plus détestable, il n’y a pas.

Un garde : (A l’autre) Comment, mais c’est moi le premier qui est vraiment détestable.

L’autre garde : - C’est faux. Le terrien l’a dit. Je suis celui qui est le plus médiocre et je mérite tout la haine de mon roi.

Bob : - C’est pitoyable. Continuez comme ça…

Un garde : - Tu n’es pas assez mauvais et je suis plus mauvais que toi…

L’autre garde : - Non, c’est moi…

Un garde : - Je vais te fracasser la tête. C’est moi je te dis…

(Une dispute s’engage entre les deux gardes.)

Bob : - N’attendons pas qu’ils se raccommodent. Fuyons !

Bobby one : - Il n’y a pas de grandes chances qu’ils s’entendent. Mauvais comme ils sont…

(Bob et Bobby one sortent sans se faire remarquer.)

Scène 5

Les jovialos

(Quelques temps plus tard, Bob et Bobby One refont surface.)

Bob : - Ouf ! J’ai vraiment cru qu’on allait y rester.

Bobby one : - A qui le dis-tu ! Ces créatures sont vraiment déprimantes.

Bob : - Comment peux-tu parler de déprime ? Tu n’es qu’un robot, une machine. Les machines ne peuvent pas ressentir les émotions.

Bobby one : - Dois-je rappeler à mon concepteur qu’est inscrit dans le protocole l’article 74 305 alinéa 24 module 32 du …

Bob : - Oui, oui, bon, ça va ! Nous nous chargerons du protocole une autre fois. Allons plutôt dans cette direction et éloignons-nous de ces tristes sauvages sans gaieté…

(Bob et Bobby n’ont pas le temps de faire quelques pas que soudain ils sont encerclés par un groupe de créatures souriantes.)

Un jovialo : - Excellent, mes frères ! Vous voyez ? Je vous l’avais bien dit. J’étais certain d’avoir vu un engin se poser sur notre planète.

Un autre : - Poil aux gambettes.

(Tous les jovialos rient de concert.)

Bob : - Voilà autre chose…

Un jovialo : - Ils n’ont pas l’air désagréable. Surtout l’humanoïde, plutôt bonhomme et avec une bonne tête de gagnant…

Un autre : - Poil aux dents.

(Rires des jovialos.)

Bob : - Une bonne tête de gagnant ? Ca veut dire quoi, ça ? Il m’agace celui-là…

Un jovialo : - Poil aux bras.

(Rires des jovialos.)

Bob : - Ca les fait rire en plus.

Bobby one : - A ta place, je leur montrerai un peu plus de sympathie. Je commence à comprendre ce qu’il se passe…

Bob : - Ah, oui ? Et bien garde tes réflexions pour toi. Je ne vais tout de même pas laisser des étrangers se payer ma tête… (De façon antipathique aux jovialos.) Nous venons de la planète Terre. Je suis curieux de savoir ce qui vous fait autant rire…

Un jovialo : - Réflexion faite, il n’a pas l’air si sympathique que ça, lui.

Un autre : - On devrait les emmener devant notre roi.

Un autre : - Poil aux doigts !

(Rires des jovialos.)

Bob : - (Très en colère.) Ah, non ! Ca ne va pas recommencer ! Il n’est pas question de vous suivre… Nous sommes libres…

Un jovialo : - Attention ! Il est taciturne ! Balancez-lui la purée !

Un autre : - Poil au nez !

(Tout en riant, les jovialos tirent à bout portant un liquide coloré sur Bob.)

Bob : - (Tout en s’essuyant la combinaison.) Non mais vous êtes malades ? Une combinaison spatiale toute neuve… Je vous jure que… Je vous… (Pris d’un énorme fou rire.) Je vous jure que ça ne va pas se passer comme ça… Hi ! Hi ! Hi !... Vous allez me le payer… J’exige réparation… Ha ! Ha ! Ha !

Bobby one : - Je t’avais prévenu… Ils t’ont aspergé d’une sorte de gaz hilarant… Inoffensif mais très efficace…

Bob : - Oh ! Toi ! Ca va ! Ha ! Ha ! Ha ! Laisse-moi tranqui… Hi ! Hi ! Hi ! Tout ça c’est de ta fau… Ho ! Ho ! Ho !

