MATEO SANS CHAPEAU

Publié le par Gianmarco Toto

Mateo ne veut pas quitter son lit et son chapeau malgré les encouragements du "Passeur". Mais d'autres personnages autant surprenants qu'envahissants vont contraindre le garçon à garder son esprit en éveil. Et puis  il y a cet inquiétant "Trépasseur" qui invite Mateo à s'endormir quand même. Mais où est Mateo ? Et qui sont tous ces personnage ? Pour le découvrir, Mateo devra décider d'enlever une bonne fois pour toute son chapeau. 

MATEO SANS CHAPEAU

Personnages :

Mateo : Etrange garçon qui ne veut pas se séparer de son chapeau.

Le passeur : Personnage qui guide l’enfant dans ce monde.

La fille en fleurs : Sorte de fée à la folie douce qui ne jure que par les fleurs et les couleurs.

L’horloger : Personnage qui veut rattraper le temps perdu.

Le docteur : C’est un hypocondriaque persuadé d’être plus malade que ses patients.

Le remonteur : Etrange personnage qui fait tout à l’envers.

Rosita : C’est une petite fille vêtue de rouge, désagréable et capricieuse.

Le fantôme : C’est un spectre déprimé qui ne fait peur à personne.

Le « trépasseur » : Personnage inquiétant qui invite très souvent Matéo à s’endormir.

 

 (Un espace peu éclairé. Un enfant dort dans cette lumière diffuse.) (Il porte  un chapeau sur la tête.) (Un personnage se rapproche de lui doucement. Sans brusquer l’enfant, il le réveille.)

 

Le passeur : - Mateo ! Mateo !

(L’enfant remue un peu en geignant mais ne se réveille pas.)

Le passeur : - Mateo ! Allez ! Il est temps pour toi de te réveiller… Et pourquoi t’entêtes-tu à garder ce chapeau ?… (Il approche la main pour lui ôter le chapeau.)

Mateo : - (en se réveillant brusquement) On ne touche pas à mon chapeau !!! (Encore un peu étourdi par ce réveil soudain.) Où suis-je ? Je ne vous connais pas, vous ? Ou plutôt, je vous ai déjà vu mais…

Le passeur : - C’est naturel, Mateo. Je suis le passeur. Ca fait toujours ça quand on ne s’attend pas à me voir. Maintenant que tu es réveillé, tu devrais t’y mettre. On n’a pas tout notre temps devant nous.

Mateo : - Me mettre à quoi ? Où est-ce que je suis ? Et mes parents ? Où sont mes parents ?

Le passeur : Ils ne sont pas loin. Je ne sais pas pourquoi tu poses toutes ces questions. Tu devrais savoir…

Mateo : - Savoir quoi ? (réalisant avec effroi) J’ai compris. Vous êtes un de ces types qui enlève les enfants pour leur faire je ne sais pas quoi…  Vous avez demandé une rançon à mes parents qui attendent dehors, terrifiés et inquiets, c’est ça ?

Le passeur : (vexé) – Merci. C’est agréable. Voleur d’enfants,  escroc,… Je vois que tu as de la reconnaissance pour les personnes qui ne veulent que ton bien. Heureusement que je ne suis pas rancunier. J’ai du cœur, moi et je ne le cache pas sous un vulgaire chapeau…

Mateo : - Quoi ? Qu’est-ce qu’il a mon chapeau ?

Le passeur : - Tu as fini avec tes questions ? On voit bien que t’es un gosse, toi. Tout le temps des questions. Et patata, et patati… Bon tu te lèves ou faut que je te traîne.

Mateo : Me lever pourquoi faire ?

Le passeur : - Encore !

Mateo : - Pardon.

Le passeur : - Ce n’est pas grave. Ne t’excuse pas d’être un gosse ! Manquerait plus que ça : que les gosses s’excusent d’être ce qu’ils sont ! Les autres t’attendent. Dépêche-toi ! (Il s’en va et disparaît.)

Mateo : - (Appelant) Hé ! Les autres ? Mais quels autres ? Je suis tout seul à ce que je vois et tu me plantes là comme un arbre perdu dans le désert.

Le passeur : - (revenant ex abrupto) Tu vois un bédouin sur un chameau dans les parages ?

Mateo : - (surpris par la question) Heu ! Non…

Le passeur : - Alors pourquoi tu parles de désert ? Il n’y a que des enfants, ici. Pas autre chose que des enfants.

Mateo : Et toi ?

Le passeur : Moi, ce n’est pas pareil. Je suis le passeur.

Mateo : - Le passeur ? Et tu fais quoi ?

Le passeur : - Encore des questions ? (S’impatiente) Dis, tu vas te décider à te lever, oui ? Allez ! Moi, j’y vais. J’ai des choses à faire. Ah, un détail ! Si tu rencontres un étranger qui ne veut que ton sommeil, n’écoute pas ce qu’il te dit : tu pourrais le regretter.

Mateo : Un étranger ? Et comment je vais le reconnaitre ?

Le passeur : - Là, c’est une bonne question. C’est simple. Il ne montre jamais son visage. Et tu apprendras que quelqu’un qui ne montre jamais son visage est quelqu’un qui a quelque chose à cacher. (Il disparaît pour de bon.)

(Mateo reste seul dans ce monde étrange. Il se lève, s’étire, rajuste son chapeau. Il regarde autour de lui.)

