LITTLE SHERLOCK

Publié le par Gianmarco Toto

Dès sa jeunesse, Sherlock Holmes, le célèbre futur détective, montre des talents extraordinaires. C'est ce qu'il va prouver en déjouant, avec l'aide de son ami John Watson, d'inquiétantes et mystérieuses disparitions de chats. Une pièce de théâtre pour les enfants à partir de 10 ans.

LITTLE SHERLOCK

Personnages

Sherlock (Holmes)

John (Watson)

James (Moriarty)

Miss Cathall (Etrange amie de Moriarty)

Jim Paget (Frère de Miss Paget)

Kate Sweetness

Carrie Sweetness (Soeur de Kate)

 

Le club des Mermaids

Miss Paget (Soeur de Jim)

Miss Jug

Miss Woodcock

Miss Nasty

Miss Bane

 

L’action se déroule tour à tous dans le salon de Sherlock et celui de Miss Paget.

Tableau 1

Dans la rue, la nuit, un chat errant passe. Il rencontre un chat beaucoup plus grand (de la taille d'un enfant) qui l'attire à lui, se métamorphose en silhouette mi enfant, mi chat et soudain le fait disparaître au fond d'un sac.

(Ce prologue pourra être imaginé en jeux d'ombre ou en projection vidéo.)

 

Tableau 2

Nous sommes dans le salon du jeune Sherlock. Celui-ci, dos au public, joue de son violon. Entre le jeune John, son ami, un gros ouvrage à la main.

John : - Sherlock ? Sherlock… Mais que fais-tu ? Nous avons rendez-vous au Mermaid Club dans moins d’une heure et tu n’es toujours pas prêt… Allons, qu’est-ce qu’il y a encore ?... A ton silence, je devine que tu n’es pas prêt de répondre à l’invitation de Miss Paget…

Sherlock : (Sans daigner se retourner vers son ami.) - Quel bel esprit de déduction, mon cher John. Et bien non, je ne suis pas prêt à souffrir les éternels discours stupides de cette non moins stupide assemblée de filles.

John : - Tu exagères un peu. Elles sont pleines de bonne volonté, de charité, ces filles là. J’avoue qu’elles sont un peu maniérées dans leurs façons mais quand même…

Sherlock : (Même jeu.) - Ah, tu vois ? Toi aussi, tu le reconnais.

John : - Bon. N’en parlons plus. Je voulais…

Sherlock : - Non. Ne dis rien. Laisse-moi deviner. Tu voulais me montrer les dernières acquisitions végétales que tu viens d’ajouter à ton herbier. Le volumineux ouvrage que tu tiens si précieusement à la main…

John : (Effaré.) – Comment peux-tu savoir ? Tu ne t’es même pas retourné et…

Sherlock : (Se tournant vers son ami.) Du nez, mon petit camarade, du nez et de l’oreille. Lorsque tu es entré, une odeur presque imperceptible de menthe poivrée a flotté jusqu’à mes narines. D’autre part, le frottement caractéristique de la couverture d’un livre sur ton habit m’a de suite confirmé tu n’étais pas venu les mains vides. Alors, cette menthe poivrée ? Un nouveau spécimen peut être ?

John : - Incroyable ! Tes sens si aiguisés m’étonneront toujours. (En ouvrant son ouvrage.) Jette un peu les yeux là-dessus. Je n’en avais jamais vu de si colorée et parfumée…

La cloche de la porte d’entrée retentie.

Sherlock : - Encore de la visite et moi qui voulait me concentrer sur cet étude pour violon.

John : (En sortant précipitamment.) - Laisse. Je vais voir qui est là.

Sherlock se place de nouveau devant son pupitre et reprend sa gamme musicale qu’il avait quittée auparavant.

Tableau 3

Un instant plus tard, John revient accompagné de deux jeunes filles.

John : - Sherlock, sans vouloir déranger ton exercice musical, je veux te présenter ces deux jeunes filles qui disent être tes nouvelles voisines arrivées il y a quelques jours.

Sherlock cesse de jouer du violon et reste figé devant son pupitre.

Kate : (Un peu gênée.) - Bonjour. Nous ne voulions pas te déranger. Nous pouvons repasser plus tard si cela te convient.

