LOUISE AU PAYS DE FAERIE

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Louise est une jeune adolescente venue s'installer à la campagne avec ses parents et ses deux frères. Elle n'apprécie pas du tout cette idée et regrette sa vie citadine beaucoup plus vivante à son goût. Mais la vie de Louise va basculer lorsqu'elle apprendra grâce à son oncle que son destin est lié au petit peuple des fées. Mais que faire et comment cacher ce secret de famille quand on a des voisins trop curieux et superstitieux ?

LOUISE AU PAYS DE FAERIE

PROLOGUE

Louise :

Je m'appelle Louise. Aujourd'hui, j'ai quarante ans. J'étais une enfant pleine d'insouciance, de rêve. Je fus une adolescente « extrême », rongée par une croissance galopante, minée par l'ennui et surtout, le pensais-je, brimée par mes parents, Sylvaine et Denis, qui avaient fait le choix stupide de vivre à la campagne, dans la Bretagne profonde. J'estimais que c'était une monumentale erreur et j'avais décidé de leur faire payer très cher. Me priver de la vie citadine, de mes copines, de mon lycée avec lesquels j'avais réussi à obtenir une certaine notoriété d'adolescente branchée ? Et puis, me catapulter, comme ça, sans aucune délicatesse, dans l'anonymat d'une campagne désolée, entourée de mon insupportable et étourdi frère cadet, Thibaud ? Horreur. La naissance du petit dernier, Mathieu, avait plongé mes parents dans l'obscurantisme le plus total.

C'est du moins ce que la jeune adolescente révoltée que j'étais, pensait à cette époque. Mais aujourd'hui, j'ai quarante ans et l'incroyable aventure qu'il nous est arrivé à tous, m'a permis de garder cette âme d'enfant que je vous conseille d'entretenir pour le meilleur et pour le pire.

 

Tout a commencé par un certain soir d'hiver, dans notre nouvelle maison au hameau de Lutinon, non loin de la légendaire forêt de Brocéliande... Un rêve...

 

 

SEQUENCE 1 : EXT. NUIT/COUR DE LA MAISON 

 

(Une voiture entre dans la cour d'une maison couverte d'un manteau de neige)

(Un homme en descend, emmitouflé dans un manteau d'hiver, et se dirige vers la porte d'entrée.)

 

SEQUENCE 2 : INT. CHAMBRE DE LOUISE

 

(Louise regarde la neige tomber dans le jardin depuis sa fenêtre. Elle a quinze ans. Vêtue d'une robe noire, elle s'ennuie comme une princesse enfermée dans son donjon. Elle entend la porte d'entrée et se précipite dans les escaliers.)

 

SEQUENCE 3 : INT. HALL D'ENTREE

 

(Denis, planté dans le hall, de la neige sur son chapeau, regarde sa fille venir à lui)

 

Denis : - (sur un ton moqueur) Mais qui vois-je ? Ma sombre et ténébreuse fille, Louise Clochette et son cortège de malédictions gothiques accourant vers son père ? Aurais-je gagné des places dans ton épouvantable palmarès  ?

 

Louise : - Papa, s'il te plaît ! T'es lourd, là ! J'ai un truc à te demander c'est tout.

 

Denis : - (fataliste) Un truc... Oui, je m'en doute. Et bien, demande toujours. Peut être que « machin-chose » pourra répondre à ton truc...

 

Louise : - Ouais ! Bon ! Samedi soir, il y a Marjorie, ma nouvelle copine, tu sais ? Elle organise une soirée chez elle avec les filles de sa classe. Et il y a Hélène... Tu vois qui c'est, Hélène ? Ma copine de mon autre lycée... Où j'étais avant... Alors comme la copine d'Hélène, de sa classe, c'est la fille qui organise, elle a dit d'inviter une copine, mais une seule, si on voulait...

 

Denis : - (qui n'a visiblement pas tout compris) C'est sympathique ! Tout le monde invite tout le monde, quoi ?!

 

Louise : - Allez, papa ! J'peux y aller, dis ? C'est samedi, là !

 

Denis : - En bref, pour résumer ton « truc » là. Tu me demandes si tu peux aller à l'anniversaire de ta copine qui a proposé à toutes ses copines d'inviter leurs copines ?

 

Louise : - Ouais, papa ! C'est ça !

 

Denis : - Et ton oncle Jean-Guy, tu l'as oublié ? C'est ce week-end qu'il nous rend visite.

 

Louise : - (dépitée) Oh, non ! La barbe ! Tonton Tong ! Galère !

 

Denis : - Louise, je t'ai demandé à plusieurs reprises de ne plus appeler ton oncle de cette façon. Il vient nous rendre visite. Ta mère compte sur nous tous. Tu te rappelles ? Elle a pourtant bien insisté...