Mateo : - Génial. Je suis sensé ne pas être seul. Je ne sais pas où je me trouve. Et la seule personne que je connaisse ici, me laisse là comme un radis oublié en plein champs. (Il appelle) Hé ! Le passeur ! T’es où ? Le passeur ! (Abandonne) Qu’est-ce que je disais ? (Résolu) Bon, et bien moi je me recouche…

(Soudain une voix.)

La voix : - Non ! Tu n’as pas le droit !

Mateo : - (machinalement) C’est ça ! Je vais me gêner… (Réalisant avec surprise.) Hé ! Qui parle ? Qui est là ?

(Une fille en rouge apparaît.)

Rosita : - C’est moi ! Et tu n’as pas le droit de te recoucher.

Mateo : - T’es qui toi pour me donner des ordres ?

Rosita : - Je suis Rosita. (Agaçante) Et je te dis que tu n’as pas le droit, pas le droit, pas le droit !!!

Mateo : - (Se recouchant) Ho ! Ho ! Ho ! La fille qui me donnera des ordres, elle n’est pas née.

Rosita : - (Tirant les draps et frappant Mateo avec les coussins.) T’as pas le droit ! T’as pas le droit ! Lève-toi ! Lève-toi !

Mateo : (se levant et poursuivant la gamine autour du lit en la menaçant d’un coussin.) Attends, tu ne vas pas t’en tirer comme ça. Si c’est la bagarre que tu cherches…

(Les deux enfants se poursuivent autour du lit. Rosita rit aux éclats.)

Mateo : - Et ça l’amuse. (Il s’assoit sur le lit.) Ce n’est pas du jeu. C’est nul comme jeu.

Rosita : - (Toujours avec insistance et caprice.) Allez, on joue ! On joue ! On joue ! Je veux jouer ! Je veux jouer !

Mateo : - Non. Tu m’énerves. Tu me frappe avec des coussins en hurlant. Tu fais des caprices… Tu es un vrai boulet. Et je n’ai pas envie de jouer avec un boulet.

Rosita : - C’est vrai. Tu n’es pas vraiment canon !

Mateo : - Merci. C’est gentil ! Quel compliment ! Et tu veux jouer avec moi ? Tu rêves !!!

Rosita : - Alors, donne-moi ton chapeau !

Mateo : - Jamais de la vie. Mon chapeau, il est à moi et je ne le donne à personne.

Rosita : - T’es nul. T’es qu’un garçon.

Mateo : - Ouah ! T’as trouvé ça toute seule ? T’es moins tarte que je le croyais !

Rosita : - T’es méchant ! (Elle fait semblant de pleurer très fort.)

Mateo : - Oh ! Pitié ! Mais qu’est-ce que j’ai fais au bon dieu ?

Le passeur : - (Entrant) Rien, pour l’instant, mais à Rosita, oui.

Rosita : - (Même jeu) Il est méchant. Il est méchant !

Le passeur : - Rosita, s’il te plaît. Calme-toi. On va arranger ça.

Mateo : - On ne va rien arranger du tout. D’abord on me dit qu’il faut que je me lève pour faire je ne sais pas quoi. Ensuite, dès que je pose le pied à terre, je suis à moitié agressé par cette folle en rouge…

Le passeur : - Tu ne vas tout même pas reprocher à Rosita de chercher un camarade de jeu ?

Mateo : - Si elle s’y prend de cette façon, elle peut jouer toute seule. Personne ne lui en voudra.

Le passeur : - Tu n’es pas très compréhensif, Mateo.

Mateo : - Compréhensif ? Parce que c’est de ma faute ? C’est la meilleure, celle-là.

Le passeur : - Allons ne fais pas ta mauvaise tête.  Pour te faire pardonner, trouve un camarade de jeu à Rosita. Ce sera ta première bonne action…

Mateo : - (voulant se défendre) Hé ! Mais ce n’est pas juste !

Le passeur : - Pas de discussion ! Et retire-moi ce chapeau ! (Il sort en tenant Rosita par la main.)

Mateo : -  Alors-là, mon chapeau, sûrement pas. Je l’ai, je le garde.

(Rosita tire la langue à Mateo avant de sortir.) (Mateo boude et rumine seul dans son lit.) (Soudain apparaît un homme en costume chic et sombre qui porte un chapeau noir dissimulant son visage.)

Le « trépasseur » : - (Dansant très music hall.) C’est usant les filles. Ca agace, n’est-ce pas Mateo ? Ca couine, ça râle, ça pleurniche,…

Mateo : - Hé ! Qui êtes-vous ?

Le « trépasseur » : - Celui qui peut te sauver de tout ça. La vie est trop dure et s’il faut supporter en plus le caractère versatile et inconstant de ces demoiselles… C’est trop dur pour un petit gars tout seul. Qu’est-ce que tu en penses ?

Mateo : - Ca, c’est bien vrai. En plus, je dois lui trouver un camarade de jeu…

Le « trépasseur » : - Elle n’a qu’à se le trouver toute seule. Et toi, tu te recouches et on n’en parle plus.

Mateo : - Je n’ai plus sommeil. Elle m’a tellement énervé…

Le « trépasseur » : - Pour ce qui est du sommeil, je m’occupe de tout. (Soudain hypnotique.) Séance de relaxation, ralentissement du souffle, des battements du cœur, ivresse de la somnolence et le tour est joué.

