LE CUISINIER

Publié le par Gianmarco Toto

De jeunes adolescents pensionnaires de leur établissement scolaire vont s'endormir étrangement à l'heure du diner dans la salle de réfectoire. A leur réveil, ils sont prisonniers d'une autre dimension où règne maître un cynique et inquiétant cuisinier bien décidé à en découdre avec eux.

Ce thriller théâtral d'épouvante est l'histoire idéale pour les adolescents férus de sensations fortes et de suspens.

LE CUISINIER

LES PERSONNAGES

Clara : réservée et tranquille, elle se montre souvent patiente et tolérante, mais elle

cache, en elle, une violence peu commune.

Emma : Son comportement rebelle et nerveux voile une certaine sensibilité.

Joy : C'est un personnage inquiétant et trouble qui dissimule une grande fragilité.

Paula : C’est une rebelle qui fait son âge. Une tête dure qui renferme une grande générosité.

Suzie : C'est une intellectuelle timide et coincée mais douée d'un certain courage.

Ruth : Sa générosité, son dynamisme et sa constance en font une personne appréciable.

Nathalie : Elle fait superficielle avec ses allures « bon chic, bon genre » mais sa sensibilité est dénuée d'artifices.

Fleur : Une idéaliste, une rêveuse décontractée. On pourrait même penser qu'elle est

stupide. C'est le masque de l'intelligence et de la raison.

Renatta : C'est une fille secrète, étrange et gentille. Elle peut se montrer

redoutablement convaincante et courageuse.

Bob : Il est parfois très idiot, c'est vrai. Mais il est gentil et sensible. C'est un être

courageux et volontaire.

Max : Frimeur stupide et nerveux. Deux qualités enfouies, la bonté et le courage.

Sonia : Une tête de mule, une râleuse, un vrai garçon manqué. Mais elle est juste, sensible et tolérante.

Chloé : Complice de Sonia, elle est moqueuse mais peut se révéler très efficace.

Le cuisinier : Le pire cauchemar adulte qu’on ne voudrait pas rencontrer pendant son adolescence. Un condensé du grand méchant loup et d’un tueur en série. Mais existe t’il vraiment ? Ou n’est-ce qu’une représentation des démons de notre jeunesse ?

Le décor : Le réfectoire d'un établissement scolaire. Des tables, de chaises et au fond un passe plat donnant sur les cuisines. Près du passe plat, un interphone.

ACTE I

 

Scène 1

(C’est le service du soir. Les élèves internes de cet établissement scolaire entrent dans le réfectoire,  plateau à la main. Bob, Max, Sonia et Chloé entrent en chahutant. Suzie apparaît, Max se lève et lui présente une chaise. Suzie va s'asseoir ailleurs.

Entrée de Fleur et Renatta qui vont s'installer après de multiples hésitations.

Nathalie apparaît sous les sifflets des garçons et faussement indifférente va s'installer avec Fleur et Renatta qui lui sourient gênées.

Clara et Ruth entrent à leur tour. Clara va s'asseoir de suite et Ruth, au passage, taquine un peu les garçons qui s'amusent. Ruth singe Nathalie ce qui fait sourire Fleur et Renatta. Enfin apparaissent Joy, Paula et Emma. Ambiance tendue. Paula s'approche des garçons d’un air de défit  et va s'asseoir avec ses amies.)

MAX : - Bob, tu as envie de ton dessert ?

BOB : - Non,... C'est "dégueu"... Tu le veux ?

MAX : - (joyeux) Ouais ! Ouais ! Fait passer ! (Il dévore le plat)

CHLOE : - Beuh ! C'est écœurant... Quel porc... vas-y, hé, goret...

BOB : - (grimaçant) Max, tu me dégoûtes.

MAX : - Quoi !? Lâchez-moi ! J'ai "la dalle"!

SONIA : - Quel goinfre ce mec ! (Un silence pendant lequel elle observe Bob qui regarde Fleur avec insistance) Elle te plait ?

BOB : - (surpris et vexé) Ecrase !

MAX : - (provocateur) Qu'est-ce qu'il est agressif quand on lui parle de fleur... Cool, mec ! C'est l'amour ou quoi ?

SONIA : - Allez ! Raconte... Hé, Tu es sorti, avec elle ? Hein ? Hein ?

BOB : - (énervé) Laissez moi tranquille !

CHLOE : - Quand est-ce que tu lui sors le grand jeu ?

BOB : - La ferme, je te dis !

(Chloé se ravise puis jette un oeil du côté de Suzie. Max, complice, prend son plateau et va s'asseoir à côté de Suzie.)

 

Scène 2

MAX :- (à Suzie) Salut!

SUZIE : - (distante) Salut.

MAX : - Bon appétit.

SUZIE : - Toi aussi.

MAX : - Tu fais quoi ce week-end ?

RUTH : - Arrêtes, Max, t'es lourd !

MAX : - (à Ruth) Je t'ai causé, toi ?

RUTH : - Non, tu pollues... Dégage !

MAX : - C'est dingue ! Je ne peux pas causer avec ma copine ?

RUTH : - C'est pas ta copine, alors arrêtes de délirer.

MAX : - (se rapprochant de Ruth) Attends, attends ! Mais, tu es jalouse ou quoi ?

(Ruth fait mine d'être intimidée)

Ouais, cool ! Je ne savais pas que je t'intéressais comme ça.

RUTH : - (même jeu) Je supporte pas de te voir avec une autre fille. MAX : - (sûr de lui) Pourquoi tu l'as pas dit tout de suite ?

RUTH : - (lui versant son verre sur le pantalon) Parce que j'attendais que tu sois assez proche de moi pour te refroidir.

MAX : - (bondissant) La chienne ! Ça va pas non ?

(Fou rire général)

 

RUTH : - Allez, va te changer !

MAX : (en sortant sous les applaudissements) Je la tue ! Je la tue !

CHLOE ET SONIA : - Allez, Max... Ne pleure pas,... T'as pris des couches de rechange ?

CLARA : - (à Ruth) Tu as fait fort. A ta place je me méfierai.

RUTH : - Tu crois que j'ai peur d'un gland pareil ? Qu'il aille se faire voir ailleurs ! (à Suzie) Ça va ?

SUZIE : - J'ai besoin de personne, je peux me débrouiller toute seule.

RUTH : - (vexée) Rendez service aux copines... !

CLARA : - Laisse tomber.

 

Scène 3

(Dans le coin de Nathalie, Fleur et Renatta)

 

NATHALIE : - (Rangeant son rouge à lèvres) Dites, les filles, vous faites quelque chose samedi soir ?