(Apercevant Thibaud qui marche d'un pas rapide) Ah ! Thibaud, mon grand, mon doux rêveur ! Eternel petit porteur de nos farfadets et autres chimères. Es-tu là ? Parmi nous ? Sommes-nous seuls dans l'univers ? Allô, la Terre ?

 

(Thibaud bougonnant et râlant passe devant son père sans le voir et s'engouffre dans le salon)

 

Denis : - Quelle ambiance !

 

Louise : - Alors, papa ! C'est oui ou c'est non ?

 

Denis : - (les mains en porte-voix, occupé à interpeller son fils) Allo ! Commandant Kirk ? Ici Enterprise. Me recevez-vous ? Somme-nous seuls dans l'univers ?

 

Thibaud : - (en off) Arrête papa ! C'est nul ! On n'est plus seul maintenant, il y a l'autre !

 

Louise : - (A son père) Alors, c'est oui ou c'est non ?!

 

Denis : - (a Thibaud) L'autre, c'est ton petit frère et il s'appelle Mathieu.

 

Thibaud : - (en off) Ouais, génial !

 

Denis : - (feignant l'indifférence) Et d'ailleurs, où est - il mon dernier farfadet en date ?

 

(A l'entrée de la porte qui donne sur la cuisine, on entend des cliquetis et gazouillis. Le petit Mathieu apparaît à quatre pattes, un sourire radieux sur les lèvres)

 

Denis : - (Apercevant son petit dernier) Mais c'est ti qui voilà ? Qui c'est ti riquiqui ?

 

(Mathieu s'arrête, reconnaît son père et lui lance un large sourire. Cliquetis et gazouillis.)

(Sur le côté de la porte, derrière Mathieu, apparaît la tête franche de Sylvaine, la maman.)

 

Sylvaine : - Ben, vl'a ti pas qui s'débrouille bien l'fanche Mathieu. A quate pattes, i traîne sa flaganache !

I trotte, i trotte, hein ?

 

Denis : - (le sourire aux lèvres) Sylvaine, c'est merveilleux ! On est bien dans cette maison, maintenant.

 

Thibaud : - (en off râleur) Ouais, génial !

 

Louise : - (insistante) Bon, papa, c'est oui ou c'est non ?

 

 

SEQUENCE 4 - INT. CUISINE RUSTIQUE

 

(Les Clochettes sont à table et dînent)

 

Denis : - Je trouve que ça nous fait le plus grand bien la campagne. Nous avons, tous, un teint radieux. Et puis la maison est très agréable.

 

Sylvaine : - C'est ben vrai qu'elle est ben fichue cette mansarde. Tout à l'heure, je raclai l'grenier, y a une de ces places ! Oh, et pis, j'ai ouvert des vieilles malles qui traînaient dans l'fond, avec des vieux bouquins dedans, des contes et aut' boniments. C'est bon pour toi ça, Thibaud ?!

 

Thibaud : - (sans envie, toujours morose) Ouais, génial !

 

Louise : - (très dure) Moi, je trouve qu'ici c'est loin de tout. Il faut deux heures pour aller en ville et encore si tu as un vélo. Pas une boutique de fringue, rien...

 

Sylvaine : - (agacée) Ah, ben c'est sûr ! Toi et tes boutiques ! Vu qu'tu t'habilles toujours comme un curé...

A présent, faudra veiller à pas t'perdre dans un troupeau d'corbeaux, on pourrait confondre... Avec ton air de « crise-misère »...

 

Louise : - J'ai pas un air de crise misère. Vous connaissez rien. Mais tout est nul, ici. Il y a rien. On s'ennuie. Même Thibaud, il arrive même plus à être aussi chiant qu'avant...

 

Thibaud : - Hé, ho ! Chiante toi-même ! Ecrase ta misère, « crise-misère » !

 

Denis : - (levant la voix) Louise, Thibaud ! Je ne tolèrerai pas une minute de plus ce langage. C'est à prix d'efforts et de sacrifices que votre mère et moi-même avons réussi à obtenir cette maison.

 

(Louise se lève et tente une sortie.)

 

Denis : - Louise, où vas-tu ? Qui t'a permis de te lever de table ?

 

Louise : - (effrontée) Maman, si tu veux le savoir. Elle m'a donné un nouveau sens à ma vie : vivre avec les corbeaux. Ils seront sans doute plus sympas avec moi... (Elle sort en claquant la porte)

 

(Denis décontenancé regarde sa femme qui a laissé une cuillère de purée dans la bouche de Mathieu dont le regard va de l'un à l'autre. Thibaud a piqué son nez dans l'assiette. Cliquetis, gazouillis. Mathieu rit.)

