LE VASE DE DEBRU

Publié le par Gianmarco Toto

Pièce de théâtre inspirée d'une légende basque, "Le vase de Debru" met en scène le diable, l'idiot de la classe, des étudiants peut enclin à travailler, des sorciers et quelques divinités issues des croyances païennes basques. Une belle et amusante histoire écrite pour les groupes d'enfants nombreux.

 

 

 

LE VASE DE DEBRU

Le conteur

Jadis, Debru, le diable, tenait une école dans la grotte de Sare, un petit village basque. Beaucoup d’étudiants, pressés d’obtenir des connaissances en peu de temps venaient s’y inscrire. Mais il y avait un prix diabolique à payer. En effet, Debru finissait toujours l’année scolaire par un examen redoutable : il posait une énigme très difficile à élucider. L’étudiant qui réussissait son examen retournait à la vie normale mais, par malheur, si l’un d’entre eux échouait, il se retrouvait au service du malin pour l’éternité.

Les élèves impatients attendent la venue de maître Debru qui ne tarde pas à faire son entrée.

Les étudiants

Bonjour maître Debru !

Debru

Bonjour mes chers étudiants. Voici l’épreuve tant attendue de votre fin d’année scolaire. Toutefois devant le bon travail que vous avez fourni tout au long de ces mois, je suis prêt à me montrer clément. Pour l’examen de cette année, je propose de libérer l’ensemble de la classe si l’un d’entre vous découvre la réponse à l’énigme qui va suivre. Le sujet de cette épreuve concerne un des vases de ma collection.

Debru s’éloigne en ricanant  pour aller chercher « le sujet de son examen ».

 

Un étudiant

Il nous laisse une petite chance…  Il n’est pas si méchant que ça !

Un autre

Méfie-toi, Debru est le malin. Le nom le dit. Il paraît !

Un autre

De toutes façons, il n’y a pas trois mille façons de fabriquer un vase…

Un autre

J’adore les énigmes et j’arrive toujours à m’en sortir.

Un autre

Mon père est potier, tout ça n’a pas de secret pour lui.

Un autre

Ton père, peut être, mais toi… Tu t’imagines peut être qu’il va te laisser l’emmener chez toi pour une expertise ?

Debru

J’entends vos murmures, mes chers petits… Quelle prétention de croire que tout vous sera facile… Ah ! La vanité ! Un de mes pêchés favoris ! Vanitas vanitatum omnia vanitas ! (Dévoilant un vase étrange) A présent, jetez les yeux sur cette petite œuvre d’art et demain matin vous devrez me dire en quoi il est fabriqué…

Le vase passe entre les mains des élèves troublés.

Un étudiant

Je vous l’avais dit qu’il était diabolique ! Le malin, c’est le malin ! Malheureux que nous sommes !

Un autre

Et c’est ton père qui a fait celui-là ? Pourquoi ne dis-tu rien ?

Un autre

Ca sent le piège à plein nez ! C’est un vase ça ? Qu’est-ce que c’est cette chose ?

Un autre

Nous ne reverrons jamais nos familles. Nous aurions mieux fait d’aller étudier ailleurs ! Et maintenant qui pourra nous aider ?

Le conteur

Le vase passe de main en main sous le regard inquiet des étudiants. Bientôt le voici devant Manex, le cancre de la classe, qui manque de le faire tomber tout occupé qu’il est à chasser les mouches.

Debru

Manex ! Pauvre imbécile sans cervelle ! Encore un peu et cette pièce inestimable finissait en mille morceaux. Tu aurais provoqué définitivement un terme à cette épreuve et fait périr toute la classe au royaume des enfers. Pauvre cancre ! Ramène-le ici immédiatement !

Manex ramène le vase à Debru sous les insultes de ses camarades.

Un étudiant

Pauvre idiot ! Nos aurions pu tous y passer !

Un autre

Maladroit et stupide, voilà ce que tu es !

Debru

A présent, mes chers enfants, je vous laisse et vous souhaite une excellente nuit pleine de réflexions et de cauchemars.

Le conteur

Debru disparaît et laisse une classe épouvantée s’enfuir dans la campagne pour tenter de percer la terrible énigme. Pendant ce temps, au crépuscule, Manex, le cancre de la classe, flâne sur le chemin sans trop s’inquiéter de toute cette histoire. S’étant égaré dans les bois, le voici nez à nez avec Aatxegorri, le taureau rouge, gardien du gouffre sacré.

