PAR LA FENETRE

Publié le par Gianmarco Toto

Lara est handicapée et ne peut quitter sa chambre. Elle décide d'inviter les enfants du quartier qu'elle observe tous les jours par la fenêtre de sa chambre. Mais Lara cache un effrayant secret que ses invités vont devoir résoudre et combattre. Une histoire sur la différence et la solidarité qui mêle phénomènes paranormaux, humour et suspens.

PAR LA FENETRE

Personnages

Lara (Jeune fille handicapée et forcée de garder le lit.)

Constance (jeune fille d’un naturel sensible.)

Audrey (Jeune fille très attachée à son look.)

Eve (Jeune fille un peu étrange comme son apparence gothique.)

Sarah (Jeune fille très simple et sociable.)

Morgan (Jeune garçon un peu frimeur mais très sympathique.)

Arnaud (Jeune garçon un peu bête mais très bon camarade.)

TABLEAU 1

 (Une chambre dans la pénombre. Entre Constance qui timidement s’avance et appelle.)

Constance

Il y a quelqu’un ? Ho, hé !... Je viens pour l’anniversaire… J’ai reçu une invitation… (Plus fort) Hé, ho ! Il n’y a personne ou quoi ?

Sarah

(Apparaissant soudain.)

Inutile de hurler comme ça, tu vas rameuter tout le quartier.

Constance

(Sursautant.) Hou ! Tu m’as fait peur. Tu aurais pu prévenir avant de débouler comme un diable !

Sarah

Désolé. C’est ce que j’ai pourtant essayé de faire.

Constance

Oui. Ben c’est raté. Déjà que je n’étais pas chaude à l’idée de venir ici…

Sarah

Toi aussi ? Tu as reçu l’invitation ?

Constance

Oui. Tu la connais cette Lara ?

Sarah

Non. Et toi ?

Constance

Non plus. Je pensais que cette maison n’était qu’une résidence secondaire. On ne voit jamais les gens qui y vivent.

Sarah

Je les ai vus une fois. Enfin, je crois que c’était eux. Très bon chic, bon genre. Mais je ne savais pas qu’ils avaient une fille.

Constance

Tu as raison. C’est étrange, on se connait tous dans le quartier. Du moins de vue… Et toi… En fait, on ne se connait pas. Moi c’est Constance…

Sarah

Et moi, Sarah. Je t’avais déjà vu dans le quartier. Tu es bien la fille du…(Gênée) Enfin…

Constance

Ce n’est un secret pour personne… Et oui, c’est moi la fille du « flic »…

(Avec cynisme) Ce qui me vaut une renommée extraordinaire !

Sarah

Ce n’est pas de ta faute si ton père est policier. C’est les autres qui ont des mauvaises pensées. Et puis, être policier n’est pas une maladie…

Constance

Si les gens pouvaient penser comme toi…

(Entre Audrey.)

Sarah

Et bien voilà ! Je me disais aussi ! On allait quand même pas se retrouver à deux pour faire une belote comptoir.

Audrey

(L’air dépité)

Maintenant, c’est un tarot qu’on va pouvoir faire. Quelle ambiance ! Ce sera comme ça toute l’après-midi ou quoi ?

Sarah

(A part)

Génial. La lolita du quartier. Je sens que je ne vais pas faire long feu ici, moi.

Constance

(A Sarah tout bas)

Tu la connais ?

Sarah

(Même jeu)

De vue, seulement…

Constance

(Même jeu)

Tiens ! Tu vois ? Toi aussi tu juges aux apparences ! (A haute voix.) Nous sommes les premières. J’imagine que tout le monde n’est pas arrivé. Moi c’est Constance et elle, Sarah.

Audrey

Moi, c’est Audrey. Vous aussi vous avez reçu une invitation ? (Sarah et Constance opinent de la tête.) Quelqu’un la connait cette Lara ? (Sarah et constance répondent « non » d’un mouvement de tête.) Je ne vois vraiment pas ce qu’on fiche ici ? Je ne sais pas pour vous mais moi, je retourne à mes affaires. (Elle tente une sortie.)

Sarah

C’est ça. Tu peux me dire quelles affaires extraordinaires t’attendent ? Tu vas te replonger dans tes hits magazines pour ados boutonneux et après ?

Audrey

C’est mieux que t’attendre à ne rien faire. En plus c’est lugubre, ici.

Constance

(L’air moqueur) Tu ne vas pas me dire que toi aussi tu crois à ses sornettes ! C’est pas une maison hantée et ça ne l’a jamais été… Et puis les fantômes, ça n’existe pas.

Audrey

Et comment tu sais ? T’en a déjà vu, toi ?

Constance

Non, justement. Et je ne crois que ce que je vois.

Sarah

Pourquoi vous vous disputez ? On se voit pour la première fois…

Audrey

Je ne sais pas. C’est les nerfs.

Constance

Ouais. C’est ça. Les nerfs…

Sarah

Allez ! Raccommodez-vous ! Nous sommes invités à une fête. C’est l’occasion de faire connaissance, non ?

Audrey

Mouais. T’as raison.

Constance

(Se tournant vers Audrey.)

On fait une trêve ?

Audrey

On fait une trêve.

Constance et Audrey

(En mimant tout un rituel de gestes.)

Tope-moi là. Tope-moi là. Tope-moi là. Et à trois ça ira. Un, deux et trois ! (Fort) Tope-moi là ! (Elles rient)

 Sarah

C’est original comme façon de la faire la paix.

Audrey

C’est moi qui l’ai inventé.

Constance

(En tapotant sur la tête d’Audrey) On ne le dirait pas comme ça mais il y en a sous cette caboche bien maquillée.

(Tout le monde rit. Audrey râle et rit en même temps parce que Constance a failli la décoiffer. Constance fait mine de jouer les coiffeuses mondaines et recoiffe Audrey.)

 Constance

Bon et si on essayait de trouver cette « Lara » ? Doit bien être quelque part.

Sarah

Moi j’ai déjà parcouru tout le rez-de-chaussée. Il n’y avait personne.

Constance

Et la cave ? Tu as pensé à la cave ? Souvent les jeunes organisent leurs fêtes dans la cave de la maison. Comme ça les parents ont la paix et puis ça fait… (Se tournant vers Audrey) Comment ça se dit déjà ?

Audrey

Tendance. Ca fait tendance.

Sarah

(Imitant Audrey) Ouais. C’est ça. Ca fait tendance, tu vois !

Audrey

T’as fini de te moquer de moi, oui ?

Sarah

Qui aime bien,… !

Audrey

Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?

Constance

(L’oreille tendue.)