 

Denis : - Mais qu'est-ce qu'elle a ?

 

Sylvaine : - Laisse tomber la neige ! Elle a les « tétés » qui lui poussent. C'est l'âge...

 

SEQUENCE 5 - INT. NUIT/CHAMBRE DE THIBAUD

 

(la maison est endormie) (Thibaud n'arrive pas à fermer l'œil. Il est inquiet. Il entend des bruits. Il se lève et sort sur le perron des chambres au premier étage. Passant sans bruit, il arrive à la porte des parents qu'il entrebâille discrètement. Sylvaine ronfle et Denis rêve tout haut. Thibaud hésite et referme la porte. Il se dirige vers la porte de sa sœur qu'il entrouvre aussi. Louise est allongée toute habillée de noir, le casque d'un walk-man sur les oreilles, la musique à fond. Elle dort)

 

Thibaud : - Comment elle fait ça ? (Puis il referme la porte tout doucement)

 

(Thibaud entend alors un petit rire provenant de la chambre de Mathieu. Il s'y dirige et ouvre la porte de la chambre du nouveau-né. Il aperçoit son frère, ses petites mains tendus au ciel, devant lui, comme s'il voulait attraper quelque chose. Cliquetis et gazouillis. Mathieu rit. Soudain la couverture du petit lit est vivement ramenée aux pieds de l'enfant par une main invisible. Croyant rêver, Thibaud s'enfonce dans l'obscurité de la chambre pour mieux voir. Tout à coup, un immense fracas retentit dans la cuisine au rez-de-chaussée. Sylvaine et Denis, dans un demi-sommeil, apparaissent sur le pas de porte de leur chambre.)

 

Sylvaine : - Ben, alors, Thibaud ! Qui qu'c'est ti qui fait tout ce raffut ?

 

Denis : - Thibaud, c'est toi ?

 

Thibaud : - (Penaud) J'arrivais pas à dormir...

 

Denis : - Mais ce bruit... D'où vient le bruit ?

 

(Le visage inquiet de Thibaud se tourne vers la cage d'escalier.) (Nouveau vacarme dans la cuisine.) (Un temps où les regards se figent.)

 

Sylvaine : - (vivement à son mari) T'espères quoi là ? Ben, vas-y !

 

Denis : - Un instant...

 

(Il disparaît dans sa chambre où on l'entend ouvrir tiroirs et placards.)

 

Denis : - (Depuis le fond de la chambre) Mais, bon dieu de bon dieu ! Où est-ce que j'ai bien pu le mettre ?

(Un vacarme dans la chambre.) Aïe ! Ca y est ! Je l'ai trouvé. (Il réapparaît un vieux fusil à la main)

 

Sylvaine : - Qu'est-ce que t'y compte bricoler avec cet engin ? Jouer de la trompette ? Chasser la bécasse ?

 

Denis : - (piqué) Ma chère Sylvaine, le fusil de mon arrière grand-père a chassé les Anglais hors de France durant les guerres napoléoniennes.

 

Sylvaine : - Ce n'est pas à moi qu'il faut la raconter celle-là ! C'est aux autres, en bas. Vas-y mon gars ! Ca va les impressionner ! Du moins je l'espère...

 

(Denis hausse des épaules et se dirige vers la cage d'escalier)

 

SEQUENCE 6 - INT. NUIT/ LA CUISINE

 

(De l'intérieur de la cuisine, derrière la porte, on entend les voix de Sylvaine, Thibaud et Denis.)

 

Sylvaine : - Ben, vas-y ! Qu'est-ce que t'attends ?

 

Denis : - Une minute. Je réfléchis.

 

Sylvaine : - Ben, t'as pas réfléchis autant pour notre première nuit de noce. Alors, haut les cœurs et fonce s'y dans l'tas !

 

Denis : - Et l'effet de surprise ?

 

Sylvaine : - Quel effet de surprise ? C'est pas un anniversaire !

 

Denis : - De la stratégie, Sylvaine. Il faut de la stratégie avant de s'attaquer à l'ennemi. Alors, toi, tu vas ouvrir brusquement la porte. A ce moment là, Thibaud, tu plonges sur l'interrupteur et tu envois la lumière. Moi, profitant de l'effet de surprise, je surgis, l'arme à la main et voilà...

 

Sylvaine : - (moqueuse) T'aurais dû faire des films mon petit n'amoureux...

 

Thibaud : - Et pourquoi c'est moi qui dois allumer la lumière ?

 

Sylvaine : - Discute pas, c'est Bonaparte qui commande !