RENATTA : - Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a samedi soir ?

NATHALIE : - La soirée organisée par les anciens.

RENATTA : - C'est ça. Si c'est pour finir dans le torchon d'un de ces crétins ce n’est pas la peine. Tout ce qu'ils veulent c'est de la chair fraîche.

NATHALIE : - Moi, j'y vais.

RENATTA : - (oeil complice à Fleur) Toi, tu peux, tu risques rien.

NATHALIE : - Ça fait une semaine que j'attends ça...

RENATTA : - Tu as besoin de mettre toutes ces cochonneries sur ton visage ?

NATHALIE : - C'est pas des cochonneries et c'est bon pour mon teint. Et toi Fleur, tu y vas ?

FLEUR : - (ailleurs) Quoi ? Où ça ?

NATHALIE : - A la soirée...

FLEUR : - (maussade) J’aime pas danser...

NATHALIE : - Moi aussi. Au début, je n’aimais pas, je n’osais pas, mais maintenant...

RENATTA : - (œil complice à Fleur) Quelle transformation ! (Un silence) Et tu as un cavalier ?

NATHALIE : - Ouais.

RENATTA : - On peut savoir ?

NATHALIE : - C'est privé.

RENATTA : - Tu as peur qu'on te le pique ?

NATHALIE : - Il n’y a aucune chance. Il est dingue de moi.

(Fleur et Renatta rient.)

Quoi qu'est-ce que j'ai dit ?

Scène 4

(Retour de Max qui passe devant la table de Joy, Paula et Emma)

(Ruth et Clara sont dans leur coin)

RUTH : - (fixant la table de Paula) Elles me font froid dans le dos ces gonzesses.

CLARA : - Elles sont bizarres, c'est tout. Elles font un délire.

RUTH : - II paraît qu'elles font de la magie noire ensemble.

CLARA : - Peuh ! C'est des rumeurs, c'est tout.

RUTH : - Si, je t'assure, du vaudou ou quelque chose dans le genre...

FLEUR : - On dit que la mère de Paula s'est pendu parce que le père était alcoolique. C'est Paula qui a trouvé le corps.

Scène 5

(Dans le coin de Joy, Emma et Paula)

 

PAULA : - (fredonnant provocatrice) Une souris verte... Qui courait dans l'herbe... Je l'attrape par la queue... Je la montre à ces messieurs... Ces messieurs me disent... Trempez la dans l'eau... Trempez la dans l'huile...

JOY : - Paula tu m'agaces !

PAULA : - (fixant les autres) Regardez-moi ce tas de déchets... Tous tarés... Ils se goinfrent comme des porcs...

EMMA : - Ouais... Ça me dégoûte... Des porcs...

JOY : - On fait comme eux ?

PAULA : - Ouais ! Génial ! Comme des porcs...

(Les trois amies se mettent à goinfrer et salir devant le réfectoire écoeuré.)

CHLOE: - (se dressant) Arrêtez ça ! C'est "dégueu" ! Oh ! Les monstres! Laisse tomber, elles sont pas finies... !!!

PAULA : - Qu'est-ce qu'ils ont les morveux ?

JOY : - Elle est choquée la quiche ?

SONIA : - Répète ça ?!

CHLOE : - Vas-y Sonia ! La fessée ! La fessée !

BOB : - Laisse tomber Sonia. Laissez tomber vous autres...

SONIA : - Fait chier...

(L’interphone grésille et tous les élèves perdent connaissance.)

ACTE II

 

Scène 1

(Silence dans le réfectoire. Les élèves gisent certains au sol d’autres sur les tables dans la même position où ils se sont évanouis.) (L’interphone grésille plusieurs fois puis s'arrête.)(Peu à peu, ils se réveillent très étourdis.)

SUZIE : - II fait nuit...

BOB : - Combien de temps avons-nous dormis ?

SONIA : - Je vais voir dehors. (Elle sort)

CHLOE : - Hé, Sonia, attends-moi... N'y va pas seule... Ça craint...

SUZIE : - II fait nuit.

BOB : - Ça fait deux fois que tu le dis.

SUZIE : - II fait nuit et personne...

EMMA : - Regardez vos montres !

MAX:- 19 H 05...

CLARA : - Cinq minutes... Nous avons dormis cinq minutes ?

SUZIE : - II fait nuit et nous sommes seuls.

BOB : - (Nerveux) Arrêtes, Suzie...

SONIA : - (revenant avec Chloé) Toutes les portes sont verrouillées... Le "bahut" est fermé... Nous sommes prisonniers, merde!

BOB : - Ça va, on a compris Sonia...

SONIA : - (cédant à la panique) Prisonniers... Merde... Merde...

BOB : - La ferme, Sonia... ! La ferme... !

 

(Un silence)

NATHALIE : - Bon, on va pas rester là ?! (Silence) Je me tire... (Elle se lève et prend son sac)

FLEUR : - (l'attrapant par le bras) On ne peut pas. Tu n’as pas compris ?

NATHALIE : - (nerveuse) Lâche moi ! Lâche moi, je te dis !

FLEUR : - On ne peut pas...

(Nathalie se dégage et sort) (Un silence)

FLEUR : - Quelle conne !

 

Scène 2

 

(Emma, Joy et Paula dans leur coin.) (Ruth et Renatta à l'opposé)

EMMA : - Qu'est-ce qu'ils font ?

JOY : - Qui ?

EMMA : - Les autres.

JOY : - Sais pas.

PAULA : - Tu flippes Emma ?

EMMA : - Qu'est-ce que tu dis ?

PAULA : - La peur...

EMMA : - Arrêtes !

PAULA : - Fait pas partie de nos accords...

EMMA : - J'ai rien fait...

PAULA : - Alors, file droit... (Elle s'éloigne)

EMMA : - (à Joy) Qu'est-ce qu'elle a ?

JOY : - Elle a peur.

(Ruth et Renatta discutent sous le regard incessant de Paula.)

RENATTA : - Je ne comprends pas.

RUTH : - Quoi ?

RENATTA : - Pourquoi, il n'y a personne.

RUTH : - Où ?

RENATTA : - Dehors, il se passe quelque chose...

RUTH : - On attend les autres et on ne bouge pas.

RENATTA : - Tu crois ?

RUTH : - (fixant Paula) Qu'est-ce qu'elle a ? Elle veut ma photo ?

(Paula se rapproche.)

PAULA : - La souris verte...

RUTH : - Quoi ?

PAULA : - La souris verte... C'est toi.