Mateo : - (Comme hypnotisé) Ca doit être génial. Ne plus rien faire. Ne plus entendre…

Le « trépasseur » : - Se laisser glisser doucement dans le nuage cotonneux du sommeil. Ne plus lutter…

Mateo : - (Sombrant peu à peu dans le sommeil.) Oh ! J’ai trop sommeil…

(Soudain une autre fille fait son entrée. Elle est vêtue comme ses ondines des contes de fées, une couronne de fleurs autour de la tête.) (Le « trépasseur » en profite pour disparaître.) (Mateo sort de sa somnolence.)

La fille en fleur : - Hou ! Par tous les lutins de la forêt que cet endroit est triste.

Mateo : - Quelle forêt ? Il n’y a pas de forêt ! Et puis, il y a des gens qui cherchent à trouver le sommeil, ici. Alors, silence.

La fille en fleur : - Hou ! Le garçon taciturne et grincheux que voilà.

Mateo : - Non, mais dis-donc ! Je suis grincheux si je veux !

La fille en fleur : - Ca se voit. Tu n’as pas de très jolies couleurs, mon petit gars. Tu es livide, pâle à faire peur.

Mateo : - (sur la défensive) Dis-donc, pot de fleur ambulant, je ne te permets pas…

La fille en fleur : - Oh, là, là ! Grincheux, il n’y a pas à dire. Tu sais ce qu’il te manque en fait ? (Elle sort une fleur de son panier pour la piquer sur le chapeau de Mateo.)

Mateo : - Oui. La paix. Sans fille…

La fille en fleur : - Laisse-moi accrocher cette jolie fleur à ton chapeau. Ca fera plus élégant.

Mateo : - (Bondissant de son lit.) Mais c’est une manie ? Ou un cauchemar. Je vais me réveiller… Voilà, c’est ça, un cauchemar…

La fille en fleur : Pas plus de cauchemar que de campanules en papier. (Poursuivant Mateo autour du lit.) Laisse-moi t’épingler cette fleur au revers de ton chapeau…

Mateo : - (Courant autour du lit.) Mais fichez-lui la paix à mon chapeau, nom de nom ! Au secours ! A l’aide ! Sortez-moi de là ! Elles sont folles ces filles !

La fille en fleur : - (semant des fleurs en poursuivant Mateo affolé) Des fleurs, de la couleur, de la vie, de la joie. Allez ! Mon garçon, cueillons ensemble les fruits du printemps ! Joue avec moi !

Mateo : - (stoppant net sa course.) Pouce ! Pouce ! Bouge-plus ! Reste où tu es !

La fille en fleur : - (stoppant aussi sa course) Qu’est-ce qui te prend, triste garçon ?

Mateo : - Qu’est-ce que tu as dit ?

La fille en fleur : - Quand ?

Mateo : - Là. A l’instant en courant après-moi comme une folle ! Tu as dit : Allez ! Mon garçon…

La fille en fleur : - …joue avec moi ! Tu ne veux pas jouer avec moi ?

Mateo : - Non. Je ne veux pas jouer avec toi. Faut pas m’en vouloir, je suis allergique aux fleurs. Dès qu’une poussière de pollen se promène dans les parages, je deviens tout bleu et je m’étouffe.

La fille en fleur : - (Déçue) C’est pourtant joli le bleu ! Alors, tu ne veux pas jouer avec moi ?

Mateo : - Je ne peux pas, je te dis. Mais je connais quelqu’un qui pourrait. Bouge-pas. Je reviens. (A la cantonade) Passeur ! Hé, passeur ! Venez ! J’ai un plan pour la cinglée en rouge…

Le passeur : - (entrant en trombe) Non, mais c’est toi qui hurle comme ça ?

Mateo : - Et qui donc ? J’ai une camarade de jeu pour Rosi machin en rouge…là !

Le passeur : - La fille en rouge. Et d’abord, elle s’appelle Rosita et elle n’est pas cinglée…

Mateo : - Oui, bon, c’est pareil, la fille « boulet » en rouge…

Le passeur : - (S’impatientant) Mateo, s’il te plait…

Mateo : - (avec insistance) Je te dis que je lui ai trouvé une camarade de jeu…

Le passeur : - (méfiant appelant au loin.) Petite ! Viens par là ! Il paraît que Mateo a trouvé une camarade de jeu pour toi…

(Rosita apparaît, méfiante.)

Rosita : - C’est vrai ou c’est pour se moquer… ?

Mateo : - Je te jure que c’est vrai. (Se tournant vers la fille en fleur.) Rosita La fille en rouge, je te présente, la fille en fleur. C’est beau non ? D’un côté la couleur, de l’autre les fleurs. Vous êtes faites pour vous entendre.

(Les deux filles se rapprochent l’une de l’autre. Se regarde une instant, sourient, se prennent la main et disparaissent en gambadant et riant.)

Mateo : - (Dressant le poing comme un vainqueur.) Yes ! (Au passeur) Alors, j’étais comment, mon prince ? Elle n’est pas cool ma bonne action ?

Le passeur : - Très bien, Mateo, je suis fier de toi. Tu vois quand tu veux ? Allez, je te laisse, j’ai encore beaucoup de chose à faire. Et que je ne sois pas obligé d’intervenir une nouvelle fois pour tes débordements. (En sortant.) Et sors de ce lit, s’il te plaît.

Mateo : - (avec un sourire surfait) Ne vous inquiétez pas, passeur, je ne le ferai plus.