Aatxegorri

Que fais-tu dans ces contrées, jeune fou, ne sais-tu donc pas qu’il est peu recommandé de se promener à la nuit tombante aux abords du gouffre sacré de la toute divine Mari, notre déesse mère ? Je pourrais très bien te faire disparaître d’un seul coup de mes puissantes cornes. A moins que tu ne sollicites une audience auprès de sa majesté…

Le conteur

L’idiot, dans sa grande frayeur, se souvint que Mari pouvait exaucer les vœux des plus braves et des âmes pures. Peut être aurait-elle quelques conseils pouvant l’aider à trouver l’énigme de Debru… Qui ne tente rien…

Manex

(tremblant)

Oui… C’est cela… Hum ! Je viens m’entretenir avec Mari… C’est très important ! Heu ! Mes amis sont en danger et…

Aatxegorri

Oui, je vois… Et bien tu la rencontreras si tel est ton désir mais n’oublie pas de respecter le rituel sinon Sugoï, son amant, serpent de la foudre pourrait bien ouvrir les entrailles de la terre afin que tu y périsses…

Manex

Un rituel ? Quel rituel ? Dans quel guêpier me suis-je encore fourré ? Je ne sais pas ce qu’il faut faire…

Le conteur

Le pauvre Manex, idiot qu’il était, ne pouvait deviner en quoi consistait ce fameux rituel de rencontre avec Mari. Rappelez-vous : seules les âmes justes et respectueuses peuvent être reçues par la déesse mère. En effet, ceux qui craignent Mari savent qu’il ne faut jamais la regardez dans les yeux, lui chuchoter quand on lui parle et sortir de sa demeure comme on y est entré et ne jamais lui tourner le dos. Et c’est ce que fit le cancre, sans le savoir bien entendu… Mari, dans sa grande clémence, lui conseilla de se promener du côté de l’akelarre de cette nuit, la grande fête des sorciers, d’écouter la plus jeune et la plus jolie des sorcières. Un peu plus tard Manex se percha à la cime d’un arbre pour écouter les chants des sorciers et assister à leurs ébats…

Un sorcier

Avez-vous entendu, mes chers frères et sœurs, la rumeur qui s’étend dans toute la vallée ?

Un autre

Non, de quelle rumeur parles-tu ?

Un autre

Debru aurait fait un marché tout particulier avec ses étudiants. Ils seront tous libérés si l’un d’entre eux trouve la solution à l’énigme de son examen de fin d’année.

Un autre

Et quelle est donc cette énigme ? Encore un piège de ce grand fou !! C’est sûr !!

Un autre

Ils doivent deviner la facture d’un des vases de sa collection… Je leur souhaite bon courage mais je serais bien curieux de connaître la réponse…

La jeune sorcière

Laissez-moi faire mes amis, je suis capable de délier les langues des plus obstinés et des plus ténébreux…

Un sorcier

Nous connaissons bien ta réputation, ma fille. Voici Debru qui entre dans l’akelarre, c’est le moment. Et bien va, qu’attends-tu ? Nous sommes impatients de te voir à l’œuvre…

Le conteur

La belle et jeune sorcière s’approcha de Debru en effectuant une danse envoûtante. Debru, se sentant flatté, l’aborda…

Debru

Noir seigneur, la tentation est trop grande ! M’accordez-vous cette danse, mon enfant ? Avez-vous déjà dansé avec le diable au clair de lune ?

La sorcière

Non, mais j’en serai ravie.

Debru

Oh, cornes de bouc, tu m’affoles ! Viens donc par ici ma toute belle !

La sorcière

Oh, là, mon beau démon ! Il te faut d’abord me dire un secret ! Il paraît que l’examen de fin d’année de ton école est particulièrement original.

Debru

Il est vrai ! Mais tu veux me troubler, petit diablesse, et tu ne dois pas savoir que mon vase est fabriqué d’ongles coupés les vendredis et dimanche, tu serais bien capable d’aller l’ébruiter à tous les vents.

Le conteur

Ah, vanitas, vanitatum, omnia vanitas ! C’est cette même vanité qui perdit Debru et du haut de son arbre, Manex le cancre faillit bien perdre l’équilibre en entendant ces mots. Le lendemain, il donna la réponse à l’énigme et libéra ainsi l’ensemble de sa classe. C’est le triomphe de l’idiot porté en héros au bout des bras de ses camarades. La morale, mes amis, de cette courte fable, c’est qu’être idiot ne signifie pas que notre cœur est impur. Et puis à chaque classe, son cancre, à chaque village, son idiot et à chaque cour, son bouffon…

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