RUTH : - (impatiente) Quoi, la souris verte...!

RENATTA : - Laisse tomber Ruth, elle débloque...

PAULA : - (à Renatta) Je t'ai causé, toi ? (S’éloignant à Ruth) Je suis sûre que tu es la souris verte... (A tous) Ecoutez-moi tous ! On ferait mieux de débarrasser la table au lieu de glander comme on le fait. Je crois que le dîner est terminé, non ? Et puis cette odeur de bouffe, ça me donne la nausée...

RENATTA : - Pour une fois Qu'elle a une idée...

 

(Tous se lèvent et activement range le réfectoire.)

(L’interphone mural grésille)

(Les élèves ne bougent plus.)

EMMA : - Qu'est-ce qu'on fait ? On décroche ?

RUTH : - C'est peut être les autres.

(Un silence pesant. L’interphone grésille toujours. Paula s'avance et appuie sur le bouton de l’interphone.)

PAULA : - Service de midi. Si vous aviez une petite faim, c'est trop tard, on ferme...

LA VOIX : - J'ai une petit faim justement ma douce Paula, j'ai faim de toi...

PAULA : - Allô, qui est-ce ?

LA VOIX : - Toutes ces choses que tu fais... J'ai besoin de toi... Oui, c'est ça, besoin de toi... Depuis combien de temps quelqu'un ne t'as pas dit : "j'ai besoin de toi", ma puce ?

 (Paula ferme l’interphone brusquement.) (Un silence)

JOY : - Paula ? Qui c'était ?

PAULA : - (troublée) Je sais pas... (L’interphone grésille) (Elle appuie le bouton en colère.) Répète, enfoiré... Répète ce que tu as dis...!

LA VOIX : - Je viendrais te chercher pour te le dire...Ma poupée, ma tendre douceur...

 

(Un silence)

 

JOY : - C'était qui, Paula ? C'était qui ?

PAULA : - (nerveuse) J'en sais rien... Il a raccroché... Fiche moi la paix ! Si je tenais ce fils de...

(Le reste du groupe entre.)

Scène 3

(Les élèves sont à nouveau au complet.)

 

SONIA : - Les nouvelles ne sont pas réjouissantes... On est coincés ici... Les portes vitrées de ce local sont en verre sécurit, les fenêtres même chose.

CHLOE : - C'est du délire... Au delà du réel... Vas-y, c’est nul, ...

NATHALIE : - (ayant depuis un moment remarquée le comportement étrange des autres.) Et bien ! Vous en faites une tête !

JOY : - (glacée) Ta gueule !

NATHALIE : - (résignée) Ça devient une habitude !

SUZIE : - (décontenancé) Vous avez tout débarrassé ? C'est tout propre...

PAULA : - Toi aussi. Boucle-là ! (Se posant devant le groupe d'élèves qui vient d'arriver) C'est qui ?

BOB : - Qu'est-ce qui se passe ? De quoi tu parles ?

CHLOE : - Vas-y, l'autre... Tu as fumé ou quoi... Arrêtes avec les cachetons ma vieille...

PAULA : - (Elle crie) A l’interphone... Qui a appelé ?

BOB : - Personne.

MAX : - De quoi elle parle cette folle ?

PAULA : - (agressive) Qui est fou ? Qui ?

EMMA : - Paula ! Ce n’est pas eux...

NATHALIE : - Si c'est une blague c'est pas le moment de...

PAULA : - (la bousculant violemment) Qu'est-ce qu'elle a dit la call-girl ?

NATHALIE : - Me touche pas ! Je ne t'ai rien fait.

PAULA : - Quel moment ?

NATHALIE : - Quoi ?

PAULA : - Quel moment tu choisirais ?

NATHALIE : - (visiblement inquiète) Qu'est-ce qu'elle a ?

EMMA : - (retenant Paula) Assez !

 

(L’interphone grésille)

FLEUR : - (troublée fixant l’interphone) On est tous là... Ce n’est personne, Paula, on est tous là...

JOY : - J'y vais !

PAULA : - Non ! Attends...

MAX : - (appuyant sur le bouton) Allô ? On est enfermé... On ne peut plus sortir... Aidez-nous...

LA VOIX : - Max ! Calme-toi... Bonsoir mes enfants. Ici, on me nomme le cuisinier. Les choses ont changées. Elles ne sont jamais éternelles. Vous voici enfermés si je puis dire. N'ayez crainte vous ne manquerez de rien. Ne suis-je pas le cuisinier ?

SUZIE : - C'est vous qui faites ça ? Pourquoi ?

LA VOIX : - Ah ! Suzie... Suzie.... Ta curiosité est louable. Une qualité chez toi...

SONIA : - II nous observe c'est sûr... Il nous voit...

LA VOIX : - Je suis aveugle, Sonia et je vois tout, j'entends tout...

RUTH : - Pourquoi nous retenir ?

LA VOIX : - Si je pouvais répondre à cette question, chère Ruth,...

SONIA : - C’est pas vous peut être... ?

LA VOIX : - Moi, toi, les uns, les autres,... Voyez ce que c'est. Nous pensons que le danger vient toujours des autres, n'est-ce pas Sonia ? Mais le temps, Sonia, le temps est plus éphémère et surprenant que le papillon de nuit. A présent, nous avons tout le temps désiré... Paula ? Tu m'entends ?

PAULA : - (effrayée) Oui ?!

LA VOIX : - Approche du passe plat... Approche, n'aie pas peur. Il y a quelque chose pour toi...

(Paula s'approche et découvre une petite friandise.)

JOY : - Qu'est-ce que c'est ?

PAULA : - Un gâteau chinois. Un « gâteau surprise ».

LA VOIX : - Ouvre-le.

PAULA : - (elle l'ouvre et découvre un papier) C'est une photo... Une photo de... (Soudain violente)

Salaud ! Salaud ! (Elle passe la moitié du buste dans le passe plat.) Je te tuerais, tu entends ? Je te tuerais !

(Quelque chose emporte Paula dans le passe plat.)

(Elle disparaît)

EMMA : - (Hurlant) Paula ! Non ! Paula....

MAX : - (la retenant) Emma, non... C'est dangereux...

SONIA ET CHLOE : - (se précipitant pour retenir Paula) Je l'ai... Je l'ai... Aide-moi, je la tiens... La lâche pas... Je peux plus... Je peux plus... Elle est plus là ?... Je la vois plus... C'est tout noir...

BOB : - (A tous) Ecartez-vous !

(On entend la voix de Paula se perdre au loin.)