Hé, attendez ! J’entends des personnes qui montent. C’est sans doute les autres !

(Arnaud et Morgan font leur entrée en chahutant.)

Morgan

(D’un air faussement inquiétant.)

Salut. C’est ici qu’on drague ?

Sarah

(A part)

Oh, non ! Il ne manquait plus que ça ! La terreur des mouches mortes !

Constance

(Même jeu) 

Tu le connais ou tu juges ?

Sarah

(Même jeu à Constance)

Ah, non ! Lui je le connais, tu vois. S’il  a une occasion de mettre la pagaille, crois-moi, il la mettra…

Morgan

Ben, alors ! C’est un anniversaire pour sourds et muets ou quoi ?

Arnaud

(Riant bêtement)

Un anniversaire pour sourds et muets ! Qu’il est tarte ce mec !

Morgan

Ben, c’est vrai quoi ! T’as vu le comité d’accueil ? On dirait des zombis ou alors ils ne parlent pas la même langue… Vous-être-invités-ici ? Vous-pas-être français ? Vous-connaître-Damien ? Moi-être gentil galopin. (Voyant Audrey) Hou ! Toi-être jolie galopine. Toi vouloir faire bisou, bisou, avec gentil galopin ?

Audrey

Bas les pattes, bouffon ! Tu ne me touches pas, ok ?

Morgan

Hou ! Toi, parler langue comme moi ! Mais toi être farouche galopine !

Arnaud

(Riant aux éclats avec Morgan)

Qu’il est bête, ce mec. Mort de rire…

Audrey

Ouais. Ca ne fait rire que les bouffons. Vous faites partie d’un club ou quoi ?

Arnaud

Oh, ça va ! Cool ! Zen ! Si on ne peut plus plaisanter… Et ben, ça va donner si c’est ça la petite fête. Et puis d’abord c’est qui cette Lara, là ?

Lara

(Allumant soudain sa lampe de chevet qui troue l’obscurité qui la cachait jusqu’alors.)

C’est moi.

(Lara est assise dans son lit. Les draps jusqu’à la taille.)

Constance

Tu m’as fait peur. Je ne m’attendais pas à te voir apparaître comme ça.

Lara

Désolé. Je ne voulais pas. Je m’étais endormi et quand je dors, j’ai le sommeil un peu lourd.

Audrey

Ce n’est pas grave. Moi aussi quand je dors, faut un boulet de canon pour me réveiller alors…

Morgan

Moi, il me suffit de faire un bon pet pour me réveiller. Prouccht et en avant Germaine ! Rien que l’odeur ça vous réveille un mort.

Arnaud

(Riant de nouveau)

Prouccht et en avant Germaine ! Non, mais t’es lourd, mec !!!!

Constance

(A Lara) Et toi tu comptes te lever quand ?

Lara

(Gênée)

Et bien, c'est-à-dire que… Je ne peux pas…

Constance

Qu’est-ce que tu as ? T’es malade ou quoi ?

Lara

C’est un peu plus compliqué que ça.

(Elle écarte les draps qui recouvraient ses jambes et laissent apparaître deux atèles d’handicap.) (Silence dans la chambre.)

Arnaud

Mince, alors. Celle-là, je ne m’y attendais pas.

(Noir)

 

 

TABLEAU 2

(Un plus tard, Constance est au bord du lit de Lara avec Sarah. Arnaud et Morgan s’activent sur une console de jeu. Audrey fouille un coffret à CD et observe les rayons de livres qui couvrent les murs.)

Audrey

Ben dis-donc ! Baudelaire, Hugo, Verlaine, Rimbaud, l’intégrale de Jules Vernes et j’en passe. Ne me dis pas que tu as lu tout ça !?

Lara

Dans ma situation, c’est plutôt logique. Mes parents m’ont, très tôt, habitué à la lecture. C’est une façon de m’évader.

Audrey

Oui, c’est logique. Tu dois en connaître des choses.

Lara

Je me défends. On ne sait pas tout. C’est mon père qui répète ça souvent : « On ne sait pas tout. »

Constance

Tes parents ne sont pas là ?

Lara

Ils travaillent à l’étranger. Ils voyagent beaucoup. Je veux les voir plus souvent mais c’est comme ça. Faut se faire une raison. C’est une aide soignante qui s’occupe de moi.

Sarah

Ouais. Je vois ce que tu veux dire. Moi, ma mère est tout le temps dans ses papiers et mon père nous a quitté quand j’avais cinq ans.

Lara

Tu veux dire qu’il est…

Sarah

Non, tu rigoles ? Il s’est tiré comme un voleur avec une plus jeune. Sympa comme scénario, non ?

Lara

Excuse-moi, je ne voulais pas…

Sarah

Il n’y a pas de mal. Ca fait longtemps que je me suis fait une raison.

Audrey

(Le nez dans les CD)

Wouaah ! Tu écoutes de la musique classique ? Trop de la daube ! Et de l’opéra en plus ?

Lara

Pourquoi ? Tu as déjà écouté de la musique classique ?

Audrey

T’es « relou » ou quoi ? C’est de la musique pour les vieux.

Lara

C’est ce que beaucoup disent. Mais savais-tu que tous les compositeurs actuels s’inspirent de la musique classique ?

Audrey

Oh ! Tu me charries là !

Lara

Pas le moins du monde. Tiens, ouvre le tiroir du dessous.

Audrey

Wouaah ! C’est trop « kifé » ! Tu écoutes du hard rock aussi ? Elle est « zarbi » cette gonzesse…

Lara

Prends n’importe quel album et mets-le…

Audrey

Vrai, je peux ?

Lara

Puisque je te le dis. Tu vas voir, c’est spécial, c’est du hard rock symphonique.

Audrey(Tout en plaçant le cd dans le lecteur)

Oh, ça existe, ça ?

Lara

Attention ! Prêt pour le décollage ?

(La musique résonne dans toute la chambre. Les enfants dansent, Arnaud et Morgan dansent aussi sans quitter leur console.)

(Une fille apparaît à l’entrée de la chambre. Elle regarde étrangement les enfants qui dansent. Son style très gothique impressionne un peu les autres, même Morgan ne regarde même plus la console.) (Audrey baisse tout doucement le son.)

Eve

Pourquoi, tu baisses ? Laisse, au contraire, c’est mon style. J’aime bien.  (Elle s’avance dans la chambre sous l’œil intrigué du groupe. Morgan est médusé.)

Arnaud

(Qui n’a pas décollé son nez de la console de jeux.)

Bon sang, Morgan tu fais quoi là, c’est à toi, on est en train de se faire massacrer… (D’un coup de coude, Morgan détourne l’attention d’Arnaud sur Eve.) Waaouh ! La gonzesse… ! (Nouveau coup de coude de Morgan qui fait taire Arnaud.)