(Bob et Bobby one sont emmenés sous bonne escorte.)

Scène 6

Sa Sainte gaieté Jovialissime 1er

(Bob et Bobby one, escortés par les gardes jovialos, entrent dans une grande salle de palais. Sur un trône, sa sainte gaieté Jovialissime 1er rit de bon cœur devant un programme comique qu’il regarde sur de nombreuses écrans.) (Bob n’est plus sous l’effet du gaz hilarant.)

Un jovialo : - (Bondissant vers le trône) Fou rire et joie de vivre à sa sainte gaieté Jovialissime 1er.

Tous les jovialos : - Fou rire et joie de vivre !

Bob : - Ouais. C’est ça. Mort de rire.

Bobby one : - (à Bob en aparté) Je te conseille de ne pas en rajouter si tu ne veux pas t’en repayer une tranche…

Bob : - Pas d’inquiétude. Je crois que j’ai ri pour toute l’année.

Bobby one : - Montre-toi gai et souriant, je crois que ça passera mieux.

Jovialissimme 1er : - Alors ? C’est vous les envahisseurs ? C’est avec joie que je vous déclare prisonniers.

Bob : - (Affichant un sourire idiot sur les lèvres.) Je crois qu’il y a méprise, sainte gaieté Jovialissime 1er. Nous ne sommes pas venus en envahisseurs mais plutôt en tant qu’ambassadeurs de la planète Terre. (En aparté à Bobby one.) J’ai l’air complètement idiot à sourire comme je le fais…

Bobby one : - (en aparté à Bob.) Au contraire, continue à sourire comme ça. Ca le mettra en confiance…

Jovialissime 1er : - La planète terre ? Connais pas…

Bob : - C’est une planète où il fait bon vivre et où nous aimons chanter et rire dans le bonheur et la joie… Cool, peace, sun and flowers, my brother… (Se retournant vers Bobby one en aparté.) Et là, ça te va comme ça ?

Bobby one : - (Toujours en aparté) C’est parfait. Mais ne fais pas trop dans le cynisme. Il pourrait le repérer.

Jovialissime 1er: - Cool ? Peace ? Flower my brother ? Je ne sais pas ce que cela veut dire mais cela raisonne gaiement à mes oreilles.

Bobby one : - Tu vois ? Qu’est-ce que je te disais ?

Bob : - Oui. Ce sont des expressions pleines de bonheur et de convivialité que nous aimons utiliser sur terre.

Jovialissime 1er : Ta planète me réjouit, terrien, et je suis prêt à en savoir plus. Mais pour l’instant, il se fait tard et j’ai tellement rit qu’un heureux sommeil me conviendra parfaitement. Vous pouvez aller joyeusement où vous voudrez dans mon palais mais vous devrez y rester. Nous reprendrons cette conversation dès demain. (Le monarque sort en souriant et baillant.)

Tous les jovialos : - Gloire à sa sainte gaieté Jovialissime 1er !

(Chacun se disperse laissant seuls Bob et Bobby one.)

Scène 7

Jovialina

Bob : - Mon pauvre Bobby one, qu’allons-nous devenir à présent ? Mes joues me font atrocement souffrir à sourire bêtement comme ça…

Bobby one : - Et pourtant, nous sommes bien obligés d’en passer par là. C’est étrange tout de même, sur cette planète, il y a deux peuples, l’un est triste comme la pierre, l’autre est gai comme un rossignol… Mes neurotransmetteurs s’y perdent…

Bob : - Et bien entendu, je suppose qu’après tout ce que nous avons pu constater que les deux sont ennemis jurés.

Bobby one : - Nous voici au cœur d’un drôle de conflit…

(D’un coin de la salle du palais avance une jeune fille souriante.)

Jovialina : - Alors, c’est vous les étrangers de la Terre ?

(Bob et Bobby one sursautent et affichent immédiatement un sourire idiot sur leurs lèvres.)

Bob : - Bonsoir, mademoiselle. Nous ne vous avons pas entendu arriver. Sinon, nous aurions sauté de joie et d’allégresse.