Le passeur : - (De loin.) Et enlève ce chapeau, une bonne fois pour toute.

 (Mateo se rapproche du lit tout en surveillant si personne ne revient.)

Mateo : - (chassant les pétales de fleur d’un revers de la main.) Berk, berk, berk ! (Se recouche.) Enfin seul !

Le « trépasseur » : - (Surgissant de derrière le lit.) Pas tout à fait, mon minet !

Mateo : - (Sursautant) Ca va pas non ? J’ai cru que mon cœur allait exploser !

Le « trépasseur » : - Désolé.

Mateo : - Ca se fait pas de surgir comme ça, à l’improviste. Et d’ailleurs, vous avez pris la fuite lorsque la folle en fleur a déboulé tout à l’heure. Ca non plus ca ne se fait pas d’abandonner les gens lorsqu’il y a péril en la demeure !

Le « trépasseur » : - Désolé, encore. Mais toutes ces couleurs et ces parfums de fleurs ça me donne la nausée. Je suis allergique…

Mateo : - Vous aussi ?

Le « trépasseur » : - Oui, oui,… Où en étions-nous ?

Mateo : - Un peu de tranquillité, de calme, de repos…

Le « trépasseur » : - Exact. Alors reprenons !

Mateo : - (se décontractant dans son lit.) C’est ça reprenons !

Le « trépasseur » : - Donne-moi ton chapeau. Là où tu vas, tu n’en auras pas besoin.

Mateo : - Seulement, j’y tiens moi à ce chapeau et je ne sais pas pourquoi tout le monde veut me le prendre. C’est agaçant à la fin. A croire que lorsqu’on est différent, ça dérange ou quelque chose comme ça…

Le  «trépasseur » : - Voilà pourquoi, il est nécessaire que tu dormes une bonne fois pour toute, pour oublier toutes ces mauvaises histoires. Et là, au moins, plus personne ne t’atteindra…

Mateo : - Ah, oui, dormir et ne plus rien entendre… (Il commence à s’assoupir.)

Le « trépasseur » : - Voilà, on y est presque. (Joignant le geste à la parole, sa main se rapproche du chapeau.)

(Soudain une sonnerie, puis deux, puis trois, puis une cacophonie de sonneries qui font sursauter Mateo dans son lit et fuir le « trépasseur » qui disparaît.)

Mateo : - Allons-bon, qu’est-ce que c’est encore ?

(Entre un horloger dont le costume, les poignets et les jambes sont couverts de montres et réveils de toutes sortes. Sur sa tête un énorme casque qui porte tout un attirail de loupes d’horlogerie, de la plus petite à la plus grande.)

L’horloger : - Nom d’un réveil déglingué ! Je n’y arrive pas ! Je n’y arrive pas ! Je n’y arriverai jamais !

Mateo : - En tout cas, on vous entend arriver, si ça peut vous rassurer…

L’horloger : - Que dis-tu ?

Mateo : - Je dis qu’avec tout ce vacarme de tic-tac, de sonneries et autres alarmes, on vous entend venir de loin… Il y a des gens qui essaient de dormir, ici !

L’horloger : - Dormir ? Quelle perte de temps ! Sais-tu, jeune homme que le temps que l’on perd à dormir, on ne le rattrape pas…

Mateo : - Jusqu’à preuve du contraire, le sommeil est nécessaire et de plus, on y perd toute notion de temps. Alors où est le problème ?

L’horloger : - Mais qu’est-ce qu’il dit ce drôle ? Perdre la notion du temps ? Tu n’y songes pas ?

Mateo : - Justement, j’aimerai songer, rêver et c’est une chose qu’on ne peut faire que lorsqu’on dort tranquille…

L’horloger : - Dormir tranquille ? Ce garçon est un fou.  Sais-tu, mon bonhomme, qu’on ne rattrape jamais le temps perdu…

Mateo : - Je me demande bien où est l’intérêt de rattraper ce temps perdu dont vous parlez…

L’horloger : - Mais tout. Il y a tout à gagner. Gagner du temps, c’est comme… C’est comme… C’est comme prendre de l’avance sur ce que l’on fait et passer le temps gagné à ce que l’on fera pour prendre de l’avance sur ce que l’on n’a pas encore fait.

Mateo : - J’ai du mal à vous suivre…

L’horloger : - C’est ce chapeau qui te bouche les pensées…

Mateo : (se levant furieux) Ah, non ! Vous n’allez pas vous y mettre vous aussi ?!! Et puis qu’est-ce que vous avez à regarder sans cesse sur toutes ces montres à vos poignets ?

L’horloger : Je vérifie si j’ai réussi à rattraper le temps perdu…

Mateo : - Pendant que je perds du temps de sommeil à vous écouter délirer sur vos montres.

L’horloger : - Quel insolent petit personnage !

Mateo : - Non mais dites donc, c’est vous l’insolent, malpoli et bruyant qui m’empêchez de dormir avec la cacophonie de cette horlogerie démentielle !!!

L’horloger : - Cacophonie ! Tu oses appeler cet art divin et précis qu’est l’horlogerie, une cacophonie ? Que chronos te plante ses aiguilles au travers de la bouche…

(Entre le passeur.)

Le passeur : - Allons, allons, qu’est-ce qu’il se passe encore ?