Eve

(En jetant un œil sur son invitation.)

C’est qui … Lara?

Lara

C’est moi.

Eve

Sympa l’invitation.

Lara

De rien.  On fait connaissance, tu vois.

Eve

Il y a de l’ambiance à ce que je constate.

Arnaud

(Bredouillant, subjugué par Eve.)

On fait ce qu’on peut. Vu que Lara… (Nouveau coup de coude de Morgan.)

Morgan

(Tout bas à Arnaud.)

Ce n’est pas vrai. Tu le fais exprès ou quoi ?

Arnaud

(Tout bas à Morgan.)

Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dis ?

Lara

Je vous présente, Eve.

Eve

Et tu connais mon prénom !? Je viens à peine d’arriver dans le quartier.

Lara

J’ai mes sources. C’est ma soignante qui m’a renseigné. Je crois qu’elle a un peu discuté avec tes parents.

Eve

Ah ! Les vieux ! Ne peuvent pas s’empêcher de cracher le morceau. Et comment tu as appris mon existence ?

Lara

Je passe mon temps à regarder par cette fenêtre. Je t’ai vu passé l’autre jour en bas de chez moi. J’ai voulu savoir…

Eve

Et curieuse en plus. (S’avançant vers Audrey et le coffret à CD.) C’est bien d’être curieux. Ca ouvre des portes… Enfin, ce n’est pas moi qui le dis, c’est ma mère. (A Audrey) Tu écoutais quoi, là ?

Audrey

(Visiblement intimidé.)

Heu ! Du hard rock symphonique ou un truc du genre.

Eve

Je peux ?

Audrey

Ouais. Vas-y…

(Eve fouille dans le coffret à CD aux côtés d’Audrey qui de temps à autre jette un œil intrigué sur la jeune fille.)

Constance

(Tout bas à Damien.)

Quelle idée tu as eu de l’inviter ! Tu ne la trouves pas bizarre ?

Lara

Quel effet je t’ai fais tout à l’heure quand tu m’as vu dans mon lit ? Tu as été surprise, non ? Je crois même t’avoir un peu dérangé, non ?

Constance

Ouais. Tu as raison. C’est nul ce que je dis.

Lara

Non, Constance, ce n’est pas nul. C’est humain. Tout ce qui ne nous ressemble pas nous inquiète ou nous fait peur. Tiens, par exemple, tu sais ce que c’est qu’un albinos ?

Sarah

Ce ne sont pas ces personnes qui naissent les cheveux tout blancs et les yeux rouges comme les lapins ?

Morgan

(Qui se mêle à la conversation avec son air moqueur.)

Et qui ont des grandes dents devants et de grandes oreilles toutes roses.

Arnaud

(Pouffant de rire.)

Des oreilles toutes roses ! Qu’il est nul ce mec…

Morgan

(Soudain très sérieux.)

On ne peut plus plaisanter ou quoi ? Humour, tu connais le mot « humour » Arnaud ou quoi ? (Vexé il va sa rasseoir devant la console.)

Arnaud

Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dis ? (Il rejoint Morgan.)

Lara

(Qui riait de bon cœur.)

Qu’est-ce que je disais ? Oui, et bien c’est ça, les Albinos. Dans la Grèce antique, il existait un peuple de guerriers, les spartiates qui vivaient dans la cité de Sparte. Ils étaient réputés pour être très forts et redoutables au combat. Et bien, leur désir de garder leur réputation était tel que lorsqu’un enfant naissait albinos, par exemple, il le chassait de leur communauté avec sa mère. Parfois, ils les mettaient à mort dès leur venue au monde.

Constance

Ouais. Un peuple de barbare, quoi ! Je n’aurai pas aimé vivre à cette époque.

Lara

Crois-tu que le monde s’est tant amélioré que ça, Constance ?

Constance

(Un peu surprise par la question.)

Je ne sais pas. Je…

Lara

Lorsque tous les jours, je regarde par la fenêtre que crois-tu que j’observe ? Des gens qui croisent d’autres gens, qui vivent dans le même quartier ou dans le même immeuble. Et tu sais quoi ? Ils s’adressent très peu la parole. Mais leurs regards en disent long. Ils se dévisagent et je vois dans leurs yeux  la peur parfois de celui-ci qui a la peau noire ou métissée ou de celle-là dont le visage est couvert de piercings ou le corps tatoué ou de celui-ci encore qui est obèse ou chétif. Tout ce qui ne nous ressemble pas nous dérange, c’est dans la nature de l’homme et on n’y peut rien.

Constance

A t’écouter, on dirait qu’on peut rien faire, que tout est fichu d’avance.

Sarah

C’est vrai Lara. Ce n’est pas très gai comme discussion. C’est ton anniversaire quand même.

Lara

Ce n’est pas vrai. On peut toujours faire quelque chose. La preuve : vous êtes là, vous, aujourd’hui.

Constance

Touché.

(La conversation continue pendant qu’Eve et Audrey écoutent une nouvelle musique. Arnaud et Morgan continuent à jouer à la consoler.)

 

TABLEAU 3

 

(Un peu plus tard, en fin d’après-midi, les enfants finissent de goûter. La musique bat toujours son plein.)

(Fin de la musique.)

Morgan

(Allongé au sol. Tout en s’étirant.)

Ouf. Je crois que j’ai trop abusé des beignets. J’ai le ventre qui va exploser.

Arnaud

Tu ne veux pas de ton dernier. Tu me le files ?

Morgan

Ce n’est pas vrai ce mec. C’est un frigo. Où est-ce que tu mets tout ça ?

Lara

C’est bien d’avoir de l’appétit. Ca prouve qu’on a la santé.

Morgan

Bon, Lara, ce n’est pas que je m’ennuie chez toi mais faut songer à rentrer parce que sinon, chez moi, c’est la crise…

(Arnaud et Morgan embrassent Lara.)

Lara

Salut les gars. Sympas d’être venu.

(Arnaud et Morgan sortent de la chambre) (On entend la voix de Morgan qui taquine Arnaud.)

Morgan (En off)

 (Prenant la voix d’un fantôme)

Hou ! Hou ! Attends-moi, Arnaud, ne va pas seul dans cette maison. Je suis ton pire cauchemar.

Arnaud (En off)

Lâche-moi. T’es lourd, là !

(Tout le monde rit aux facéties de Morgan.)

Lara

Alors, Sarah, Tu vois ? Il est plutôt sympa, notre terreur des mouches mortes.

Sarah

Ouais. T’as raison. Faut se connaître, quoi.