Jovialina : - Inutile de faire semblant. Mon père, Jovialissime 1er, est peut être naïf mais moi c’est tout autre chose. Je le vois bien que vous forcez ce sourire. N’ayez pas peur, je ne dirai rien…

Bob : - Ah, bon… Pourtant quand on vous voit comme ça, belle et souriante, on n’a qu’une envie : c’est de vous rendre la pareille…

Jovialina : - Ne dites pas cela. En vérité, mon sourire cache une profonde tristesse. Mais si j’osais la dévoiler, je crois que cela rendrait mon père malheureux.

Bob : - Pauvre enfant… Enfin, je veux dire…

Jovialina : - Oui, c’est cela. Ne vous excusez pas. Pauvre enfant… Mon cœur est brisé… (Elle pleure tout en souriant.)

Bobby one : - Mes récepteurs m’apprennent que cette jeune personne souffre de ce que vous appelez « chagrin d’amour ».

Bob : - Tout un paradoxe, mon cher Bobby One, tout un paradoxe ! (A Jovialina.) Allez, ma chère enfant, il faut vous ressaisir. Un chagrin d’amour, c’est quelque chose de très beau quand même. Confiez-vous. Nous pouvons peut être vous aider… Qui est l’heureux élu ?

Jovialina : - Taciturno, le fils du roi des Taciturnis,… Cela fait tant de temps que nous nous aimons en secret mais les différences qui divisent nos deux peuples ne pourront jamais nous réunir. C’est sans espoir…

Bob : - (attirant Bobby one à part) Je crois mon cher Bobby one que nous tenons là l’unique chance de nous sauver de cette planète infernale. Proposons lui notre aide et en échange, ils pourront peut être nous aider à déguerpir d’ici.

Bobby one : - C’est risqué. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Bob : - (revenant à Jovialina) Nous avons rencontré le peuple de votre bien aimé.

Jovialina : - C’est vrai ?

Bob : - Tellement vrai que nous aurions pu y laisser toutes les larmes de notre corps.

Bobby one : - (A Bob) Parle pour toi. Moi, je ne suis pas programmé pour pleurer…

Bob : - Nous avons réussi à nous enfuir. Nous savons par où nous pouvons nous introduire de nouveau chez les Taciturnis. Et une fois sur la place, que dirons-nous à cet amant éploré ?

Jovialina : - (retrouvant le sourire) Oh ! Dites-lui tout le bien que je pense de lui et aussi que j’espère le revoir vite.

Bob : - Comptez sur nous, souriante demoiselle. (A Bobby one.) Bobby one, allons, fier représentant du progrès technologique, allons sauver cet idylle improbable !

Bobby one : - Oui. C’est cela. Allons sauver la veuve et l’orphelin…

Bob : - Je me trompe ou je sens une pointe de sarcasme dans tes propos ?

Bobby one : - Sarcasme ? Je ne suis pas programmé pour les sarcasmes.

Bob : - (Suspicieux) Oui, oui. Avance tête de métal…

(Bob et Bobby one sortent. Jovialina les suit du regard en leur adressant un petit signe de la main.)

(Entre Jovialissime 1er dans un pyjama coloré, arborant un immense bonnet de nuit de toutes les couleurs et chandelle à la main.)

Jovialissime 1er : - Que fais-tu ma fille à cette heure joyeuse et tardive de la nuit ?

Jovialina : - Je pensais, père, à tous ces bonheurs, ces éclats de rires et de joie qui hantent les murs de ce palais.

Jovialissime 1er : - (Un peu soupçonneux) Point de nostalgie, je l’espère, ma fille. La nostalgie est sœur de la tristesse et du regret. Tu t’en souviens.

Jovialina : - Oh ! Non, père ! Pourquoi nostalgique ? Y a-t-il une raison ? (Baillant avec un large sourire.) Ma chambre m’appelle, père. Puis-je me retirer dans mes appartements ?

Jovialissime 1er : - Oui, mon allégresse, va, dort et fais de beaux rêves. (Il embrasse tendrement Jovialina sur le front et la suit du regard qui sort.)(Soudain changeant de mine.) Garde ! Garde !