 

Denis : - Bon. Tenez-vous prêt. A trois. Un, deux et trois.

 

(La porte de la cuisine s'ouvre brutalement. Lumière. Denis, au sol, tient difficilement la mire. Sylvaine est écrasée sur son mari et Thibaud sur sa mère. Puis devant une cuisine dévastée et fouillée les trois poussent de concert un hurlement d'effroi.)

 

SEQUENCE 7 - INT. JOUR/LA CUISINE

 

(Un brigadier de gendarmerie interroge Denis et sa famille dans une cuisine tous les soirs, dévastée, depuis, maintenant, une semaine.)

 

Denis : - ...Et quand nous ouvrons la porte voilà ce que nous trouvons à chaque fois... Et personne...

 

Brigadier : - ...Et vous voulez me faire croire qu'aucun membre de votre famille ne se trouvait au rez-de-chaussée, que personne n'a forcé la porte d'entrée et que, à fortiori, personne n'est entré ou sorti, même par une fenêtre ? C'est bien ce que vous voulez me faire croire, c'est ça ?

 

Denis : - Je ne veux rien vous faire croire, monsieur l'agent, je cherche à comprendre ce qui arrive dans ma maison...

 

Brigadier : - Sérieusement, monsieur Clochette, vous y croyez, vous, à cette histoire de fantômes. Je vous dis ça parce qu'on ne parle plus que de ça dans la gazette et que tout ce tapage c'est pas bon pour notre hameau...

 

Denis : - (effondré, il adresse un regard à Sylvaine et Thibaud figés dans un coin de la cuisine) Je ne sais pas monsieur l'agent... Je ne sais plus...

 

SEQUENCE 8 - EXT. JOUR/DEVANT LA MAISON

 

(Pendant ce temps, devant la maison, Louise observe deux agents qui inspectent la serrure de la porte d'entrée.)

 

Louise : - Vous voulez mon avis ? Vous ne trouverez rien. Les esprits ne laissent ni trace, ni empreintes,... C'est bien connu...

 

L'agent : - Vous êtes bien sûr de vous, mademoiselle. A mon avis, vous savez quelque chose...

 

Louise : - Oh, ça va, monsieur l'agent ! Me faites pas votre cinéma ! N'allez pas vous imaginer que c'est moi qui ai mis tout ce bazar. Je ne suis pas assez intelligente. C'est ma mère qui le dit : « T'as les tétés qui poussent ! »

 

L'agent : - Pardon ? Qu'est-ce que vous avez dit ?

 

Louise : - Non, c'est ma mère qui dit. Elle dit que quand on a les tétés qui poussent, on a le cerveau bloqué. C'est normal. C'est l'âge. Tout peut pas pousser en même temps, enfin, tout ça quoi... !

 

(Les deux agents se regardent ahuris et gênés)

 

Louise : - (Voyant arriver, dans l'allée, Germaine Vianduc, la voisine) Tenez ! C'est comme celle-là, la voisine, Germaine Vianduc. Toujours aussi hypocrite. Elle doit avoir encore les tétés qui lui poussent parce que niveau intelligence, elle est plate... Qu'est-ce que vous croyez qu'elle vient faire ici ? Livrer ces confits de canard ? Tu parles. Des ragots et des bonnes vieilles rumeurs qu'elle partagera avec ces copines, voilà ce qu'elle est venue chercher...

 

Germaine : - Louise ! Ta mère est par-là ?

 

Louise : - Ah, désolé ! Elle est occupée avec ces messieurs de la gendarmerie. Vous savez bien, Madame Vianduc... (prenant un ton lugubre) Ils se passent des choses étranges dans cette maison... Les esprits y règnent en maîtres...

 

Germaine : - Tais-toi donc malheureuse ! Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Dis-lui à ta mère que les confits qu'elle m'a commandé ce tantôt, sont prêts. Fais-lui bien mes amitiés !

 

Louise : - Je n'y manquerai pas chère voisine. Et prenez bien soin de vous, des fois que cette épidémie ne soit contagieuse...

 

Germaine : - De quelle épidémie parles-tu ?

 

Louise : - Les maisons infestées par des fantômes...

 

(Mme Vianduc s'enfuit en se signant)

 

Germaine : - Elle a le diable cette petite, le diable...

 

(Louise rit. Les agents retournent, sans broncher, à leur besogne.)

 

SEQUENCE 9 - INT. JOUR/LE SALON

 

(Le brigadier prend congé de Denis. Devant la fenêtre, Sylvaine observe Germaine Vianduc interrogée par les agents.)

 

Sylvaine : - Celle-là ! J'te jure que si elle bonimente les gendarmes, je lui fais ravaler son canard...