Carrie : - Oui. Nous ne voudrions pas abuser de ton temps. Moi-même, j’ai longtemps pratiqué la musique et je sais que cela demande beaucoup de concentration…

Carrie est très vite interrompue par le regard insistant de Kate. En réponse, elle articule, en silence, avec ses lèvres un « quoi ? » agacé à sa sœur.

Holmes : (Tout en s’approchant d’une façon inquiétante de Carrie.) Pratiquer la musique, dis-tu ?

Carrie : (Très impressionné par l’attitude étrange du garçon.) Oui, je jouais du…

Holmes : - Chut ! Ne dis rien. Laisse-moi deviner.

John : (Doucement en se penchant vers Kate.) – Mon ami est très bizarre dans ses façons de faire mais c’est un garçon bien. Vous vous y ferez avec le temps.

Holmes : (A Carrie.) – Peux-tu me donner la main, je te prie ?

Carrie : (En s’exécutant timidement.) – Si cela peux te…

Holmes : (En prenant doucement la main de la jeune fille.) - N’aie crainte. Je vais juste m’adonner à un petit exercice d’observation. (Il observe attentivement la main de Carrie.) La main est ferme. Les doigts sont joliment dessinés. Les ongles parfaitement coupés et entretenus. La tranche de la main est légèrement enflée et l’auriculaire sensiblement écarté des autres doigts… Tu joues du piano.

Carrie : (Surprise et amusée.) - Oui. C’est incroyable. Comment fais-tu ça ?

Holmes : - De l’observation, uniquement de l’observation,… Carrie, c’est bien cela ?

Carrie : - Tu es voyant ou médium ? Comment savais-tu mon prénom ? Nous n’avons encore parlé à personne dans la résidence…

Holmes : - Toujours et encore de l’observation, dis-je : une étiquette sur laquelle est inscrit ton nom dépasse légèrement du col de ta robe.

Gênée par cette remarque, Carrie cache le bout de tissus pendant que Sherlock se tourne vers Kate.

Kate : (Décidée et pas impressionnée.) - Ma sœur et moi aimons bien les devinettes. Que peux-tu dire sur moi ?

Holmes : - Oh, rien, trois fois rien… Si ce n’est que tu adores la peinture et le dessin. Pour le prénom c’est autre chose car aucun indice n’apparaît sur toi.

Kate : (Curieuse.) – Ben, ça alors ! Et comment as-tu deviné que je pratique la peinture ?

Holmes : - Là aussi. Trois fois rien. Le léger résidu caractéristique de fusain qui se trouve sous les ongles des pouces et index de ta main gauche - car tu es gauchère n’est-ce pas ? - ainsi que la toute petite tache de peinture bleue qui se trouve sur ton poignet droit avec lequel tu tiens, sans doute, ta palette.

Kate : - Je me nomme Kate. Je trouve ton talent d’observateur fantastique.

John : - Ce qui serait fantastique c’est qu’il place son talent au contact des jeunes de son âge. Mais monsieur fait la moue dès qu’il s’agit de faire d’autres connaissances.

Holmes : - Tai-toi, singe savant. Tu vas faire fuir ses demoiselles. Hélas, mon ami a en partie raison, je déteste la compagnie. La solitude me convient plus.

Carrie : - Oh, ce n’est pas bien de rester seul comme ça. Nous avons tant à découvrir des autres.

John : - C’est ce que je crois aussi mais Sherlock ne veut… (Soudain avec éclat.) Mais j’y pense, vous êtes nouvelles dans le quartier et nous sommes invités cet après-midi dans un club de jeunes filles de notre âge. C’est l’occasion rêvée, pour vous, de faire des rencontres et peut être de nouvelles amies. Qu’en pensez-vous ?

Kate : - C’est une excellente idée. (A Holmes.) Notre nouveau voisin voudra bien nous accompagner, j’espère.

Holmes : (Ennuyé.) - C’est à dire que…

John : - Allons, allons, Sherlock, ce n’est pas moi qui réside de ce côté ci de la ville. Il m’apparaît tout à fait logique que le premier voisin de ses demoiselles soit aussi le premier à leur faire découvrir le quartier…

Holmes : (Tout en contenant son agacement.) C’est bien. C’est bien. (Aux deux filles.) Tenez-vous prêtes dans un instant. Nous passerons vous chercher.