L’horloger : - Non mais voyez, entendez ce petit vaurien au chapeau rouge qui traite mon horlogerie de cacophonie !!!

Mateo : - Quel toupet ! C’est lui qui vient faire un boucan de tous les diables avec ses montres et ses réveils…

L’horloger : - Vous l’entendez ?

Le passeur : - Ca suffit ! Ca suffit ! (raccompagnant l’horloger) Laissez-moi régler ça, cher horloger…

L’horloger : - (en sortant) Cacophonie, mes horloges ! Cacophonie…

Le passeur : - (Se retournant vers Mateo qui boude sur le bord de son lit.) Quand vas-tu changé, mon petit Mateo ? Je veux bien comprendre que tu ne sois pas encore habitué à rencontrer autant de monde mais quand même, tu pourrais faire un effort…

Mateo : - Un effort ? Mais pourquoi faire ? Je suis fatigué, j’essaie de dormir et tout le monde me dérange…

Le passeur : - Je crois que tu ne m’as pas très bien compris, mon garçon. Il n’est plus temps de dormir. Il est temps de passer aux choses sérieuses. Alors, tu vas me faire le plaisir de refaire ton lit et de te préparer… Et retire-moi ce chapeau rouge avant que je ne me fâche pour de bon.  Et puisque tu t’es montré si désagréable avec l’horloger, tu vas t’excuser auprès de lui…     A bon entendeur… (Il sort et depuis la coulisse.)  Et retire-moi ce chapeau de la tête !!!

Le « trépasseur » : - (surgissant de nulle part comme à l’accoutumée.) Ne les écoute pas. Tu vois bien que tout ça te fatigue un peu plus. Tu as besoin d’un bon gros dodo, bien long, bien éternel, pour te reposer. (Approchant sa main du chapeau de Mateo.) Tiens, donne-moi ton chapeau…

Mateo : - (Bondissant de son lit.) Hou ! Toi aussi, tu commences à m’agacer. Le passeur m’a bien prévenu à ton sujet. Je voudrais bien savoir ce qui te pousse à vouloir que je dorme absolument…

Le « trépasseur » : - Je ne vois pas de quoi, tu parles. Je croyais que nous étions amis…

(Au même instant, un homme entre en marche arrière derrière Mateo qui ne l’a pas vu.) (Le « trépasseur » s’enfuit sans que Mateo n’ait remarqué quoique ce soit.)

Mateo : - Je suis certain qu’une fois endormi, tu vas en profiter pour me le voler ce chapeau… (Il se tourne vers le « trépasseur » qui a disparu.) Hé ! Disparu ! Encore…

(L’homme qui marche à reculons bouscule Matéo et continue son chemin avant de disparaître.) (Mateo n’en croit pas ses yeux.)

Mateo : - Ca y est, je deviens fou. Je vois des gens qui marchent à reculons. (Se recouchant) Faut vraiment que je me repose. (Il disparaît sous les couvertures.)

(L’homme qui marche à reculons revient et à reculons, se couche dans le lit à côté de Mateo qui surpris le regarde.)

Le remonteur : - (Il ronfle à l’envers.) Pchht ! Ron ! Pchht ! Ron !...

Mateo : - Non mais, faut surtout pas vous gêner !

Le remonteur : - Pardon demande vous je ?

Mateo : - Vous n’avez pas l’impression que la place est prise ?

Le remonteur : - M’excusez veuillez ! Attention fait pas j’ai, fatigué tellement suis je !

Mateo : - On ne vous comprend pas très bien. Vous dites que vous êtes fatigué ?

Le remonteur : - Saviez vous si, oh ! L’envers à faire tout ! Epuisant c’est !

Mateo : - Un instant, j’essaie de comprendre. (Il prend profondément sa respiration.) Reste cool, Mateo, reste cool !

Le remonteur : - Pas va ne chose quelque ?

Mateo : - Oh, non ! Tout va bien ! Au contraire ! Je suis en train de discuter avec quelqu’un qui dit et fait tout à l’envers. Alors, j’ai du mal à traduire, vous comprenez. Vous n’auriez pas un décodeur ?

Le remonteur : - Oui et ! Moi pour drame un c’est ! Comprendre peut ne personne! Amis  des faire se pour difficile c’est… (Il éclate en sanglot.)

Mateo : - Allons, allons. Faut pas vous mettre dans tous ces états. Il doit bien y avoir une solution.

Le remonteur : - Croyez vous, bon ah ?

Mateo : - Oui. J’en suis certain. C’est comme moi, vous voyez. J’essaie de trouver le sommeil mais c’est difficile avec tout ce monde qui défile et m’en empêche.

Le remonteur : - (Eclatant une nouvelle fois en déchirants sanglots.) Ca c’est, faute ma de c’est ?

Mateo : - Mais non, mais non. Ce n’est pas ce que je voulais dire… (A lui-même) Aïe, aïe ! Mateo, Mateo, comment vas-tu te sortir de là ? (s’adressant au Remonteur) Puisque je vous dis que ce n’est pas de votre faute… Vous, encore, que vous fassiez tout à l’envers, bon, ça passe… C’est pas comme l’autre avec tous ses réveils et toutes ses sonneries. Il débarque en faisant un chahut de tous les diables, sans même s’excuser. Et tout ça pourquoi ? (Prenant un air suffisant.) Parce que monsieur n’arrive pas à rattraper le temps qu’il a perdu, il veut à tout prix le remonter… (Comme soudain illuminé) …Il veut à trouver prix le remonter… (Au remonteur qui redouble de pleurs.) Silence, silence, je crois que j’ai une solution… (Plus fort au Remonteur.) Dit j’ai, silence ! (Le Remonteur stoppe net les pleurs.) Réfléchis je !