(Un silence)

CLARA : - (tenant la photo) "Ils virent un ange tombé du ciel. Ils s'approchèrent pour mieux le voir. Lorsque l'ange se retourna, il avait la face du démon. Depuis ce jour, ils comprirent que plus rien n'arrêterait le malin..."

NATHALIE : - (à Clara) Qu'est-ce que tu dis ? Qu'est-ce qu'il y a ?

CLARA : - (tendant la photo) Sa mère... Pendue... La mère de Paula...

NATHALIE : - (abattue)  Qu'est-ce qu'il y a ? 

 

Scène 4

(Suzie, Ruth et Renatta effondrées dans un coin. Nathalie et Fleur même jeu. Joy seule. Emma et Max ailleurs.) (Clara tient toujours la photo dans ses mains.)

MAX : - (doucement à Emma) Ça va ?

EMMA : - Oui...

MAX : - Tu veux quelque chose ?

EMMA : - Oui.

MAX : - Quoi ?

EMMA : - (fondant en larmes) Je veux vivre...

MAX : - (la prenant dans ses bras) C'est rien. Te fais pas trop de bile. Tu verras, on s'en sortira.

EMMA : - (soudain) Jure-le.

MAX : - Juré... C'est promis...

EMMA : - T'as pas peur toi ?

MAX : - Peur ? Regarde moi dans les yeux... Qu'est-ce que tu vois ?

EMMA : - Un garçon qui fait dans son froc...

MAX : - Vingt sur vingt. Vous êtes en net progrès, mademoiselle Emma... Quitte ou double ?

EMMA : - (le regardant fixement avec douceur) Double...

(Nathalie et Fleur ailleurs)

NATHALIE : - Tu crois que les autres vont la retrouver ?

FLEUR : - Tu t'inquiètes pour eux à présent ?

NATHALIE : - Pourquoi ? Ça t'étonne ?

FLEUR : - Non. Plus rien ne me surprend...

NATHALIE : - (ironique) Tu es forte.

FLEUR : - Pas plus que toi...

NATHALIE : - (vexée) C'est ça...

FLEUR : - Bon. Tu veux savoir ce que je pense de toi ? Si tu étais moins accrochée à tes points noirs, tu verrais qu'on est fait pour se comprendre. Sans les autres on est bon à rien. On a le droit de s'occuper de soi... Mais sans les autres...

NATHALIE : - Cool ma soeur !

FLEUR : - Désolée mais dans cette règle du jeu la haine fait aussi partie des petites choses de la vie. C'est peut être pour ça qu'on est tous là... (Elle s'écarte) Ouais... C'est peut être pour ça...

NATHALIE : - (se rapprochant) Tu me détestes, n'est-ce pas ?

FLEUR : - Tu m'énerves... C'est physique...

NATHALIE : - Après l'examen, tu fais quoi ?

FLEUR : - Psycho... Pourquoi ?

NATHALIE : - Erreur ! C'est Philo... T’as un don.

FLEUR : (calmée après un silence) C'est Bob ?

NATHALIE : - Pardon ?

FLEUR : - Tu t'inquiètes pour Bob.

NATHALIE : - (souriant) C'est un mec bien. J'en suis sûre. Même s'il fait le bouffon... C'est un mec bien...

FLEUR : - Tu devrais faire psycho...

(Elles rient ensemble)

(Suzie, Ruth et Renatta à l'écart.)

RUTH : - Pourquoi m'a t'elle appelé la "souris verte" ?

SUZIE : - Que dis-tu ?

RENATTA : - Paula a appelé Ruth la souris verte...

SUZIE : - Comprends pas.

RUTH : - (toujours dans son idée) Paula est peut être une fille étrange, mais elle n'est pas stupide.

RENATTA : - Elle a voulu dire quelque chose de spécial ?

SUZIE : - C'est vous qui êtes spéciales, je crois...

RUTH : - Tout est vraiment mystérieux. Notre sommeil soudain. Et ce type qui nous parle d'on ne sait où...

SUZIE : - Dites, vous croyez pas qu'on flippe assez comme ça ?

RUTH : - (soudain) Renatta, tu te souviens de l'exercice sur le sens des mot avec le prof de français ?

RENATTA : - Oui, et alors.

RUTH : - On va jouer à la même chose. Si je te dis "souris" tu penses à quoi ?

RENATTA : - Chat !

RUTH : - (désolée) Fais un effort.

SUZIE : - Fromage.

RUTH : - Mais non. Cet exercice est une association de sens ou d'idées. Si je dis ballon l'autre dit rond, etc. Allez, réfléchissez !

SUZIE : - J'ai compris. Si tu dis souris, moi je dis... "Petit".

RUTH : - Et si je dis "petit" ?

SUZIE : - "Petit"... Je dis : " Passe partout"

RUTH : - Passe partout ? Passe partout.... (Elle se retourne vers le passe plat et le regarde fixement)

RENATTA : - Ruth qu'est ce qu'il se passe ?

RUTH : - Le passe plat est un passage.

RENATTA : - Qu'est -ce que tu as en tête ?

RUTH : - Je suis certaine qu'on peut sortir par là.

SUZIE : - Tu es folle ou quoi ?

RUTH : - Mais non. "La souris verte"... Je peux me faufiler.

 

(Clara seule murmurant. Joy est à côté.)

CLARA : - C'est lui... Cet enfoiré. C'est sûrement lui.

JOY : - (se rapprochant) Qu'est-ce que tu dis ?

CLARA : - Lui... Lui qui a tué sa mère...

JOY : - Arrêtes, on connaît l'histoire...

CLARA : - D'où elle sort cette photo, hein ? D'où ? Quelqu'un a bien dû la prendre ? Quelqu'un a pris cette photo, oui ou non ?

JOY : - Ne t'emportes pas. Ça ne sert à rien.

CLARA : - C'est ton amie ?!

JOY : - Oui, je sais mais...

CLARA : - (Elle s’emporte) C'est ton amie, oui ou merde ?

JOY : - Ça va, arrêtes de t'énerver !

CLARA : - On va pas rester là. Faut partir, s'enfuir...

JOY : - Je ne pars pas sans Paula.

CLARA : - T'as raison. Mais, si... Non rien.

JOY : - Paula est morte ?

CLARA : - Je sais pas. Je ne veux pas penser, (voyant Ruth tenter une sortie par le passe plat.)

Qu'est-ce qu'elle fiche ? Elle est folle ? (à Ruth) Ruth qu'est -ce que tu fais ?

RUTH : - Je bricole.