Audrey

(Regardant son téléphone portable.)

Hou ! La vache ! C’est super tard. Je me suis pas rendu compte que le temps passait aussi vite. Je suis super à la bourre. Je vais appeler chez moi. (Elle pianote sur les touches.)

Sarah

Si on n’a pas vu le temps passer, c’est la preuve que ta fête était réussie, Lara. (Tout en lui faisant la bise.) En tout cas, je suis super contente d’avoir fait ta connaissance.

Lara

Merci, Sarah. Ca m’a fait plaisir de vous rencontrer à tous.

Audrey

(Qui insiste avec son portable.)

On ne capte rien chez toi, Lara. Je n’arrive pas à me connecter.

Lara

Oui, je sais, les murs de la maison sont supers épais. Mon père, ça le met tout le temps en rogne.

Eve

(Regardant son portable.)

Moi aussi, je n’ai pas de réseau.

(Retour de Morgan et d’Arnaud dans la chambre.) 

Morgan

Dis-donc, Lara, c’est « kiffé » chez toi mais on sort par où ? La porte d’entrée est verrouillée. Tu n’as pas la clé par hasard ?

Lara

Oh, la barbe ! C’est l’aide soignante qui a déclenché le verrou automatique. Je lui avais pourtant recommandé d’y penser sachant que nous étions là toute l’après-midi.

(Quelques regards inquiets s’échangent entre les enfants.)

Constance

Oui, mais elle va revenir d’ici ce soir, non ?

Lara

C’est là le problème. Je lui donné son congé jusqu’à demain matin.

Morgan

Et bien, nous n’avons qu’à sortir par une fenêtre et le tour est joué. 

Lara

(Mal à l’aise)

Heu ! Il y a des barreaux à toutes les fenêtres du rez-de-chaussée. C’est encore une initiative de mon père.

Eve

(Regardant par la fenêtre.)

On ne pourrait même pas sauter par la sienne. T’as vu la hauteur ?

Sarah

(Essayant d’ouvrir la fenêtre.)

Ah, ouais. Ca fiche le vertige. Ah ! Et ta fenêtre ne s’ouvre même pas.

Lara

(De plus en plus gêné.)

C’est aussi une initiative de mon père. Pour pas qu’il arrive quelque chose pendant leur absence. Il a pensé à tout.

Audrey

Oui, il a pensé à tout sauf à ça. Ben moi, je commence à flipper grave. Je vous préviens, je ne supporte pas de rester enfermée.

Morgan

Bon. A quoi ton père n’a pas pensé, alors ? Ne peut pas penser à tout cet homme là, quand même.

Lara

Ben, tu sais, il est architecte, alors…

Arnaud

Génial. Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? On organise un bivouac chez toi ?

Morgan

(A Arnaud, sur le ton de la plaisanterie.)

Oh, oui, ma biche ! Passer la nuit avec toi !

Arnaud

(Stressé)

Arrête là ! Tu me gonfles avec tes conneries ! Lâche-moi !

Morgan

Oh ! Ca va ! Si on ne plus plaisanter !

Lara

(Soudain.)

Le bureau de mon père ! Il y a le téléphone ! Comme ça, on prévient l’aide soignante et elle revient nous ouvrir. (Griffonnant sur un bout de papier.) Qui y va ? C’est la porte qui se trouve derrière l’escalier. Voilà son numéro.

Morgan  

(Saisissant le papier.) Laissez-moi faire mes chéris, j’assure sur ce coup là.

 

Audrey         

(Pas rassurée.)

Morgan, je peux t’accompagner ? Je ne peux pas rester en place quand je sais que je suis enfermée.

Morgan

(Lui ouvrant le chemin en jouant les frimeurs.)

Après vous très chère. Vous ne risquez rien avec Momo la terreur.

(Morgan montre les pouces en faisant un clin d’œil au reste du groupe et sort.)

Morgan (En off)

Rangez vos boulets et vos chaines, les fantômes. Faites place à Momo la terreur et sa princesse !

Audrey (En off)

Arrête, Morgan. T’es lourd !

(Un long silence.)

Lara

Je suis vraiment désolée. Je ne m’attendais pas à ça. C’est trop bête de finir comme ça.

Constance

Ca va, Lara, il n’y a pas mort d’homme. Pourquoi ton père prend-il  toutes ces précautions ? C’est dingue !

Lara

Comme je te le disais tout à l’heure. Il est souvent en voyage d’affaires avec ma mère. Je pense que c’est pour ma sécurité. Comme tous les parents, ils s’inquiètent.

(Retour de Morgan et Audrey qui paraît encore plus inquiète.)

Morgan

C’est aussi pour ta sécurité qu’il a verrouillé la porte de son bureau ?

Lara

(Angoissée.) Oh non ! Ce n’est pas vrai ! C’est le seul téléphone de la maison !

Audrey

(Commence à paniquer.)

Bon, on ne va pas rester là comme ça ! Parce que moi je sens que je vais péter un plomb vite fait, là !

Constance

(Haussant en peu le ton.)

Audrey, calme-toi je te prie. Ce n’est pas la fin du monde.

Sarah

C’est vrai ça. Pourquoi tu paniques comme ça ? Tu vas tous nous faire flipper.

Claire

(Prenant Sarah à part.)

Je crois qu’elle est claustrophobe. Tu sais ce que ça veut dire ?

Sarah

Désolé. Je ne savais pas.

Morgan

(Qui a entendu.)

Manquait plus que ça. (A Audrey) Princesse, tu sais ce qu’on va faire ? On va aller se promener dans la maison comme ça tu auras moins l’impression d’être enfermée.

Audrey

(En sortant, toujours paniquée.)

Oui, mais vite, là. Je commence à avoir du mal à respirer.

 (Morgan et Audrey sortent.)

(Un long silence pendant lequel plus rien ne bouge.)

Arnaud

En attendant, on pourrait peut être se creuser les méninges pour trouver une issue, non ?

Sarah

(Tendu)

Et qu’est-ce que tu crois qu’on est en train de faire, là ? Des mots croisés ?

Arnaud

(Agacé)

Oh, ça va ! J’en ai marre qu’on me jette tout le temps, là ! Je ne suis pas votre souffre douleur.

Constance

Il n’y a personne qui te jette, Arnaud, c’est juste qu’on s’inquiète c’est tout.

Eve

(Regardant par la fenêtre.)

Et le soir commence à tomber. On ne pourrait pas hurler pour que quelqu’un nous entende, je ne sais pas moi ou briser cette fenêtre ?