 

(Sylvaine s'écarte de la fenêtre.)

(On entend soudain, un klaxon italien à l'extérieur de la maison)

(Sylvaine revient vite à la fenêtre.)

 

Sylvaine : - (dans un élan de joie) Jean-Guy, c'est lui ! C'est Jean-Guy ! Denis !

 

SEQUENCE 10 - EXT. JOUR/COUR DE LA MAISON

 

(Le camion de Jean-Guy est entré dans l'allée du jardin. Il s'arrête. Une portière s'ouvre. Merlin, le chien de Jean-Guy bondit hors de la voiture suivit de près par deux pieds chaussés de tongs. La famille Clochette accueille avec joie l'arrivée de l'oncle. Sylvaine se précipite dans les bras de son frère. Louise et Thibaud font des caresses à Merlin. Denis apparaît à l'entrée, le bébé dans les bras. Cliquetis et gazouillis. Mathieu rit.)

 

SEQUENCE 11 - EXT. JOUR/LE POTAGER DES VIANDUC

 

(Pendant ce temps, depuis leur clôture, les Vianduc observent la scène des retrouvailles.)

 

Germaine : - T'as vu Raymond ? Les Clochettes ont de la visite.

 

Raymond : - Ben, oui et alors ?

 

Germaine : - Et ben ? T'as vu la trombine de l'invité ?

 

Raymond : - Ben, oui et alors ?

 

Germaine : - On dirait un gourou ou quelque chose comme ça.

 

Raymond : - Ben, oui et alors ?

 

Germaine : - Et alors ? C'est tout ce que tu sais dire ? Mais, moi, je vois. Tout ça, c'est encore une histoire de secte. Je te le dis Raymond...

 

Raymond : - Ben, oui et alors ?

 

Germaine : - En tout cas, ça ne se passera pas comme ça. Pas chez nous où je ne m'appelle plus Germaine Vianduc. (Elle s'éloigne d'un pas décidé)

 

Raymond : - (le regard toujours figé chez les Clochettes) Ben, oui... Et alors ?

 

SEQUENCE 12 - INT. SOIR/LA CUISINE

 

(Dans la cuisine, pendant le dîner)

 

Jean-Guy : - (abasourdi par ce qu'il vient d'entendre) Vous voyez le bébé faire quoi ?

 

Sylvaine : - ...se prendre pour un planeur au-dessus de son lit.

 

Jean-Guy : - (se levant brusquement) Seigneur ! J'ai attendu ça des années et des années ! Et voilà, qu'à présent... Oh ! Seigneur !

 

Denis : - Jean-Guy, enfin, mais qu'est-ce qu'il te prend ? Attendre quoi, qui ?

 

Jean-Guy : - (Toujours dans un délire, parlant en l'air) Oui, oui ! Me voici ! Je suis prêt ! Montrez-vous à moi !

 

Sylvaine : - (gênée) Voilà, les enfants, faut pas avoir peur. C'est normal. Oncle Jean-Guy est une sorte de guérisseur, de... magicien, de sorcier si vous préférez...

 

Jean-Guy : - (Brusquement avec passion et emphase) Nous ne sommes pas sorciers. Nous détenons le pouvoir que nous transmettent nos aïeux. Nous sommes le savoir oublié et la connaissance naturelle. Nous, Druides abjurons toute velléité de sorcellerie et autres procédés de harpie...

 

Sylvaine : - Du calme, frangin, j'essaie de leur expliquer, c'est tout...

 

Denis : - Comment ? Quoi ? Expliquez quoi ?

 

Jean-Guy : - Je ne comprends pas Sylvaine. Tu sais très bien que notre code nous intime l'ordre de renseigner nos proches. Et toi ? Tu ne leur as toujours rien dit ?

 

Denis : - Dis quoi ? Qu'est-ce que c'est ?

 

Jean-Guy : - (avec autorité et pondération) Sylvaine, dis leur, maintenant ou tais-toi à jamais !

 

Sylvaine : - Si tu insistes mais ça va secouer la chaumière, je te préviens...

 

Jean-Guy : - Il n'importe. Elles n'attendront pas et tu le sais.

 

Denis : - Qu'est-ce qui n'attends pas ? C'est quoi ?

 

Thibaud : - Papa ! Qu'est-ce qu'ils ont maman et oncle Jean-Guy !

 

(Soudain Jean-Guy jette une poignée de pierres runiques au centre de la table.)

 

Jean-Guy : - Nous, messagers druidiques, que notre ouvrage éclaire la vérité. Les anciens pouvoirs divinatoires feront la lumière. Allons, ma sœur, nous devons leur montrer ce qu'ils ne peuvent voir aujourd'hui et qu'ils verront demain.