MAX : - (se levant à son tour) Ruth, tu débloques ?

RUTH : - Je vérifie quelque chose.

SUZIE : - Elle est persuadée qu'il y a une sortie par là.

MAX : - Ruth, tu m'entends ?

RUTH : - (de loin) On entend que toi. Arrête de gueuler.

MAX : - Sors de là, maintenant.

RUTH : - Je regarde c'est tout. Je continue à parler.

MAX : - Okay ! Tu nous fais signe de temps en temps.

RUTH : - Entendu.

RENATTA : - Faut pas la laisser là.

MAX : - Si elle a une idée, il faut essayer.

JOY : - C'est par là que Paula a disparu...

 

 

Scène 5

(Plus tard, Bob et Sonia sont là. Tout le monde attend le retour de Ruth.)

SONIA : - Ça fait trop longtemps.

MAX : - On l'a entendu il y a cinq minutes.

SONIA : - C'est trop long.

CHLOE : - Ruth... Ruth, revient. Dis quelque chose... Pourquoi elle ne répond pas ?

NATHALIE : - Ruth sait ce qu'elle fait, elle est pas stupide.

SONIA : - Ce taré de cuisinier non plus. On n’a pas retrouvé Paula.

NATHALIE : - Ce corn là vous ne l'aviez pas fait ?

SONIA: - (énervé) On peut pas. Les cuisines sont bouclées. Tu piges ?

FLEUR : - Tony. Du calme. Nathalie essaye de te rassurer.

SONIA : - (agressif) Je veux pas être rassuré. Je veux me tirer... Merde !

CHLOE : - Hé ! Sonia... Reste cool, ma fille... Faut pas s'énerver...

NATHALIE : - Je suis certaine que tout va s'arranger, Sonia. Faut pas...

SONIA : - (repoussant Nathalie violemment) Dégage !

FLEUR : - (Elle gifle Sonia) On a tous peur... Ça ne te donne pas le droit d'être désagréable. Si tu lèves encore la main sur l'un d'entre nous, je te jure que je te ferai avaler ce qui te sert de râtelier. Alors, dis rien maintenant...

(Un silence)

BOB : - (à Fleur) Tu as mangé du lion ?

FLEUR : - Ouais, ça va. Et toi ?

BOB : - Tant qu'on sera tous ensemble, ça ira.

(Un appel dans le passe plat)

EMMA : - Vous entendez ? Dans le passe plat...

SUZIE : - C'est elle. C'est Ruth.

CHLOE : - (contente) Hé ! Minette ? On est là... Celle-là, je te jure...

RUTH : - Ho ! Ho ! Debout là dedans !

CHLOE : - On est là,... Tu nous vois ? Hé ! Poupée, dépêche ! Tu nous manques...

RUTH : - Continuez. J’aime quand on me parle comme ça...

RENATTA : - Ruth ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

RUTH : - J’arrive avec un gros paquet.

MAX : - Qu'est-ce qu'elle a dit ?

RENATTA : - Elle arrive...

(Ruth apparaît dans le passe plat accompagnée de Paula.)

RUTH : - (satisfaite et rassurée) Pas mal pour une souris verte !

CHLOE : - (chantant accompagnée par tout le groupe)  Elle est vraiment phénoménale...La, la, la, la, la, laaaa !!!

EMMA : - (prenant Paula absente dans ses bras) Paula ? Ça va ? Paula... Dis quelque chose.

RUTH : - (à Emma) N'insiste pas. N’insiste pas je crois qu’elle est choquée. Elle n'a pas dit un mot depuis que je l'ai trouvé.

BOB : - (à Ruth) T’as vu quoi ?

RUTH : - Rien. Il y a rien à voir. Pas de lumière. L'obscurité. Pas de cuisine. Pas d'ustensile. Pas de cuisinier. Plus on s'éloigne du passe plat plus il apparaît petit, scintillant comme l'unique étoile d’une nuit sans fin. Plus on s'écarte plus le sol se dérobe sous tes pieds. C'est le vide. Le néant. A un moment, j'ai aperçu Paula immobile. On entendait rien. Même les bruits de pas. Même ta respiration. Rien. Alors, j'ai continué vers la lumière du passe plat. Et voilà.

BOB : - Et ce mec. Ce cuisinier. D'où il sort, alors ? Il y a que Paula qui peut nous répondre.

JOY : - La touche pas ou sinon...

RUTH : - Hé ! Du calme. Il doit y avoir une explication. Il y a toujours une explication. Alors, on se calme.

PAULA : - (se redressant soudain hypnotique) Ecoutez-moi, vous tous. Compagnons d'infortune. L'autre n'est rien. Nous sommes tout et unique. Le monde est passé, passe et passera. Entre ces trois éléments, nous devons trouver notre voie. Voici, notre nouvelle existence. Cet avenir que nous souhaitions et que nous craignions. La porte est ouverte, il faut la franchir. L'autre veille, perdu à jamais. (Elle s'endort.)

SONIA : - (Troublée puis violente) Quoi, qu'est-ce qu'elle a ? Qu'est-ce que tu as ?

Qu'est-ce qu'il lui a fait ? Monstre ! Monstre...

NATHALIE : - Sonia. Arrête. Elle est revenue. C'est tout. Elle est revenue.

(Sonia pleure dans les bras de Nathalie.

Un silence.)

ACTE III

 

(Tout le monde est présent. Eparpillés en petits groupes isolés.

Nathalie tente de calmer Sonia. Bob et fleur dans le leur.

Suzie, Clara, Emma et Ruth et le Chloé ensembles.

Paula dort toujours. Renatta et Max sont à son chevet.

Joy seule dans un coin.)

Scène 1

(Nathalie et Sonia.)

NATHALIE : - Sonia. Sonia ne reste pas comme ça.

SONIA : - Hm...

NATHALIE : - Sonia. Tout va bien à présent. On est tous là...

SONIA : - Hm...

NATHALIE : - Sonia, je reste avec toi. Pour que tu ne sois pas seule.

SONIA : - Je t'ai rien demandé.

NATHALIE : - Tu n'as pas besoin.

SONIA : - (après un temps) On va tous crever. Tous...

NATHALIE : - Pourquoi tu dis ça ? Tu sais bien que ce n'est pas vrai.

SONIA : - Paula... Paula est morte.

NATHALIE : - Elle dort. Regarde. Elle dort.

SONIA : - Elle est morte. On est mort quand on a plus sa raison. Et puis maintenant, elle sait...