Le remonteur : - Moi comme, l’envers à parlez vous, oh !

Mateo : - On s’adapte ! Bougez pas, je vais chercher quelqu’un qui va beaucoup s’intéresser à vous…

(Mateo sort et revient accompagné de l’horloger.)

L’horloger : - Mon garçon, je n’ai pas de temps à perdre avec toi.

Mateo : - Avec moi, peut être pas. Mais vous allez en rattraper avec quelqu’un que je voudrai vous présenter…

L’horloger : - Je te préviens, si c’est encore un de tes sarcasmes…

Mateo : - Un peu de patience ! (Tournant l’horloger vers son lit.) Regardez plutôt par ici !

L’horloger : - Oui, bon, il y a quelqu’un dans votre lit et alors ?

Mateo : - Oh ! Vous êtes agaçant à la fin ! Vous voulez rattraper le temps perdu mais vous ne savez pas le prendre, aussi, le temps.

L’horloger : - Tiens, je n’avais pas songé à ça !

Mateo : - Et bien, vous voyez, tout arrive à qui sait attendre.  A présent, regardez bien cette personne qui est dans mon lit. Je crois qu’elle peut vous aider dans vos recherches… (Se tournant vers le Remonteur.) Venez, venez, je veux vous présenter quelqu’un…

(Le remonteur se lève à l’envers et se dirige vers Mateo et l’horloger, toujours à l’envers.)

L’horloger : - Incroyable, je n’ai jamais vu une chose pareille.

Mateo : - Et attendez, ce n’est pas fini… (S’adressant au Remonteur) Je vous présente l’horloger, un grand chercheur de temps perdu…

Le remonteur : - Connaissance votre faire de ravi suis je !

L’horloger : - Inouï. Il parle même à l’envers.

Mateo : - Et donc ? Vous en concluez ? Si cet homme fonctionne à l’envers cela veut dire que… ?

L’horloger : - Cela veut dire que… Que… Qu’il est capable de remonter le temps ? (Au Remonteur.) Je suis ravi aussi de faire votre connaissance, vous ne pouvez pas savoir comme je suis ravi. Venez avec moi, nous avons tant de chose à nous dire…

Mateo : - (Au Remonteur) Et bien, qu’est-ce que je vous disais ? Il y a toujours une solution. Je crois que vous allez très bien vous entendre.

Le remonteur : - Remercier vous pour faire que ?

Mateo : - Rien. Je vous en prie. C’est tout à fait naturel.

L’horloger : - Sans rancune, mon garçon. Je t’ai mal jugé. Je crois que je vais gagner un temps fou dans mes recherches. (Au remonteur.) Et grâce à vous aussi…

(L’horloger et le Remonteur sortent tout en discutant fébrilement.) (Mateo affiche une mine soulagée en s’asseyant sur son lit.) (Soudain des applaudissements derrière lui.) (Le  « trépasseur » apparaît.)

Le « trépasseur » : - Alors là, bravo ! Et maintenant, qui va te faire rattraper le sommeil perdu ?

Mateo : - Dites, vous ne pensez qu’à ça vous ! Et bien figurez-vous que je n’y ai même pas pensé à dormir avec tout ça moi. Ca ne m’a même pas manqué. Alors, disposez. Pour l’instant, je me passe de vos services. Je n’ai besoin de personne pour décider à quel moment je vais me coucher ou pas.

Le « trépasseur » : - Tant pis. Tu le regretteras un jour. On ne rattrape jamais le sommeil perdu, jamais.

Mateo : - Je trouverai un moyen. Et si j’ai vraiment besoin de vous, je vous appellerai. Pour l’instant…

Le trépasseur : - (Tout en disparaissant.) On ne rattrape jamais le sommeil perdu, jamais…

(Soudain une voix.)

La voix : - Tu devrais te méfier de lui, garçon…

Mateo : - (inquiet) Qui parle ? Qui est là ?

La voix : - Là, tout près de toi.

Mateo : - Ah ? Ah, bon…

La voix : Quoi ? Tu ne trembles pas en entendant ma sombre voix d’outre tombe…

Mateo : - Heu, non ! Pas plus que ça. C’est même un peu ridicule comme voix ou plutôt démodé… Ca  fait vieux fantôme démodé…

(Un fantôme l’air dépité surgit de nulle part.)

Le fantôme : - Comment as-tu deviné ?

Mateo : - Deviné quoi ?

Le fantôme : - Que j’étais un fantôme…

Mateo : - Facile ! Lorsqu’on entend une voix qui vient de nulle part et qui prend ce ton lugubre, pour pouvez en être certain, c’est un fantôme. Mais là, je vous avoue que je n’ai pas eu peur…

Le fantôme : - Et là est tout mon drame : je suis un fantôme qui ne fait pas peur.

Mateo : - En effet, c’est un grave problème, parce qu’un fantôme qui ne fait pas peur, on se demande bien à quoi ça peut servir… (Voyant le fantôme honteux piquer du nez.) Heu… Pardonnez-moi… Je crois que j’y suis allé un peu fort… Je n’aurais pas dû… C’est stupide de ma part…

Le fantôme : - Bof ! Ne vous excusez pas, c’est tout à fait normal. J’ai l’habitude maintenant vous savez. Il ne me reste pas plus qu’à errer dans les limbes sans but et pour l’éternité.