 

Denis : - Voir quoi ? Qui ?

 

(Denis inquiet et ne comprenant pas ce qui arrive, tient Mathieu sur ses jambes. Louise et Thibaud, un peu impressionnés se sont rapproché de leur père. Sylvaine et Jean-Guy imposent leurs mains au-dessus des petites pierres runiques qui, muent par une force invisible, s'élèvent au-dessus de la table dans un bouquet de lumières multicolores. Cliquetis et gazouillis. Mathieu rit.)

 

SEQUENCE 13 - INT. SOIR/DANS LA CUISINE

 

(Toujours dans la cuisine, un plus tard, Denis fait face à Sylvaine qui sanglote. Jean-Guy est entre les deux. Les enfants sont montés dans leur chambre.)

 

Denis : - Je ne comprends pas. Pourquoi n'as-tu jamais rien dis ?

 

Sylvaine : - J'osais pas. J'avais peur de vous perdre. J'avais peur que vous me preniez pour une folle.

 

Denis : - Enfin, Sylvaine. Je t'ai toujours fait confiance. Je ne comprends pas.

 

Sylvaine : - Pardonne-moi, mon petit mari...

 

Denis : - Pardonnez quoi ? Un secret jalousement gardé sur des pratiques plus que douteuses. Ma femme, une sorcière...

 

Jean-Guy : - Druide !

 

Denis : - Oui, enfin, je n'y connais rien à tout ça, moi. C'est incroyable. Je deviens complètement fou ou alors c'est un cauchemar. Je vais me réveiller et voilà, tout rentrera dans l'ordre.

 

Jean-Guy : - Ce n'est pas se réveiller qu'il faut faire mais croire...

 

Denis : - (excédé) Alors toi, Jean-Guy, je te demande de ne pas te mêler de ça ! (en sortant) Je suis fatigué, je vais me coucher... Il y en a, eux, qui travaille pour nourrir leur famille,...

 

(Jean-Guy prend la main de sa sœur dont les sanglots ont redoublé d'ardeur.)

 

Jean-Guy : - Il croira. Tu verras. Il s'habituera. C'est une question de temps.

 

 

 

SEQUENCE 14 - INT. NUIT/LE SALON puis LA CHAMBRE DE MATHIEU

 

(La maison est endormie. Dans le salon baigné par une lumière lunaire qui traverse les fenêtres, ont perçoit des froissements et des petits rires. Certains bibelots se déplacent seuls sur les meubles.)

(Dans la chambre de Mathieu, c'est la même chose : chaque jouet, objets, tiroirs et placards sont doués d'une vie propre. Cliquetis et gazouillis. Mathieu rit.) (Tout à coup le bébé est soulevé dans les airs par de petites mains invisibles qui le dirigent vers la porte de la chambre.)

 

SEQUENCE 15 - INT. NUIT/ CHAMBRE DE LOUISE

 

(Dans la chambre de Louise, Thibaud et sa sœur se sont organisés pour parer à  toute éventualité. Louise est sous son lit, armée d'un talkie-walkie. Thibaud, caché au fond du placard, est en liaison avec sa sœur.)

 

Thibaud : - Allo ! Allo ! Grand Elfe appelle Fée Carabosse ! A toi !

 

Louise : - C'est pas Fée Carabosse, patate, mais Fée Morgane ! Qu'est-ce que tu veux ? A toi !

 

Thibaud : - Grand Elfe demande à Fée Morgane de jeter un œil à l'extérieur. A toi !

 

Louise : - Pourquoi c'est toujours à moi d'y aller ?

 

Thibaud : - Parce que moi, je suis dans le placard et le placard c'est le Q.G., on a dit !

 

Louise : - Grand Elfe est sacrément gonflé ! Bon, j'y vais !

 

(Louise sort la tête de dessous le lit. Elle entend les cliquetis et gazouillis de Mathieu derrière la porte. Elle se dirige vers le placard qu'elle ouvre doucement. A l'intérieur, Thibaud lui tourne le dos.)

 

Louise : - (chuchotant) Hé ! Grand Elfe ! Tu as entendu ?

 

Thibaud : - (parlant dans son talkie-walkie sans avoir aperçu sa sœur derrière lui) Ici, Grand Elfe ! Non, j'ai rien entendu. C'est quoi ? A toi !

 

Louise : - (tapotant sur l'épaule de son frère) Hé ! Bataille pas ! Je suis là !

 

Thibaud : - (sursautant) Ah ! Idiote ! Tu m'as fait peur. J'ai failli mourir d'un infractus !

 

Louise : - Infarctus ! Grand Elfe aux petites oreilles ! Amène-toi ! Mathieu est juste derrière la porte.