NATHALIE : - Je comprends pas, pourquoi tu t'obstines à croire que tout est perdu. On ne sait pas ce qu'il nous arrive. On essaie de le comprendre. On va trouver. Il y a une solution.

SONIA : - C'est une équation à plusieurs inconnues. Trouver la solution n'arrangera rien. Il est trop tard. En tout cas pour nous.

NATHALIE : - Pour qui ? De qui parles-tu ?

SONIA: - (doucement) Paula et moi.

NATHALIE : - Je ne comprends pas.

SONIA : - (Après un temps.) Je ne devrais pas te le dire...

NATHALIE : - Alors, dis rien...

SONIA : - II faut me promettre de ne pas le répéter. Nathalie, écoute moi...

NATHALIE : - Oh ! Pour ça ne t'inquiètes pas, je serais muette...

SONIA : - Lorsque Paula a perdu sa mère, elle était une petite fille. Presque un bébé. Elle marchait à peine. Ensuite, l'assistante sociale l'a placé dans une famille d'accueil. Tout le temps, elle a été de famille en famille. Elle n'a plus aucun souvenir de sa vraie famille. Il paraît que c'est comme ça qu'on a été victime d'un choc. Elle a oublié, elle a effacé.

NATHALIE : - Ella a oublié. Elle a oublié quoi ? De quoi tu parles ? Et comment tu sais tout ça sur elle, toi...?!

SONIA : - Elle a oublié qu'elle a une soeur...

(Nathalie fixe Sonia. Elle réalise et s'effondre dans les bras de Sonia.)

(Bob et Fleur)

BOB : - (après une certaine hésitation et ne sachant comment aborder la conversation.) Tu dois penser parfois que je suis idiot, non ?

FLEUR : - Pourquoi tu dis ça ? Tu as une raison ?

BOB : - Non. Comme je te... Enfin, je veux dire... (Fleur éclate de rire)

 (Un peu sot) Qu'est-ce que j'ai dit ? Pourquoi tu ris ?

FLEUR : - Je te trouve marrant, c'est tout. Ça fait du bien de rire.

BOB : - On le dit. (Après un temps) Je suis idiot, alors.

FLEUR : - Tu trouves que c'est idiot de faire rire les autres ?

BOB : - Je sais pas.

FLEUR : - Moi, je pense que c'est bien. Et que les gens qui font rire, il n’y en a pas assez. Tu crois que je te vois comme un idiot ? Tu penses que c'est l'image que tu donnes de toi même ?

BOB : - Je comprends pas.

FLEUR : - Moi, je crois que t'es pas assez méchant pour être idiot.

BOB : - (décontenancé) Ah ? Ah, bon.

FLEUR : - (soudain lasse) J'aimerais bien être ailleurs.

BOB : - Quoi ?

FLEUR : - Que tout ça ne soit qu'un mauvais rêve...

BOB : - C'est peut être un cauchemar. Peut être que tout ça n'existe pas.

FLEUR : - Bob, j'ai peur. Si tu avais raison. Si tout ça, ce lieu, la nuit, nous, c'était faux. Et si nous n’existions plus. Si c'était ça, la mort.

BOB : -Et on est bien vivant, là. Faut pas avoir peur. Je ne me suis jamais senti aussi vivant.

FLEUR : - Tu crois ?

BOB : - En tout cas depuis quelques minutes, c'est sûr.

FLEUR : - (souriante) Flatteur !

BOB : - Non, je te jure. Tu n'as pas remarqué quelque chose ? Jusqu'à aujourd'hui, on n’avait jamais parlé ensemble. Enfin, vraiment je veux dire. Regarde autour de toi. Nathalie et Sonia. Max, Renatta et tous les autres. C'est comme si tout d'un coup, on avait besoin des autres. Je ne sais pas si tout ça, ça existe, mais quelque chose a changé.

FLEUR : - Quoi ?

BOB : - Nous. Nous avons changé. Parce que nous ne sommes pas habitués à vivre comme ça. Fleur, écoute, jure moi quelque chose.

FLEUR : - (troublée) Oui, je t'écoute...

BOB : - Si on s'en sort. Jure qu'on fera tout pour continuer à nous parler comme on le fait...

(Suzie, Clara, Emma et Chloé continuent de poser des questions à Ruth.)

EMMA : - (à Ruth) Essaye de te souvenir. Il y a peut être un détail qui t'as échappé.

RUTH : - Non. Je ne vois pas. Une fois le passe plat passé, ce que j'ai senti c'est comme l'impression que tout autour de moi n'existait pas encore. C'est comme s'il y avait une présence mais invisible...

SUZIE : - C'était l'autre peut être. Il ne devait pas être loin. Il t'observait.

CLARA : - II attendait le moment pour te sauter dessus cet enfoiré, oui. C'est tout ce qui le motive.

C'est un malade ce type. C'est notre peau qu'il veut...

CHLOE : - Ouais, on va lui faire sa fête à ce salaud... On est plus nombreux que lui...

RUTH : - Non. C'était autre chose. C'est... Oh ! Je ne sais pas. Je n’arrive pas à l'expliquer...

SUZIE : - On devrait arrêter avec nos questions...

EMMA : - Tu n'as pas tort. Mais c'est quand même bizarre... De l'autre côté, il y avait une cuisine et maintenant plus rien. Dehors pareil, Le vide.

SUZIE : - Peut être qu'on est dans une autre dimension ?

CHLOE : - Attends... Vas-y... Tu veux nous faire flipper ou quoi ?... Elle est givrée...

CLARA : - C'est ça. Tu lis trop toi. Et pourquoi pas la machine à remonter le temps ou une conspiration extra- terrestre pour nous empêcher de bouffer à la cantine.

EMMA : - Clara, c'est peut être aussi simple que ça...

CLARA : - C'est ça. (A tue tête) Que celui qui a laisser tomber des champignons hallucinogènes dans la purée lève le doigt. (A elle même) Tout de façon il ne se dénoncera pas ce crétin...

RUTH : - Attends Clara. Ce n’est pas bête. Ça fait un paquet de temps qu'on est là !

CLARA : - Trop longtemps. On devient cinglés...

RUTH : - Regardez vos montres...

CHLOE : - J'ai jamais de montre... Ça me tue, les gens qui sont collés à leur cadran toute les cinq minutes.

SUZIE : - Elles n'ont avancé que d'un quart d'heure... Alors, c'est peut être ça... Une brèche dans le temps...

EMMA : - Et comment on est arrivé à ça ?

RUTH : - Nous avons dormis. Nous nous sommes endormis.

EMMA : - Et pendant notre sommeil le temps a ralenti ?