(Deux gardes entrent, un sourire large sur les lèvres.)

Les gardes : - Joie et bonheur à sa sainte gaieté Jovialissime 1er.

Jovialissime 1er : - C’est bon. C’est bon. Baissez d’un ton et écoutez-moi bien.

Les gardes : - Nous sommes heureusement tout ouïes, O sainte gaieté…

Jovialissime 1er : - Silence ! Vous dis-je, heureux imbéciles… Vous allez réveiller tout le palais !!! Ecoutez-moi bien. Vous allez retourner là où se trouve l’engin spatial de ces terriens et vous allez tout fouiller. Je veux tous les renseignements possibles que vous pourrez trouver : données informatiques, objets inconnus, nourriture,… Que sais-je ? Ramenez ici tout ce qui pourra nous informer sur ces étrangers. Allez !

Les gardes : - A vos ordres, O sainte gaieté…

Jovialissime 1er : - Moins fort, j’ai dit et hâtez-vous, haut les cœurs !

(Les gardes sortent et le roi disparaît en chantonnant et esquissant un guilleret pas de danse.)

Scène 8

Taciturno

(Dans les profondeurs du royaume des Taciturnis, Bob et son robot avancent prudemment.) (Bobby one couine un peu des jointures.)

Bob : - Pourrais-tu, je te prie, moins couiner des jointures. Nous risquons de nous faire repérer.

Bobby one : - Avec tout le respect que je te dois, cher concepteur, cela fait plusieurs jours que je sollicite un bain d’huile. A présent, je ne peux tout de même pas me mettre hors service pour…

Bob : - Chut ! Cachons-nous ! On approche ! Ce sont les gardes taciturnis !

Bobby one : - Il y a une autre personne avec eux !

(Les deux amis se fondent avec l’obscurité du lieu.)

Bob : - Rien que de voir leurs mines déprimés, ça me met le bourdon.

Bobby one : - Oui. Mes capteurs ressentent la même chose…

Bob : - (Intrigué) Tes capteurs ressentent…

Bobby one : - Façon de parler…

Bob : - (Soupçonneux) Façon de parler ?

Bobby : - Silence. Les voilà !

(Taciturno entre, accompagné de deux gardes.)

Taciturno : (Aux gardes.) Et veillez moins bien que ça, à l’avenir. Mon père sera encore plus furieux si vous n’y mettez pas un peu de mauvaise volonté.

Les gardes : - Oui, ô maître Taciturno. (Ils sortent.)

Bob : - C’est lui. Pas de doute. Observons-le un peu. Mais que fait-il ?

Bobby one : - Il ouvre une lettre au papier de toutes les couleurs… Il pleure ?

Bob : - Je crois savoir de qui est cette lettre. Ah ! Amour, amour, quand tu nous tiens… Allons-y…

(Bob et Bobby one sortent de leur cachette.) (Taciturno sursaute, se dresse et dégaine une arme.)

Taciturno : - Pas un pas de plus ou je serai forcé d’utiliser mon « déprimeur».

Bob : - Sans façon. Le gaz hilarant m’a suffit. N’ayez crainte. Triste maître Taciturno, nous sommes, tout autant que vous, peinés de votre sort.

Bobby one : - Je vous rappelle maître que je ne peux ressentir la tristesse puisque le protocole 54326 alinéa…

Bob : - Silence, boîte de conserve savante. Pleurons ensemble sur le sort de maître Taciturno.

Taciturno : - Vous mentez, je le vois bien. Vous feignez d’être triste. Qui pourrait être aussi malheureux que moi ?

Bob : - Jovialina, peut être ?

Taciturno : - (Avec élan) Jovialina ? Qui vous a parlé de Jovialina ?

Bob : - C’est elle qui nous envoie vous porter ses tendres pensées, ses espoirs sur l’amour qui vous unis.

Taciturno : (Effondré) Oh ! Quel malheur ! Je me déprimerai pour elle, je…

Bob : - On se calme. On se calme. La situation est assez navrante comme ça.

Taciturno : - Mais que faire ? Aucun de nos royaumes ne consentira à nous laisser nous aimer en paix.