 

Thibaud : - Quoi, le nabot ? C'est impossible. Il ne sait même pas marcher.

 

Louise : - Je te rappelle que le nabot, c'est ton frère. Alors, bouge de là !

 

(Louise et Thibaud ont l'oreille collée à la porte de la chambre.)

 

Thibaud : - Qu'est-ce que tu crois qu'il fait ?

 

Louise : - Je sais pas. J'ai l'impression qu'il nous appelle. Mais comment aurait-il fait pour quitter son petit lit ? J'ai peur, Thibaud...

 

Thibaud : - Moi, aussi. Tant pis ! On ouvre la porte, à trois. Un, deux et trois !

 

(La porte s'ouvre sur Mathieu qui plane dans les airs. Cliquetis et Gazouillis. Mathieu rit.)

(Louise et Thibaud poussent ensemble un cri d'effroi et de surprise.)

(Denis, Sylvaine et Jean-Guy surgissent de leurs chambres.)

 

Jean-Guy : - Par tous les cromlechs de Carnac ! C'est le moment ! Sylvaine, va préparer les fioles ! 

 

Sylvaine : - Ben, dites-donc ! Ca c'est pas fait attendre... J'y vais...

 

Denis : - Qu'est-ce qui c'est pas fait attendre ? Quoi ? Quel moment ? Et pourquoi le bébé vole ?

 

(Mathieu vole doucement jusqu'à son père tétanisé par la surprise.)

 

Mathieu : - Papa...

 

Denis : - (comme assommé) Oh ! Il parle, le petit ! Il n'a pas l'âge mais il parle ! (Hurlant) Chérie ?

 

Jean-Guy : - C'est un signe...

 

Denis : - Quel signe ? Oh, je ne me sens pas très bien, là. (Il tombe évanouis.)

 

(Mathieu rit. Cliquetis et gazouillis)

 

SEQUENCE 16 - INT. NUIT/ DANS LE SALON

 

(Tout le monde est réuni dans le salon. Mathieu est toujours en suspend dans les airs au-dessus de la grande table en bois de chêne. A chaque extrémité de la table, Jean-Guy et Sylvaine ont pris position. Sur le sofa, assis côte à côte, Denis, Thibaud et Louise observent la scène, médusés.)

 

Jean-Guy : - (très solennel) A présent, silence tout le monde ! Ce que vous allez voir devra rester, à jamais, secret dans votre cœur et votre esprit. Jurez-le !

 

Denis, Thibaud et Louise : - (comme des zombis) Juré, promis, craché ! (Denis crache malencontreusement sur la robe de sa fille qui s'essuie d'un geste mécanique.)

 

Jean-Guy : - Alors que l'antique science des druides se révèle aux yeux profanes de ces mortels.

 

Sylvaine : - Que les éternelles runes parlent au nom des Sages Sylvains !

 

Thibaud : - Ben, dis-donc ! T'as vu, papa ? Maman, elle a perdu son accent ?

 

Denis : - J'ai vu. Je crois que je ne me sens pas très bien, là.

 

Louise : - Tu restes éveillé, je te prie. Tu es trop lourd à porter.

 

Jean-Guy : - Silence ! Que la pierre sacrée nous révèle la présence des messagères de la vie et de la mort !

 

Sylvaine : - ...Et que cet enfant soit, à jamais et pour l'éternité, reconnu parmi les siens !

 

Jean-Guy : - Qu'il en soit ainsi !

 

(Autour de Mathieu qui se pose délicatement sur la table apparaît une multitude de fées qui envahi très vite le salon. Louise, Thibaud et Denis contemplent cette féerie avec des yeux d'enfants émerveillés.)

 

 

 

 

SEQUENCE 17 - EXT. JOUR/ DEVANT LA MAISON

 

(Le lendemain matin, devant la porte d'entrée des Clochettes, tout un groupe de villageois se sont réunis. Ils sont précédés de Germaine et Raymond Vianduc.)

 

Jean-Guy : - (apparaissant sur le perron de la porte d'entrée) Messieurs, dames, bonjour. C'est à quel sujet ?

 

Germaine : - (poussant en avant son mari) Et ben, vas-y ! Qu'est-ce que t'attends ?

 

Raymond : - (mal à l'aise) Bonjour... Heu !

 

Jean-Guy : - (patient et imperturbable) Oui, bonjour ! Je vous écoute.

 

Raymond : - Et bien, c'est à dire que...

 

Germaine : - Et ben ! Montre-lui !

 

Raymond : - (tendant un papier à Jean-Guy) Alors voilà, on a, tous, signé une répétition...