CLARA : - Hé ! Arrêtez vos conneries, là ! Vous me faites flipper...

CHLOE : - Ouais, elle a raison... Il y en a marre de tout ça...

SUZIE : - Pour le moment, en tout cas, il n'y a pas d'autres explications.

RUTH : - II n'y a qu'une seule erreur au tableau noir... Le cuisinier...

(Joy seule. Elle est prise d'un étrange comportement.) (Personne ne la remarque.)

JOY : - Moi, je ne veux pas... Je ne veux pas rester toute seule... Je me ferai petite comme une souris... Une souris verte... Mais, personne... Personne ne m'attrapera par la queue... Dans l'huile ?... Non... Dans l'eau... Ouais, dans l'eau... Nager dans l'eau bleue... Une souris verte dans l'eau bleue...

UNE VOIX : - (entendue que de Joy) Joy ? Joy ?

JOY : - Papa ? Papa, c'est toi ?

UNE VOIX : - Et qui veux-tu que ce soit ? Petite gourde !

JOY : - Papa, on est prisonnier. Je ne peux plus sortir...

UNE VOIX : - Qu'est-ce que tu as encore fait ? On a que des ennuis avec toi.

JOY : - (redevenant progressivement un petite fille) Non, papa, ne te fâche pas... J'ai rien fait... Papa, où es-tu ?

UNE VOIX : - Je suis là. Je suis toujours là quand tu fais bêtises, Joy. Et ta mère ? Qu'est-ce que tu crois qu'elle en pense ?

JOY : - Maman. Je veux voir maman...

UNE VOIX : - Mais elle ne veut plus te voir. Parce que tu es une petite fille méchante.

JOY : - Non, c'est pas vrai. J'ai rien fait. J'ai rien fait.

UNE VOIX : - Lève-toi quand je te parle. Une petite bien élevée se lève lorsque son papa lui parle...

JOY : - Papa, viens me chercher...

UNE VOIX : - Avant, tu dois expier ta faute, Joy. Tu connais la punition ?

JOY : - (elle est en pleurs) Non, pas ça. Pas le placard. Papa je t'en supplie. Je serais une petite fille sage.

UNE VOIX : - Ne discute pas. Entre dans ce placard.

JOY : - (elle se dirige vers le passe plat) Non, je veux pas. Je ne veux pas. Je veux...

UNE VOIX : - Allez va. Va donc. Ta place est avec les bêtes grouillantes du placard. Elles te tiendront compagnie.

JOY : - (Elle a enjambé le passe plat) Non, pitié Papa. Pitié, pas le placard...

MAX : - (qui vient de la remarquer) Non, Joy... Qu'est-ce que tu fais ? Retenez-la ! Retenez-la !

(Joy a disparu)

EMMA : - Qu'est ce qui s'est passé ?

PAULA : - Elle a rejoint son histoire. Elle ne sera plus jamais la petite fille du placard...

MAX : - Qu'est-ce qu'elle raconte ?

(L’interphone grésille. Emma appuie sur le bouton.)

EMMA : - Allô ? Rendez-nous Joy...

LA VOIX : - Si voulez revoir votre petite copine les amis, tâchez de ne pas vous endormir.

 

Scène 2

(Tout le groupe est en discussion) (Paula, un peu à l'écart, écoute et ne dis rien.)

CLARA : - Je ne comprends pas pourquoi, nous devrions rester là sans rien faire.

FLEUR : - Tu n'as pas l'air d'avoir compris. Le cuisinier nous a menacé de faire du mal à Joy si on tentait quoique ce soit...

CLARA : - Et alors, Joy est entre ses mains et rien ne l'empêchera de la torturer s'il ça lui chante.

BOB : - C'est macabre. Macabre et stupide de croire qu'on pourra changer les plans de ce fou.

SONIA : - Les plans, on ne les connaît pas. On ne sait pas ce qu'il veut.

CHLOE : - C'est notre peau, qu'il veut... C'est un malade, ce mec... Un tueur de gosses...

RENATTA : - Arrêtez de dire ça. Il n’a tué personne.

SONIA : - C'est ça, mais il nous demande de ne pas nous endormir si on veut revoir Joy. Vous savez ce que je crois ? On va tous y passer au passe plat, voilà ce que je crois. Et personne ne pourra rien faire.

RUTH : - II nous demande de ne pas dormir ? En quoi ça le dérange, je me le demande ?

SUZIE : - De toute façon, je sais pas pour vous, mais moi j'ai pas sommeil...

MAX : - II faut retrouver Joy. Ruth a bien réussi, on peut y aller nous aussi, qu'est-ce qu'on risque de plus.

    (L’interphone grésille)

FLEUR : - Ça y est, ça recommence, je crois que je vais devenir folle.

NATHALIE : - Qui répond ?

CHLOE : - Ouais, ben... C'est à dire que... Vas-y toi ! Je n’ai jamais aimé ces appareils...

NATHALIE : - Vous êtes vraiment trouillards, c'est pas vrai. Bon et bien, je me dévoue... (Elle s'approche du combiné et se retourne vers le groupe en arrangeant ses cheveux) Ça va, je suis présentable ?

PAULA : - (Prenant la place de Nathalie) Laisse-moi faire. (Elle appuie sur le bouton) Salut, ma puce ! Ça va, tu te sens mieux ? Oui... Oui... Le passe plat... C'est compris... Je leur dis... (Elle raccroche) Vous avez le bonjour de Joy...

CLARA : - Quoi, c'était Joy et tu nous dis rien ?

PAULA : - Je viens de te le dire.

CLARA : - Mais je rêve... Où elle est ?

PAULA : - Elle n'est pas loin.

EMMA : - Paula, tu débloques ? L'autre va la tuer...

PAULA : - Dis tout de suite que j'ai une tête de macchabée... Ah! Les copines...

BOB : - Où est-elle ? (Silence) Pourquoi tu ne réponds pas ?

FLEUR : - Dis quelque chose, Paula.

PAULA : - Le passe plat...

CHLOE : - Hé, il y a quelque chose sur le passe plat... Une boîte... Touche pas c'est peut être une bombe...

PAULA : - (fort) BOUM ! (Elle rit) Du calme, la jeunesse. Ça ne va pas vous sauter à la gueule.

SONIA : - Que tu dis. Je n’ai pas envie d'essayer.

PAULA : - Prendre des risques, c'est ça qui est bon dans la vie...

(Elle ouvre la boîte et en sort un revolver.)

Chouette ! Un pétard. Ça va peut être nous servir.