Lara

Double vitrage sécurisé. Mon père…

Eve

…A vraiment pensé à tout. Et j’imagine que c’est pareil pour toutes les fenêtres. Quelle poisse !

Lara

(Un sanglot dans la gorge.)

Eve. Je suis vraiment navré. J’ai honte de moi.

Eve

Allons, allons.  Faut pas. Ce n’est pas de ta faute.

Constance

Eve a raison, Lara. Ce n’est pas de ta faute si tes parents sont plus que prévoyants.

Lara

(La colère la gagne.)

Stupides même, je dirai. Au lieu d’être là, avec moi, ils préfèrent m’enfermer comme un animal. (Un silence.) Parfois je me demande s’ils n’ont pas honte de moi.

Sarah

Là, tu dis n’importe quoi. Sinon pourquoi tes parents auraient accepté que tu nous invites ?

Lara

(Toujours en colère.)

Ils ne sont pas au courant. Qu’est-ce que tu crois ? J’ai voulu organiser cette fête toute seule et regarde ce que ça donne… Un vrai gâchis… (Elle  tire les draps à elle et disparaît en dessous.)

Constance

(Secouant un peu son épaule.)

Lara, on a tous trouvé ça super, ta fête. Ne dis pas ça. (Un silence.) Hé ! Lara ! Ne reste pas comme ça ! Lara !

Lara

(Se dressant d’un bon comme une furie.)

Mais que je suis bête ! Les parents mais bien sûr !

Constance

(Qui a sursautée.)

Tu m’as fais peur ! Préviens quand tu bondis !

Lara

Vos parents sont au courant que vous êtes chez moi. Ils vont bien finir par s’inquiéter et venir frapper à la porte. Et là, ils pourront nous aider.

(Un long silence pendant lequel les enfants ne se regardent qu’à moitié.)

Ben quoi ! Je n’ai pas raison ? Qu’est-ce que j’ai dis ?

(Les enfants restent silencieux.)

Constance, dis quelque chose. Tes parents vont bien finir par se manifester ?

Constance

(Troublée)

Et bien c'est-à-dire que je n’avais pas vraiment prévu ça et…

Lara

Et quoi ?

Constance

Je crois que j’ai complètement oublié de leur en parler. C’est les vacances, tu comprends, mes parents travaillent et ils ne sont pas là tout le temps derrière moi. En règle générale, je dis que je sors et que je vais voir des copains dans le quartier mais sans préciser.

Sarah

C’est un peu pareil pour moi.

Arnaud

Moi, itou. Tout de façon, ils me demandent jamais où je vais.

(Tous les regards se tournent vers Eve.)

Eve

Pas la peine de me dévisager. Les miens sont tellement la tête dans le guidon en ce moment avec leurs nouveaux jobs que je ne les ai pas vu depuis hier soir. Les joies de la vie citadine. Métro, boulot, dodo. Je commence à regretter la campagne. Même si parfois on se faisait la gueule, on se voyait plus souvent.

(Retour d’Audrey, Morgan et Claire.)

Morgan

(Toujours le mot pour rire.)

Holà ! Quelle ambiance les copains ! C’est le délire ! On enterre qui ?

Lara

Morgan ? Quelqu’un sait, chez toi, que tu es ici ?

Morgan

Tu rigoles ou quoi ? Ma vie privée c’est ma privée. Pourquoi ?

Lara

(Comme un dernier espoir.)

Audrey ? Et toi ?

(Un silence pendant lequel Audrey se sent gêné devant ses camarades qui la fixent.)

Audrey

Et bien, en fait… Je n’avais pas le droit de sortir. Je devais rester consignée dans ma chambre jusqu’à nouvel ordre… Rapport à une dispute avec ma mère… J’ai fais le mur…

Arnaud

Oh, la boulette ! On n’est pas dans les ennuis, tiens ! Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Morgan

Il n’y a plus qu’à se souhaiter bonne nuit et trouver un endroit pour pioncer !

Constance

(Fixant Lara qui depuis un moment n’est plus tout à fait dans son état normal.)

Lara ? Ca ne va pas ? Lara et bien dis quelque chose !

(Pour toute réponse Lara fixe droit devant elle, terrifiée.)

Lara

Oh, non, je vous en prie. Pas maintenant. Pas avec eux. Je vous en prie. Partez. Partez. (Elle hurle en gesticulant dans son lit.) Partez ! Allez-vous-en !

Eve

Mais retenez-la ! Faites quelque chose ! Elle va tomber de son lit !

(Les garçons se précipitent sur Lara pour la contenir.) (Les filles reculent impressionnées.)

Morgan

Lara ! Lara ! Calme-toi, ma vieille ! On est là ! On est tous là !

Arnaud

Qu’est-ce qu’il lui prend, bon sang ! Qu’est-ce qu’elle a ?

Sarah

Tu ne vois pas qu’elle fait une crise de nerf ? Aide-moi, je n’arrive pas à la tenir.

(Lara s’immobilise soudain.)

Morgan

Ca y est. Je crois qu’elle s’est calmée.

Sarah

Elle n’est pas dans les vaps au moins !

Morgan

Je ne sais pas. Attends !

(Soudain Lara se redresse sur son lit et fixe la porte d’un regard inquiétant.)

 Lara

Il arrive ! Il arrive ! Fuyez ! Cachez-vous !

Audrey

(Qui recommence à paniquer.)

Arrête-ça Lara ! Il n’y a personne dans la maison. Avec Morgan, on a tout fouillé. (Plus fort) Il n’y a personne dans la maison !

Lara

(Visiblement terrifiée) Il arrive. Je vous dis. Il vient nous voir. Fuyez. Cachez-vous !

(On entend des pas lourds et lents qui gravissent une à une les marches de l’escalier à l’extérieur de la chambre. Tous les regards se figent sur la porte.) (Un silence de mort où chaque bruit de pas fait s’écouler le temps plus lentement.) (Les pas s’arrêtent juste derrière la porte qui après un temps s’ouvre brusquement en faisant sursauter les enfants. Il n’y a personne derrière.)

Morgan

Qu’est-ce que c’est que ces magouilles !?

Audrey

(Epouvantée.) Alors c’était donc vrai ! Elle est vraiment hantée !

Lara

(Sur le qui vive.)

Chut ! Rapprochez-vous du lit doucement. En silence. Et à mon signal, baissez-vous par terre ! (Un silence pesant.) Maintenant !

(Tous les enfants plongent au sol. Lara se protège sous les couvertures. Et dans la chambre c’est un déchainement total. Les livres et les bibelots volent en tous sens. Les lampes clignotent. On entend le bruit d’un vent furieux, de coups de tonnerre, accompagnés de plaintes et de cris qui viennent de nulle part. La musique se met en marche toute seule déversant un flot de musique hard rock symphonique. Puis une fois la chambre dévastée, le calme revient aussitôt et la porte se referme brusquement.)