Carrie : (A sa sœur.) - Allons attraper nos sacs et nos manteaux.

Kate : (En adressant un sourire malicieux à Sherlock qui ne sourcille pas d’un poil.) - Oui, ne faisons pas attendre notre si gentil et surprenant nouveau voisin.

(Les deux sœurs sortent sous le regard amusé de John qui se tourne et perd vite son sourire face à Sherlock qui le dévisage sévèrement.)

John : - Oui, oh, ça va bien. Je sais ce que tu vas me dire…

Sherlock : (Sarcastique en saisissant son manteau.) - Je ne dirai rien mais je le pense fortement. Et dépêche-toi, nous ne voudrions pas que mes nouvelles voisines manquent la réunion de l’ennui et de la sottise.

Sherlock sort. John reste un instant interrogateur.

John : - Je ne comprendrai jamais cette répulsion qu’il a pour les filles… Mais alors jamais…

John sort à son tour.

Tableau 4

Nous sommes dans le salon de la résidence de Miss Paget. Tous ses amis du club des Mermaids sont réunis et discutent vivement. A l’écart, un étrange garçon accompagné d’une fille non moins étrange écoutent les conversations sans y prendre part. Un autre garçon, attablé, seul, se goinfre de gâteaux.

Miss Paget : (Offusquée.) - Jim ! Jim, veux-tu bien cesser de te gaver de gâteaux ! Ce n’est pas l’heure du goûter et puis nous avons tout préparé à l’attention de nos invités et non pour satisfaire ton indécrottable gourmandise.

Jim : - J’ai faim et je m’ennuie.

Miss Jug : - C’est vrai ça. Tu ne peux pas t’occuper à autre chose ? Je ne sais pas moi, ouvre un livre par exemple.

Miss Paget : - Lui ? Ouvrir un livre ? Tu n’y songes pas ma chère. C’est un cerveau vide.

James : - Mais un ventre plein. Il faut bien combler ses manques comme on peut. (En adressant à Jim une bonne tape sur l’épaule.) N’est-ce pas, mon brave Jim.

Miss Cathall : - Un cerveau plein c’est moins dangereux pour la santé qu’un ventre plein.

Miss Woodcock : - Je ne te le fais pas dire. Tu entends Jim ? Tu devrais prendre exemple sur James. Il est patient, lui.

Jim : - Et bien, moi, non.

Miss Paget : - Oh, que faire pour raisonner ce garçon stupide qui me tient lieu de frère ?

Miss Nasty : – La prochaine fois enferme le dans le garde-manger. Il y sera, sans doute, plus à son aise.

Miss Bane : - J’ai appris qu’à une époque, on muselait les esclaves pour les empêcher de se servir dans les restes des plats laissés par leurs maîtres.

Miss Nasty : (En riant.) – La belle idée ! Jim en muselière.

Miss Jug : (Même jeu.) - Avec un joli collier à paillette…

Miss Woodcock : - Et un nœud dans les cheveux…

Miss Cathall : - Ensuite, nous pourrions l’appeler, Jim toutou…

Les filles rient de bon cœur. Jim fait la moue et repousse l’assiette de gâteaux devant lui. Au même moment, Sherlock et ses amis entrent dans le salon.

James : - Allons, allons, mes demoiselles. Jim va pouvoir satisfaire son insatiable appétit dans quelques instants. Voici les invités que vous attendiez.

Sherlock : (Bas à John en apercevant James.) – Que fait là ce fanfaron ?

John : - Il fanfaronne. (En réponse au regard autoritaire que lui adresse Sherlock.) Inutile de me fusiller du regard, je ne savais pas que Moriarty faisait partie des connaissances de Miss Paget.

Miss Paget : (Avec un sourire surfait.) - Sherlock, John, nous n’espérions plus votre venue. Mais qui nous amenez-vous là ?

Sherlock : - Désolé pour ce retard, mais je viens de faire connaissance avec mes nouvelles voisines que voici, Kate et Carrie Sweetness. John a pensé que ce serait une bonne idée de les convier. Elles ne connaissent encore personne ici.