BOB : - Tu es nulle. C'est l'autre qui nous l'envoie. Je parie qu'il n'est pas chargé.

PAULA : - (pointant la canon de l'arme sur Bob) Tu veux que je vérifie ?

SONIA : - Oh ! On se calme, les enfants...

PAULA : - Rendors-toi Sonia et laisse moi faire...

FLEUR : - C’est pas vrai. Vous débloquez complètement.

RENATTA : - Paula, je t'en prie, pose ce flingue.

PAULA : - Posera ? Posera pas ?

RENATTA : - Arrêtes, je te dis.

(Joy réapparaît)

 

JOY : - Quelle ambiance ! Vous tournez un western ?

PAULA : - Qu'est-ce que je vous disais ? Il suffisait d'attendre.

EMMA : - Tu n'as rien ?

JOY : - Non. J'ai un message. Le cuisinier veut notre peau à tous. Il nous laisse une chance de nous défendre à armes égales.

MAX : - Quel salaud !

CHLOE ET SONIA : - On est plus nombreux... On va l'avoir... Ouais, allons-y, faut l'arrêter...

JOY : - Du calme, les filles. Il y a juste un petit problème, si on le tue, pas de billet retour pour la maison.

SUZIE : - Je veux pas mourir. J'ai encore toute ma vie devant moi. J'ai des choses à faire. Je ne veux pas mourir.

RUTH : - C'est pas le moment de craquer, Suzie. Fais un effort.

SUZIE : - Un effort ? Je n’ai pas demandé de rester, ici. Je suis jeune. Je...

NATHALIE : - Si tu ne te calmes pas, je te colle une rouste. C'est clair ? (Levant la voix) C'est clair ou je te fais un dessin ?!! Réponds !

SUZIE : - C'est clair.

PAULA : - (à Nathalie) Tu commences à me plaire.

 

Scène 3

(Un calme absolu.)

JOY : - Je n'ai pas sommeil. Je n'ai pas sommeil.

RUTH : - Arrêtes de dire ça.

JOY : - Je le dis pas, je le pense.

RUTH : - Pense le tout bas.

FLEUR: - Vous avez fini toute les deux ? On ne peut pas dormir.

RUTH : - Mais c'est elle qui m'agace...

MAX : - Oh! La ferme, vous êtes...

SONIA : - C'est vrai. On ne peut pas dormir. Et pourtant, on est là parce qu'on s'est endormis.

RUTH : - Répète ça !

SONIA : - On est là, parce qu'on s'est assoupis. Le cuisinier ne veut pas qu'on dorme.

RUTH : - Tu crois que c'est la sortie ?

SONIA : - Mais, oui, c'est logique. Il faut dormir.

CHLOE : - Si tu gueules comme ça, on y arrivera jamais... Elle est grave cette fille...

CLARA : - J'ai compris. On n’y arrivera pas, parce que le cuisinier nous en empêche.

RENATTA: - Faut trouver le moyen. Essayons encore une fois...

(Tout le groupe se positionne)

RENATTA : - II y a rien à faire.

CLARA : - Si on avait du tilleul on pourrait se faire une infusion. Ça fait dormir. Tous les soirs ma mère s'en fait une.

CHLOE : - Ouais... Hé! L'autre... Tu nous prends pour des mémés ma parole... Hé! Vas-y, la tisane... !!!

FLEUR : - J'ai peut être quelque chose de mieux...

EMMA : - Tu veux peut être nous réciter le cours de math ? Zombie va !

FLEUR : - (posant devant elle un flacon de pilules) Non, j'ai ça et peut être que ça te fera taire...

PAULA : - Ouais ! Fleur se shoote au léxomyl...

FLEUR : - C'est pour les nerfs. C'est radical. Tu doubles la dose et tu dors comme un bébé.

SUZIE : - C'est pas du poison au moins ?

EMMA : - Qu'est-ce qu'on attend ?

RUTH : - Minute. Pendant qu'on dort l'autre peut s'amener et nous occire un par un...

SONIA : - J'avais pas pensé à ça.

RUTH : - II faut que l'un d'entre nous reste pour surveiller.

FLEUR : - C'est trop bête. Il y en a juste assez pour tout le monde.

PAULA : - Oui, mais il n'y a qu'un flingue.

EMMA .: - Paula tu délires ? Tu ne vas pas...

PAULA : - Je fais ce que je veux. Et de toute façon, j'ai un compte à régler, (pointant le revolver) Allez au dodo, tout le monde et sans discuter. Fleur fait la distribution.

 

Scène 4

(Plus tard. Paula seule près de l’interphone qui grésille au bout d’un temps.)

PAULA : - Salut, macaque ! Ils sont tous dans les bras de Morphée et maintenant à nous deux.

LA VOIX : - Quelle métamorphose ma chère Paula !

PAULA : - C’est bien ce que tu attendais, n’est-ce pas ? Que tous nous grandissions dans nos petites têtes d’adolescents… Je me trompe macaque ? La proie est plus intéressante quand elle est mature.

LA VOIX : - Je vois que tu as profité de mes leçons, ma grande !

PAULA : - Je ne suis pas ta grande. Et je grandis quand je veux et à mon rythme.

LA VOIX : - Grandir ? Quelle suffisance ! Tu ressembles déjà à tes aïeux. Tu suis le même chemin ma chérie. La route est toute tracée. Quel bonheur de voir que l’homme est prévisible. Une fois adulte, il en devient même vaniteux. La vanité ! Savais-tu qu’elle est mon péché préféré, plus que capital.

PAULA : - C’est ça petit cuisinier ! Fais ta sauce à ta façon mais n’oublie pas qu’avec moi, la mayonnaise, ça ne prend pas. J’ai grandi depuis très longtemps. Depuis le jour où j’ai découvert ma mère pendue au bout d’une corde. Et tu sais quoi ? Ce jour là, j’ai pris une ferme décision. Une décision d’adulte comme tu aimes à dire. Celle de garder mon âme d’enfant jusqu’au jour de ma mort. Maman me retrouvera comme elle m’a quitté : encore et toujours une enfant.

 

(L’interphone s’interrompt et ne laisse plus entendre qu’un souffle parasite.)

(Paula rengaine son revolver.)

 

Je crois que le cuisinier a rendu son tablier. Dommage, je commençais à avoir un petit creux, moi.

 

(Elle s’allonge sur une table.)

 

Hé ! Attendez-moi les copains ! Ce serait bien de se faire une petite bouffe ce week-end…

(Elle s’endort.)

Publié dans Théâtre ados