Mateo : - C’est triste d’errer sans but. On a toujours un but dans la vie, un projet…

Le fantôme : - Quel projet pour un fantôme qui n’effraie personne ? Oh, laissez tomber, de mon vivant aussi, je n’avais pas de but. Je ne pensais qu’à me laisser aller ou à dormir…

Mateo : - Qu’est-ce que vous dites ? A dormir ?

Le fantôme : - C’est pour ça que l’autre, celui qui ne montre jamais son visage, est venu me chercher.

Mateo : - Quoi ? Ce type qui veut à tout prix m’aider à dormir ?

Le fantôme : - Voilà pourquoi, je vous dis de vous méfier… On ne sait pas ce qui nous attend de l’autre côté du sommeil… Croyez-moi… Se laisser aller, voyez où ça mène…

(Mateo, troublé par les paroles du fantôme, s’écarte un peu de lui.)

Mateo : - Alors, c’est ça ! Voilà pourquoi le passeur ne veut pas me laisser dormir.  (Appelant discrètement.) Psst ! Hé ! Le passeur ! Faut que je vous parle ! Où êtes-vous ?

Le passeur : - (entrant avec une valise à la main.) Qu’est-ce qu’il se passe encore ?

Mateo : - Vous partez en voyage ?

Le passeur : - Mais non. J’ai préparé tes affaires. Tu es prêt ?

Mateo : - Alors, c’est moi qui m’en vais ?

Le passeur : - C’est ce que je me tue à te faire comprendre depuis tout à l’heure. (Jetant un œil ver le lit.) Et ton lit n’est toujours pas fait…

Mateo : - Oui. Ce n’est pas le plus important. Vous voyez le fantôme qui est assis dessus ?

Le passeur : - Bien évidemment que je le vois. Et je le connais aussi. Celui-là, il aurait mieux fait de m’écouter. Il n’en serait pas là à présent.

Mateo : - Dites-donc, je vous trouve un peu rude avec lui. Ce n’est pas de sa faute. Il ne pouvait pas savoir que l’autre, là, celui qui ne montre jamais son visage, allait le… Comment dire ?

Le passeur : - Le laisser trépasser ? Normal. C’est un « trépasseur ». Chacun son rôle mon petit. Le mien est de vous faire passer…

Mateo : - J’avais bien compris.

Le passeur : - Ah ! Quand même ! Je commençais à m’inquiéter sur ton sort.

Mateo : - Mais, on ne peut pas le laisser ainsi. C’est injuste…

Le passeur : - Mateo ! Quel changement ! Je suis heureux de voir que tu deviens raisonnable. Allez, fais ton lit, on nous attend…

Mateo : - Attendez ! C’est injuste de laisser le fantôme comme ça… Il doit bien y avoir une solution…

Le passeur : - La seule solution serait qu’il comprenne et accepte qu’il soit un trépassé.

Mateo : - Et bien voilà ! Qu’est-ce que vous attendez ?

Le passeur : - Je te l’ai dit, mon garçon : chacun son rôle et ce n’est pas le mien.

Mateo : - Et vous ne connaissez personne qui peut faire ça ?

Le passeur : - Je connais bien quelqu’un mais, je te préviens, ça ne va pas être du gâteau.

(Un étrange médecin, bardé d’appareils d’auscultation médicale, entre, l’air méfiant et effrayé.)

Le passeur : - Tiens, le voici justement. Lorsqu’un trépassé est dans les parages, il n’est jamais très loin. Un conseil, retire ton chapeau quand tu lui parles, il est très à cheval sur le protocole. Je t’attends à côté. Appelle-moi quand tu as fini… (Il sort)

(Mateo s’approche timidement de l’étrange médecin.)

Le docteur : - (qui n’a pas vu Mateo s’approcher et qui s’ausculte lui-même) 15 de tension ? Ce n’est pas bon ça. Ce n’est pas bon du tout. Voyons, voyons,… (Il prend son pouls.) Oh, là, là ! Ca bat, ça bat beaucoup trop vite. (Il retire le thermomètre qu’il avait dans la bouche.) Ouh ! Là, là, là, là ! J’ai de la température, c’est sûr… (Il se frappe les genoux avec son marteau de réflexe.) Aie ! Aie ! Pas bon, ces réflexes là, pas bons du tout. (Il tâtonne sa gorge.) Et puis j’ai des ganglions, là, je les sens, ils sont énormes. (Il tâte son estomac.) Seigneur ! Je sens comme une boule à l’estomac ! C’est douloureux, très douloureux !

Mateo : - (En retirant son chapeau) Excusez-moi de vous déranger, docteur…

Le docteur : - (Sursautant terrifié.) Ne vous approchez pas. Vous êtes peut être contagieux. (Il met un masque devant sa bouche.)

Mateo : - Heu… Non, je me sens très bien, je vous assure…

Le docteur : - C’est ce qu’on dit. C’est ce qu’ils disent, tous. Vous n’allez pas m’apprendre mon métier, jeune homme.

Mateo : - Je n’oserai pas. Chacun son rôle.