 (Dans la chambre en désordre, les enfants n’ont pas bougés. Un silence tendu. Lara est toujours caché sous ses draps.) (Constance se redresse doucement en surveillant les alentours. Elle s’assoit sur le lit de Lara et tente de l’appeler.) 

Constance

Lara ? Ca va, Lara ?

(Lara se relève mais garde son drap pour se cacher le visage. Elle pleure. Constance lui tend lentement un mouchoir en papier.)

Lara

(Sur un ton froid.)

Maintenant, vous savez. Vous savez que je suis maudite et qu’il vaut mieux ne pas m’avoir comme amie. Les gens maudits n’ont pas le droit d’avoir des amis. (Elle s’effondre en pleurs de nouveau et retourne sous les draps.)

(Les autres se regardent hébétés, ne comprenant pas très bien ce qui leur arrive. On entend une sirène de police qui passe au loin dans le quartier.) (Noir.)

  

TABLEAU 4

(Silence dans la chambre. Pour l’instant personne ne dit mot. On entend un concert lointain de sirènes de police, puis le bruit d’un moteur et d’une sirène plus proche.) (Certains remettent de l’ordre dans la chambre.) (Morgan est à la fenêtre, l’œil rivé sur l’extérieur.)

Morgan

Encore une. Si ça se trouve c’est pour nous tout ce concert de sirènes.

Arnaud

Et tu crois qu’ils vont réussir à nous trouver ? Faudrait peut être leur faire un signal. Je ne sais pas moi, en faisant du morse avec la lumière de la chambre.

Morgan

Ah, ouais ? Et tu connais le morse, toi ?

Arnaud

Ben, non…

Morgan

Sans commentaire…

Lara

Ils ne nous trouveront pas. L’autre se charge de brouiller les pistes.

Constance

Quand tu dis l’autre, tu veux parler de…

Sarah

Je crois que nous avons tous compris, Constance.

Audrey

C’est quand même dingue ! Tes parents ne sont pas au courant ?

Lara

Il ne se manifeste jamais quand ils sont là. Avec ça, va leur faire croire que leur fille s’amuse avec un fantôme tous les soirs. Dans mon état, il ne manque plus qu’il me prenne pour une dingue.

Sarah

Oui, mais là, nous sommes témoins. Peuvent quand même pas nous enfermer tous pour folie.

Audrey

Arrêtez de parler de ça, je sens que je commence à manquer d’air.

Morgan

(A Audrey)

Une ballade dans la maison, princesse ?

Audrey

Heu, non. Tout bien réfléchi, je préfère qu’on reste ensemble.

Morgan

Alors viens avec moi près de la fenêtre et respire un grand coup comme tout à l’heure.

(Un silence pendant lequel les enfants poursuivent leur rangement. Lara, le regard fixe ne bouge pas. Audrey et Morgan regardent par la fenêtre.)

(Au bout d’un temps, l’attention d’Eve se porte sur un livre. Elle s’assoit par terre au milieu des autres livres éparpillés et bouquine.) 

Constance

(A Eve)

Qu’est-ce que tu lis ?

Eve

Un bouquin sur la parapsychologie.

Arnaud

Houla ! C’est trop barré pour moi ces choses là !

Audrey

Je n’ai jamais su ce que c’était vraiment en fait. Mes parents en parlent parfois parce que j’ai une vieille tante qui est « médiane » ou un truc comme ça.

Morgan

Ah, ouais ! Elle marche en diagonale, alors.

(Tout le monde rigole, sauf Audrey qui n’a pas compris.)

Audrey

Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ?

Sarah

Tu voulais dire medium, non ?

Audrey

Ouais. Enfin, je ne sais pas. Je m’en fous. Tout de façon, je n’y crois pas à ces trucs là.

Eve

Ah, bon ? Et qu’est-ce que tu penses de ce qu’on vient de vivre alors ?

Audrey

Ca en fait partie ?

Eve

On est en plein dedans, tu veux dire. (Cherchant une page.) Tiens, écoute ça : La psychokinèse, psychokinésie ou télékinésie est la faculté métapsychique de mettre en mouvement par l'esprit un objet matériel. La psychokinèse permettrait donc de déplacer, à distance, des objets et d'agir directement par l'esprit sur la matière. Il s'agit d'une potentialité hypothétique du psychisme, ce phénomène paranormal n'est considéré comme une possibilité sérieuse que par très peu de scientifiques.

Arnaud

La vache ! J’ai rien compris !

Morgan

Déjà que tu ne comprends pas les charades qui se trouvent dans les papiers de chewing gum, là, ça risque pas. 

Arnaud

(Grimaçant)

Gnan, gnan, gnan ! Morgan, tête d’âne !

Morgan

(Joueur)

Quoi ? Qu’est-ce qu’il a dit, Arnaud tête de blaireau ?

(Morgan et Arnaud font semblant de se battre en riant. L’atmosphère se décontracte un peu.)

Eve

(Qui n’a pas décollé de son livre ;)

Ou encore ça, écoutez : Un poltergeist (de l'allemand poltergeist dérivé de poltern « faire du bruit » et Geist « esprit ») est un phénomène paranormal consistant en des bruits divers, des déplacements, apparitions ou disparitions d'objets et autres phénomènes a priori inexplicables. Ils sont, en général, considérés comme des phénomènes de « petite hantise » liés le plus souvent à la présence d’un(e) adolescent(e) perturbé(e)[]…etc.

Constance

Qu’est-ce qu’ils entendent par « adolescent perturbé » ? Je ne comprends pas.

Audrey

(Qui montre des signes de malaise.)

Arrêtez, s’il vous plaît. Arrêtez de parler de ça… Je… Je ne me sens pas bien… (Elle s’effondre tétanisée.)

Sarah

Mince ! Elle a du se faire mal en tombant ! Arnaud, viens m’aider.

Lara

Posez-la, là, à côté de moi sur le lit.

Sarah

Bon sang, son corps est tout raide. Je n’arrive même pas à lui ouvrir les mains.

Lara

Ca ressemble à une crise de tétanie. J’en ai déjà eu par le passé. Tu as l’impression d’avoir les muscles pétrifiés c’est très désagréable mais sans danger.

Constance

Et qu’est-ce qu’il faut faire ?

Lara

Une piqûre de calcium.

Arnaud

Génial ! Déjà qu’on n’a même pas les moyens d’avoir un téléphone qui fonctionne, alors pour trouver un médecin.

Lara

On a peut être pas le médecin mais on a les moyens.