Bob : - Et alors ? Est-ce que vos deux royaumes sont à la mesure de votre amour ? Et puis qu’attendez-vous, là, à pleurer sur ses lettres au lieu de prendre les risques les plus morbides pour la rejoindre. Un vrai romantique, jeune homme, chevauche avec la grande faucheuse sur toutes les montures du danger pour rejoindre sa belle. La larme à l’œil et la mort dans l’âme.

Taciturno : - C’est terrible ce que vous dites, là ! Mais vous avez raison, je suis un imbécile,…

Bob : - Si vous voulez…

Taciturno : - Un sombre crétin déprimé…

Bob : - Ce n’est pas faux…

Bob Bobby : - (en aparté à Bob.) Vas-y doucement quand même. Des fois que sa susceptibilité prendrait le pas sur ses soupirs.

Bob : - Tu n’as pas tort…

Taciturno : - Un pitoyable idiot sans courage…

Bob : - Mais oui, si vous voulez, mais qu’attendez-vous pour aller la rejoindre ?

Taciturno : - Maintenant ?

Bob : - Oui. Profitez de la noirceur de la nuit pour vous faufiler jusqu’à son palais. Fondez-vous avec l’obscurité, ne faite plus qu’un avec les ténèbres. Vous savez faire ça, non, vous, fier représentant du peuple taciturnis ?

Taciturno :  - Merci, les ennemis, je vous revaudrai ça… (Il disparaît en un éclair laissant Bob et Bobby one seuls.)

Bob : - (Dans un soupir) Ah, comme c’est beau ! Qu’est-ce que je ne donnerai pas pour qu’un jour ça m’arrive…

Bobby one : - (Dans un soupir.) A qui le dis-tu !

Bob : - (D’un regard soupçonneux sur Bobby one.) A un robot qui m’inquiète de plus en plus. Faut vraiment que je jette un œil sur ton protocole… Ca devient urgent… (Il sort)

Bobby one : - (En le suivant) Juste une façon de parler. Pas de quoi s’inquiéter…

(D’un sombre coin, apparaît Taciturnis 1er, l’air très fâché et soucieux.)

Taciturnis 1er : - Alors, c’est donc ça. Mon propre fils prêt à me trahir pour cette jouvencelle hilare. Que ma colère est immense, que ma rage est brûlante, que… Que… Que font les gardes ?! A moi, la garde ! A moi !

(Des gardes entrent.)

Un garde : - Vous avez appelé, ô votre noirceur ?

Taciturnis 1er : - Oui, immondes que vous êtes. Rassemblez toute la garde, armez-vous de vos « déprimeurs » et montons à l’assaut du royaume Jovialos. Nous répandrons des rivières de regrets, de rancœurs et d’amertume. Nous noierons ces maudits joyeux sous des océans de larmes. Allez !

Les gardes : - A vos ordres ! (Ils sortent.)

Taciturnis 1er : - Et quant à mon fils indigne, je le déshérite et le ferai sombre dans les laves des entrailles de la terre… (Il commence à sortir en riant.) Enfer et miséricorde ! Un rire surgit de ma gorge ! Me voilà fou de rage tout à fait ! (Il sort)

Scène 9

Terre de larmes et d’allégresse

(Bob et Bobby one sont revenus au palais des jovialos. Ils avancent prudemment dans l’immense salle principale quand soudain cette dernière s’illumine de mille feux.) (Sur son trône, Jovialissime 1er les regarde, un étrange sourire aux lèvres. Tout autour, des gardes tout aussi souriants pointent leurs armes à gaz hilarant sur le terrien et son robot.)(Surpris Bob et Bobby one affichent sur leurs visages des rictus forcés.)

Jovialissime 1er : - Inutile d’afficher ses mines enjouées et forcées. L’heure n’est plus au mensonge.

Bob : - Que voulez-vous dire ? Nous sommes toujours aussi heureux de vous voir…

Jovialissime 1er : - Le serez vous encore lorsque je vais appuyer, avec joie, sur ce petit bouton là et mettre à jour ce qu’est réellement votre planète terre ? Nous sommes allés chercher quelques renseignements sur votre vaisseau. Intéressant. Vous possédez une banque de données fort complète, ma foi. Voyez vous-même.