Le docteur : - C’est bien ce que je pense. Avant de m’adresser la parole, vous devez répondre à ce questionnaire. Avez-vous des migraines, des nausées, des vomissements, des flatulences, des vertiges ou des troubles de la mémoire ?

Matéo : - Non. Rien de tout cela.

Le docteur : - Vous mentez c’est sûr. Ils mentent tous. Mais ce n’est pas grave. Je prends note. (Il griffonne sur son calepin.) Ensuite, avez-vous contracté la variole, la rubéole, la varicelle, l’otite, la grippe, le rhume des foins, le colza, la jaunisse, le choléra, la peste, le scorbut, et ainsi de suite ?

Matéo : - Ben, sans doute une de ces maladies là. Mais je n’en ai pas le souvenir…

Le docteur : - Menteur. Ils mentent tous. C’est comme ça. Ce n’est pas grave, je prends note…

Matéo : - Excusez-moi, docteur, je vous remercie de vous inquiéter de ma santé, mais je ne venais pas pour moi…

Le docteur : - Oui, ils disent tous ça mais ce sont des menteurs…

Matéo : - Docteur, je ne suis pas un trépassé et je crois que vous êtes spécialiste des trépassés, n’est-ce pas ?

Le docteur : - (Très étonné) Surpris ! Très, très surpris ! Vos n’êtes pas un trépassé ? Pourtant…

Matéo : - Non, je vous l’assure, le passeur est à côté qui m’attend avec ma valise.

Le docteur : - Et bien que ne le disiez-vous tout de suite ? Donc, vous voulez trépasser… (Préparant une seringue qu’il sort de sa poche.) Ce n’est rien, une petite piqûre et le tour est joué. C’est sans douleur, ne craignez rien…

Matéo : - Non, non, pas du tout. Je venais vous voir pour le fantôme qui se trouve assis sur mon lit…

Le docteur : - (regardant du côté du lit.) Seigneur, ca faisait longtemps que je n’avais pas vu un trépassé dans un tel état !!!

Matéo : - N’est-ce pas ? Vous voulez bien, docteur, l’ausculter, pour…

Le docteur : - Oui, j’ai bien compris, il n’a pas encore accepté…

Matéo : - C’est cela. (S’adressant au fantôme) Hé, le fantôme, il y a quelqu’un qui peut t’aider…

Le fantôme : - Ah, bon ? Tu en es sûr ?

Matéo : - Enfin, je pense, c’est son rôle, quoi…

Le docteur : - Suivez-moi, le fantôme et veuillez répondre à ce questionnaire… (Il s’éloigne en précédent le fantôme.)

Matéo : - (Au fantôme.) Bonne chance !

Le fantôme : - Merci pour tout. Tu crois qu’il peut vraiment quelque chose pour moi ?

Matéo : - Si tu l’acceptes, je pense qu’il peut faire des miracles.

Le docteur : - (En s’éloignant avec le fantôme.) …Alors,  avez-vous des migraines, des nausées, des vomissements, des flatulences,…?

(Mateo les suit du regard en faisant un petit signe d’adieu au fantôme qui lui répond avant de disparaître. Puis le garçon s’effondre dans son lit.)

Mateo : - Ouf ! Toute cette histoire m’a épuisé !

Le « trépasseur » : - (Apparaissant soudain.) Raison de plus pour te laisser aller à un sommeil bien mérité et sans limite…

Mateo : - (se cachant dans les draps de son lit.) Ah, non, non ! Pas vous ! Laissez-moi tranquille ! (rejetant son chapeau) Tenez, vous vouliez mon chapeau et bien prenez-le et disparaissez…

(Pendant tout ce temps, la lumière descend tout doucement sur le lit.)

Le « trépasseur » : - Laisse-moi faire, Matéo,… Matéo…

Matéo : - Allez-vous en… Laissez-moi, je vous dis…

(La lumière s’éteint tout à fait sur le lit puis le décor change tout doucement. Nous somme à présent dans une chambre d’hôpital. Matéo est dans son lit. Tout autour, d’autres enfants, qui ressemblent aux personnages du rêve de Mateo, sont alités aussi. Le médecin qui réveille Matéo n’est autre que le passeur en blouse blanche.)

Le médecin : - Matéo… Matéo…

Matéo : - (se réveillant brusquement) Laissez-moi, laissez-moi… Oh ! Je faisais un rêve…

Le médecin : - Je vois ça. Allez, il est temps pour toi de nous quitter. Tes parents sont là. Ils t’attendent à côté. Tiens, j’ai pris ta valise. Ah ! Et je t’ai apporté un chapeau, au cas où ta calvitie te gêne un peu… Nous sommes à côté… (Il sort.)

(Matéo regarde le chapeau dans ses mains, se lève, rabat les draps sur son lit d’hôpital et pose le chapeau sur son oreiller. Il se tourne vers les autres enfants. Une fille se lève de son lit et lui tend une fleur. Mateo s’en saisit.)

La fille : - Tu ne prends pas ton chapeau ?

Matéo : - Non. Ca cache le visage. Les gens qui cachent leur visage ont toujours quelque chose à cacher. Merci pour la fleur. (Il s’éloigne un peu vers la sortie.)

La fille : - Bonne chance, Matéo.

Matéo : - (Se tournant vers les autres.) A vous aussi… Ecoutez toujours ce que vous dis le docteur. C’est un bon passeur, vous verrez…

(Matéo sort sous les regards étonnés et amusés des autres enfants.)

(Noir)

 

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