Arnaud

Qu’est-ce que tu veux dire ?

Lara

Constance, tu veux bien regarder dans cette petite armoire ? Tu vas trouver une trousse blanche. Apporte-la-moi s’il te plaît.

Eve

Est-ce que tu penses à ce que je pense, Lara ?

Arnaud

Quoi ? A quoi tu penses ?

Eve

C’est risqué tu ne crois pas ?

Arnaud

Quoi ? Qu’est-ce qui est risqué ?

Morgan

Ca y est Arnaud, avec tes questions, là ? C’est stressant.

(Constance porte la trousse à Lara qui en sort une seringue et un flacon.)

Arnaud

(Paniqué.)

Woh ! Woh ! Vous êtes malades ou quoi ?

Sarah

On n’a pas le choix, Arnaud. Faut faire quelque chose. On ne peut pas laisser Audrey comme ça. Tu ne vois pas qu’elle souffre ?

Arnaud

(Même jeu.)

Je peux vous attendre derrière la porte de la chambre ? Je ne supporte pas la vue d’une piqûre. Je tombe dans les pommes.

Sarah

Bon et bien sors et attends-nous. On te rappelle. Une dans les choux ça nous suffira pour l’instant. (Elle lui ouvre la porte. Arnaud sort tout penaud.) (En refermant la porte derrière lui.) Bon, qui est-ce qui se dévoue ?

Constance

Moi, je ne m’en sens pas le courage. C’est trop pour moi, là.

Eve

Pareil. Là, ca me dépasse. En plus je tremble comme une feuille.

Lara

Je ne suis pas le mieux placé, non plus. A la limite, je peux guider mais c’est tout.

Sarah

Bon et bien on est plus que deux sur le coup.

(Tout le monde regarde Morgan qui n’avait pas quitté des yeux Audrey.)

Morgan

Quoi ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? (Qui réalise.) Oh ! Vous êtes malades ou quoi ? Il n’en est pas question,  vous entendez ? Faire la promenade à la princesse, passe. Mais ça, c’est trop chaud. Et puis, il n’y a pas écrit infirmière, là. (En se désignant le front.)

Sarah

Bon. Laisse tomber. J’ai compris. Prépare la seringue Lara. (Elle s’assoit au bord du lit. Morgan s’écarte abasourdi.)

Lara

(Tout en préparant la seringue.)

Ok. Alors, écoute-moi bien. J’ai tellement vu faire ma soignante que ça va aller. Prends son bras et tapote l’articulation du bras au niveau du coude. Ca va faire apparaître la veine… C’est bien. Ensuite prends ce coton imbibé d’alcool et frotte à l’endroit où tu vas piquer la veine. Voilà, c’est parfait. Prends la seringue en tenant fermement le bras et approche l’aiguille de la veine…

(Sarah approche plusieurs fois l’aiguille et fait marche arrière.) 

Sarah

(S’impatiente.)

Oh, la barbe ! Je n’y arrive pas. Je tremble comme une vieille !

Morgan

(Décidé.)

Bon, chapeau jusque là. Tu as assuré. Laisse-moi faire à présent.

Sarah

Tu es sûr, Morgan ?

Morgan

C’est maintenant ou jamais. Bouge.

(Sarah laisse sa place à Morgan en lui remettant la seringue.)

Lara

Aller Morgan. Ca va bien se passer, tu vas voir.

Morgan

Je vous jure que si je loupe la veine et que je la saigne, je vous pique les fesses à toutes.

(La tension règne dans la chambre.)

Lara

Tu n’en auras pas l’occasion. Voilà. Tu t’approches doucement et d’un mouvement franc… (Morgan plante l’aguille.) Bravo. Sans bouger l’aiguille, appuie sur le piston de la seringue… tout doucement, voilà. Et tu retires l’aiguille… Coton… Bravo, mon gars, t’es mûr pour les études de médecine.

Morgan

(Soulagé et abattu.)

Plus jamais ça les filles. Plus jamais…

Eve

Super, Morgan. T’as vachement assuré.

Constance

Je n’aurai pas fait mieux. Ca c’est sûr ! Faut pas être perturbé pour faire ça !

Eve

(A Constance avec vivacité.)

Répète ce que tu viens de dire, là !

Constance

(Surprise par la réaction d’Eve.)

Pourquoi tu me parles comme ça ?

Eve

(Plus violemment avec insistance.)

Répète. Je te dis. Ne discute pas. Répète.

Sarah

(Essayant de désamorcer l’ambiance.)

Eve. Qu’est-ce qu’il te prend ? Constance a simplement dit qu’il ne fallait pas être perturbé pour faire ce qu’a fait Morgan.

Eve

(Soudain très positive. En prenant Constance dans ses bras.)

Mais justement, elle est géniale cette nana !

Morgan

Ca y est. Nous sommes tous en train de fondre les plombs.

Eve

Mais non, vous ne comprenez pas. (Reprenant son livre sur la parapsychologie.) Souvenez-vous. Tout à l’heure je lisais la définition du poltergeist…

Constance

Tu ne vas pas recommencer avec ça ? Tu as vu dans quel état ça a mis Audrey.

Morgan

Oui. Et puis je vous préviens : pour les piquouses adressez-vous au SAMU.

Eve

Un poltergeist se déclenche que si un adolescent perturbé se trouve dans les parages.

Constance

Oui. Bon et alors… Justement, ça veut dire quoi ce « perturbé ».

Eve

Contrarié, si tu préfères. Malheureux, triste,… Quelque chose comme ça…

(Les enfants se retournent vers Lara.)

Lara

Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi vous me regardez comme ça ?

Eve

Je crois Lara que c’est toi qui provoque toutes ces choses.

Lara

Et pourquoi moi ?

Eve

Tes parents, Lara. Tout à l’heure, tu étais en colère contre tes parents. Tu leur en veux parce qu’ils ne sont pas près de toi.

Constance

(Tout bas. Prenant à part Eve.)

Qu’est-ce que tu fais ? Tu vas la vexer. Tu ne crois pas qu’elle souffre assez comme ça ?

Eve

(Tout bas.)

Justement, il faut que ça s’arrête. (Tout fort à Lara.) Je n’ai pas raison, Lara ?

Lara

(Montrant des signes d’impatience et de colère.)

Je t’interdis de parler comme ça de mes parents.

Eve

Et pourtant, c’est bien la vérité, Lara. Tes parents ne font pas assez attention à toi. S’ils étaient plus attentifs, tu souffrirais moins, n’est-ce pas ?

Morgan

Elle est givrée cette gonzesse !

Lara

(Très en colère et ne se contrôlant plus.)