(Le roi appuie sur un bouton, les écrans diffusent des images de guerre, de famine, de pollution, de tristesse sur la terre.)

La voilà donc, cette planète, votre terre où il fait bon vivre et où vous aimez chanter et rire dans le bonheur et la joie…

Bob : - Ecoutez, votre sainte gaieté, il y a méprise. Les images, même terribles, que vous voyez là ne résument pas vraiment ce qu’est la Terre…

Bobby one : - Bob Simply, comment allons-nous sortir de ce mauvais pas ?

Jovialissime 1er : - Allons, taisez-vous, traitres et menteurs que vous êtes. Vous ne valez pas mieux que ces misérables taciturnis…

Taciturnis 1er : - (Entrant avec sa garde armée.) Et nous verrons toi-même et tous tes drôles ce que vous valez.

Jovialissime 1er : - Votre irruption prouve que ces terriens sont des mercenaires à la solde de ton royaume abject.

Taciturnis 1er : - Nous n’avons pas eu besoin de leurs services pour pénétrer les défenses illusoires de ton palais. Mais lorsque je découvre les images de leur monde, elles me confirment bien que toi, Jovialissime 1er et tout ton peuple, êtes des êtres qui n’avez pas leur place dans l’univers.

Bob : - Assez. Assez ! Chacun a sa place dans cet univers. Il est assez grand, ça je peux vous le confirmer. Mais vous ne voyez qu’un aspect des choses. (Il se dirige vers l’ordinateur et appuie sur le bouton pour faire avancer les images. Celle-ci ont changés de genre et montre la beauté de la planète, de la vie et de sa naissance, des rassemblements de joie et de fête, d’enfants courant et riant,…) Voyez, pauvres rois divisés, il faut de tout pour faire un monde. L’intelligence ne nous est pas donnée comme un jouet toute prêt à utiliser. Il faut la façonner, l’améliorer, sans cesse y travailler. Il est de notre ressort d’en user de bonne ou de mauvaise façon. A chacun de faire le bon choix.

(Entrent alors Jovialina et Taciturno.)

Jovialina : - Et nous avons fait le notre.

Taciturno : - Oui, père. Notre choix est fait. Et ce n’est ni la joie, ni la tristesse qui ont guidé nos pas…

Jovialina : - …Mais plutôt cet amour fait de profondes détresses autant que de grands bonheurs qui nous a unis.

Bob : - Pour le meilleur comme pour le pire.

Taciturno : - Et puisqu’il n’y a pas de place pour notre amour sur ce monde qui est le nôtre, nous préférons rejoindre celui des terriens où le combat entre bien et mal reste éternel.

Jovialina : - (à Bob) Avec votre permission.

Bob : - Je ne m’attendais pas, je l’avoue, à cette issue mais j’y consens dans l’espoir que vous ferez toujours le bon choix.

Taciturnis 1er : Et quel est ce bon choix que nous devons faire alors ?

Jovialissime 1er : - Oui, parle terrien…

Bob : - C’est ensemble que vous le trouverez ou vous ne le trouverez pas. Il y a même assez de place pour deux rois dans cet univers, mais deux royaumes qui se tolèrent et doivent apprendre à respecter leurs différences. Sur ce, fidèle Bobby one, prenons congé de tout ce beau monde. La terre, la nôtre, celle des larmes et de l’allégresse confondues, nous attend.

Bobby one : - Je suis fier de toi, Bob. Tu as parlé comme un vrai ambassadeur terrien.

Bob : - Tu es fier de moi ? Mais comment un robot pourrait-il avec un sentiment de fierté ? Ce n’est pas dans ton protocole…

Bobby one : - Heu ! Façon de parler… (Au jeune couple.) Veuillez me suivre, je vous prie, nous avons quelques préparatifs à faire pour le voyage…

Bob : - Non, non. Tu ne t’en tireras pas aussi facilement, Bobby one… Viens par ici, que je jette un œil sur ton protocole… Viens-ici te dis-je…

NOIR

 

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Publié dans Théâtre enfants