 

Germaine : - Une pétition, espèce de ganache, une pétition...

 

Raymond : - Oui, voilà, une pétition... Alors, voilà, on est tous pour... Enfin, je veux dire contre... Heu ! Enfin, on ne veut plus que...

 

Germaine : - (coupant et prenant la relève) On veut qu'les Clochettes y partent du hameau. Toutes ces histoires, c'est malsain pour nous... Vos histoires de fantômes, là, ça fait peur à tout le monde...

 

Une femme : - (poussant sa gamine devant elle) Ma Lucienne, elle arrive plus à dormir, elle fait des cauchemars toutes les nuits... Elle se réveille en hurlant...

 

Un homme : - Et tout ces « va et viens » de la gendarmerie ça installe le doute et ça nui aux affaires... Les touristes, ils veulent plus s'arrêter chez nous...

 

Germaine : - Vous comprenez que ce n'est plus possible. Alors on a signé une pétition pour le juge de la ville.

 

Jean-Guy : - (d'un ton compréhensif) Les braves gens ! Je vois que personne ne vous a mis au courant. Toute cette histoire, c'est terminé.

 

Germaine : - Terminé ?

 

Jean-Guy :  - Oui, chère madame. Nous avons découvert que la famille Clochette était victime d'un virus très rare, redoutable mais sans danger pour leurs vies. Le ciel soit loué !

 

Germaine : - Un virus ? Quel virus ?

 

Jean-Guy : - Le virus qu'on surnomme : « la fièvre du canard ».

 

Germaine : - Jamais entendu parler de ça ! Et les canards, ça me connaît ! C'est des boniments, voilà tout !

Ca suffit ! On veut voir les Clochettes ! Qu'ils viennent s'expliquer eux même !

 

(Contestation générale)

 

Jean-Guy : - S'il vous plaît, messieurs dames, s'il vous plaît ! Je ne m'oppose pas à ce que vous rencontriez la famille mais ils sont très souffrant et au stade terminal de cette maladie - comment dirais-je ?- ils ne sont pas très présentables. Cela pourrait choquer les plus sensibles et je vois bien que vous êtes des personnes sensées et sensibles...

 

Germaine : - Trêve de charabia ! On veut voir les Clochettes maintenant...

 

(Approbation générale)

 

Jean-Guy : - Bien. A votre guise. Mais je vous aurai prévenu. C'est très impressionnant.

(Il appelle à l'intérieur de la maison) Sylvaine, Denis, les enfants ! Les voisins demandent à vous voir !

 

(La porte s'ouvre, béante, sur une famille monstrueusement difforme et souffrante.)

(Dans un grand hurlement général d'effroi, les voisins se dispersent aux alentours en s'enfuyant, le diable aux trousses.)(Jean-Guy referme la porte derrière lui. Il fait face à cette famille repoussante, fait un geste de la main en prononçant une formule magique, et fait retrouver à la famille Clochette son apparence réelle.)

(C'est un fou rire général dans toute la maison.)

 

SEQUENCE 18 - INT. JOUR/ DANS LA CUISINE

 

(Un peu plus tard dans la cuisine) (Toute la famille est réunie autour de Jean-Guy, le druide.)

 

Jean-Guy : - ...C'est ainsi, les enfants, que ces créatures invisibles à nos yeux se matérialisent lorsqu'un futur druide devra être initié...

 

Thibaud : - Encore, tonton, raconte...

 

Louise : - Tu es mon tonton tong, préféré. (Elle lui saute au cou)

 

Denis : - Les enfants, s'il vous plaît, votre oncle en a assez fait et la nuit a été courte. Nous sommes tous très fatigués.

 

Jean-Guy : - Ecoutez toujours votre père, il est la mesure en toutes choses...

 

Sylvaine : - Sauf quand il se prend pour Napoléon bonaparte !

 

Denis : - (prenant tendrement sa femme dans les bras) Sylvaine, on est bien ! (puis revenant à Jean-Guy)

Mais, dis-moi, cher beau-frère, tu as dis que ces...

 

Jean-Guy : - ...Fées. Des fées !

 

Denis : - ...Que ces fées se matérialisaient dans une demeure lorsqu'il y avait un druide à initier ! Mais je ne vois pas qui puisque Sylvaine l'est déjà, non ?

 

(Jean-Guy regarde, d'un œil malin, les enfants et sa sœur. Puis son regard se pose sur Mathieu. Cliquetis et gazouillis. Mathieu rit. Tout le monde éclate d'un même rire sauf Denis qui ne comprend pas.)

 

Denis : - Pourquoi riez-vous ? Qu'est-ce que j'ai dis ? C'est qui ? C'est quoi ?

 

 

FIN

 

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