Je t’ai dit d’arrêter ça. (Elle hurle.) Arrête, tu entends ?

(La lumière vacille dans la chambre.)

Sarah

Oh, nom de nom ! Ca recommence ! C’est l’autre !

Constance

(A Eve)

Arrête je te dis, tu vas tous nous tuer.

(Les bruits de pas reprennent dans l’escalier.)

Morgan

Oh, flûte ! On a laissé Arnaud derrière la porte.

(Morgan se précipite sur la porte qui ne cède pas.) (Sarah essaie de l’aider.)

Impossible de l’ouvrir. (Il appelle.) Arnaud ! Tire-toi de là ! L’autre revient ! Arnaud !

Sarah

Peut être qu’il est allé se cacher quelque part dans la maison.

(Les pas se rapprochent de plus en plus. Eve s’est assise aux côtés de Lara.)

Eve

Lara,  j’en suis certaine. C’est toi qui fais tout ça. L’autre c’est toi. Toi, seule, peux tout arrêter.

Lara

J’ai trop peur. Il est trop fort. Je ne vais pas y arriver.

Eve

Fais-moi confiance. Lorsque cette porte s’ouvrira comme tout à l’heure, arrête-le. Tu peux y arriver. C’est une question de volonté. Tu as bien réussi à tous nous réunir alors pourquoi tu ne pourrais pas l’arrêter ?

Lara

(Effrayé.)

D’accord, je vais essayer.

Constance

Les pas se rapprochent de la porte.

Morgan

(Plongeant sur Audrey.)

Audrey. J’ai failli l’oublier. Faut la protéger si tout recommence à voler dans la pièce.

(Le bruit de pas s’est arrêté derrière la porte.)

Lara

Je n’y arriverai pas.

Eve

Tu vas y arriver. Attend que la porte s’ouvre comme tout à l’heure…

(Un long silence où tous les regards sont tendus vers la porte.) (La porte s’ouvre brutalement.)(Le bruit de vent et de plainte commence à se faire entendre.) 

Eve

(Hurlant)

Maintenant.

Lara

(Hurlant très fort.)

STOP !!!!!

(Tout s’arrête dans la chambre. C’est l’attente. Seule la chaise à bascule se balance comme par magie. On entend un rire abominable d’enfant.)

Eve

Encore, Lara. Dis-lui.

Lara

(Hurlant)

STOP !!!

(La chaise a bascule et le rire s’arrêtent.)

Constance

Ca marche. Continue Lara

Lara

(Presque soulagée.)

Ca a marché ?

(Les lumières de la chambre clignotent de nouveau. Puis c’est la tempête de vent, de cris, de lamentations. Les objets volent en tous sens.)

Eve

(Hurlant dans la tourmente.)

Contrôle-le Lara. Dis-lui. Dis-lui.

Lara

Je n’y arrive pas. Je n’y arrive pas.

Eve

Lara. Pense à tes parents. Ils t’aiment eux aussi. Eux aussi voudraient être prêts de toi ! Tu as songé à ça ?

(De toutes ses forces, Lara se redresse sur ses deux jambes, debout sur le lit, sous le regard médusé de ses amis.)

Lara

(Hurlant et gesticulant.)

STOP !!!!! Va-t’en !!!! Va-t’en !!!!

(Tout s’arrête et se calme dans la chambre brusquement.) (Lara, épuisé et en pleurs, s’effondre sur le lit.)

Eve

(Prenant Lara dans ses bras.)

Bravo Lara. Tu vois, tu as réussi. Tu as réussi.

(Soudain, une voix venant de l’extérieur.)

Morgan

Ce n’est pas la voix de ce corniaud d’Arnaud qu’on entend là ?

Sarah

Oui, et ça vient de l’autre côté de la fenêtre.

(Les enfants se précipitent tous à la fenêtre.)

Morgan

(Riant)

Mais oui. C’est ce corniaud d’Arnaud. (Tentant d’ouvrir la fenêtre qui se met à céder, elle aussi.) Oh, ben voilà la fenêtre qui s’ouvre à présent. (A Arnaud au loin.) Et alors tête de piaf, tu te fais la belle sans nous ? Et comment tu es sorti ?

Arnaud (Voix off au loin)

Quand j’ai vu le chat entrer !!!!

Lara

Le chat. Mais oui, bien sûr. Il est passé par la trappe du chat. Quel imbécile, je fais. Je n’ai même pas pensé à ça…

Eve

Arrête de te sous estimer, Lara. Tu as vu que tu as réussi à te redresser sur tes deux jambes ? A ta place je changerai d’opinion sur moi-même.

Morgan

(Toujours hurlant à Arnaud au loin.)

Et alors, vieille cloche ! Qu’est-ce que tu attends pour aller rameuter le quartier et nous sortir de là… Bouge, mon gars, cours, vole…

(Noir)

TABLEAU 5

(Le lendemain. Dans la chambre, beaucoup plus lumineuse, c’est le matin. On entend les oiseaux et les bruits de la ville par la fenêtre ouverte. Lara, dans son lit, bouquine un livre sur la parapsychologie. Elle n’est plus sous ses draps.) (Des bruits de pas montent l’escalier à l’extérieur. Lara regarde la porte sans inquiétude. La porte s’ouvre laissant apparaître Eve.)

Eve

Bonjour, Lara. Ca va ce matin ?

Lara

(Un large sourire aux lèvres.)

Ca va très bien, ce matin.

Eve

Je viens de croiser tes parents en bas. Ils sont supers cools.

Lara

Ouais. Ils m’ont fait la surprise. Ils sont arrivés très tôt ce matin. Ils ont décidé de prendre quelques semaines de congés pour rester avec moi.

(Eve se promène dans la chambre et s’arrête sur l’armoire à CD.)

Eve

Je peux ?

Lara

Ouais. Vas-y.

(Eve lance une ballade de hard rock symphonique.)

Eve

Bon. Tu es prête ?

Lara

Prête à quoi ?

Eve

A venir te promener dans le quartier. Tu ne vas pas rester à nous regarder tout le temps par cette fenêtre !

Lara

Et comment ? Je peux tout juste bouger.

Eve

Tatata ! Va falloir faire quelques efforts mademoiselle Lara. Et puis vous n’êtes pas toute seule.

(Sur ces paroles, toute la bande de copain entre en fracas avec une paire de béquilles  pour Lara autour desquelles sont noués de gros nœuds d’emballage cadeau tout rouge.) (La petite bande extrait Lara de son lit et tous sortent en riant de la chambre. Seule la fenêtre reste béante sur les cris des enfants qui jouent dans le quartier.)

 

(Noir)

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