Miss Paget : - Quelle belle initiative John ! Je te reconnais bien là. (Prenant Kate et Carrie par le bras.) Venez les filles, je vais vous présenter les membres de notre club.

Pendant que Miss Paget présente les autres filles à Kate et Carrie, James, méprisant, suivi de Miss Cathall, se rapproche de Sherlock.

James : - Jessie, je te présente Sherlock et John. Inséparables et si complémentaires.

Sherlock : - Et toi, James ? Toujours en charmante compagnie ?

James : - A chacun ses trucs…

John : (Aimablement en inclinant la tête vers Miss Cathall.) Moi, je trouve que mademoiselle ressemble à autre chose qu’à un « truc ».

James : (Agacé, froid puis méprisant.) – Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire. Jessie est une très bonne amie. Par « truc » je voulais parler des tours dont seul Sherlock a le secret et qu’il aime à utiliser en public. Cela doit sans doute flatter sa petite personne.

Miss Cathall : (Intriguée, à Sherlock.) – Tu es magicien ? Tu pratiques l’illusion ?

James : - Non, chère amie. Sherlock est, comment dire,…

John : - Doué d’un très grand don d’observation. Il saisit se que nous sommes incapables, parfois, de discerner.

Miss Cathall : (En avançant vers Sherlock avec un air de défi.) - Je serai curieuse de voir ça.

Sherlock : - Il suffit de demander, mademoiselle. Par exemple, nous pouvons voir qu’à ta démarche souple et assurée ainsi qu’à l’écartement en « v » de tes pieds que tu pratiques la danse et cela depuis fort longtemps. Le maintien quasi parfait de ton buste et de ta nuque confirme aussi bon nombre d’heures d’entrainement.

Miss Cathall : - Tout juste. Pas mal pour un garçon de ton âge.

John : - Qu’est-ce que je disais ? Rien ne lui échappe.

A sa table, Jim rapproche de nouveau l’assiette de gâteaux à lui.

Jim : - Et ça parle, et ça parle. Bon. Moi, j’ai faim. Eux font ce qu’ils veulent mais moi, j’ai faim. M’agace…

Tableau 5

Quelques instants plus tard, tout le monde est réuni autour de Miss Paget et Miss Nasty.

Miss Paget : - Je vais donc laisser la parole à Miss Nasty qui va vous exposer en détail l’objet de cette réunion.

Miss Nasty : - Merci Tempérance. Vous savez tous, sans doute, l’horrible drame qui frappe notre quartier. Les chats, nos petits amis de compagnie, si chéris de tous, disparaissent mystérieusement depuis quelque temps.

James : (Avec Ironie.) – Tiens donc, les souris auraient-elles décidées de changer de quartier ?

Miss Jug : - Tu ne devrais pas te moquer, James Moriarty, tout le secteur est frappé. Encore hier, ma voisine qui est une dame âgée et qui n’avait pour seule compagnie que sa petite siamoise, a retrouvé son collier suspendu à la clôture.

Miss Woodcock : - Et les Baners, qui vivent en face de chez moi, ont entendu leur matou miauler toute la nuit. Ils ont pensé que ce dernier appelait les autres chats du quartier. Soudain, ils ont entendu un cri atroce, comme si on égorgeait une bête.

Miss Bane : - Une bagarre de chats, sans doute. C’est tellement courant les soirs de pleine lune.

Miss Woodcock : - Pas du tout. Car le lendemain, qu’elle n’a pas été leur frayeur en découvrant une grande trainée de sang depuis la porte d’entrée jusqu’à celle du jardin.

Kate : - Quelle horreur ! Mais quelqu’un a-t-il pensé à prévenir un policeman ?

Carrie : - C’est vrai, ils pourront sans doute en savoir plus sur cette histoire.

Miss Nasty : - Pensez-donc, ils ont autre chose à faire que de s’occuper de disparitions de chats. Alors, je propose que nos prenions la défense de nos animaux et que nous lancions une grande campagne de sensibilisation dans le quartier.

Applaudissements soutenus dans l’assemblée.

Miss Jug : (En soulevant un panier joliment décoré.) - Et pour appuyer cette campagne, je vous demande d’accueillir notre mascotte. Venez, approchez, mais doucement ce n’est encore qu’un chaton…

Chacun jette un œil ravi au fond du panier.

Jim : - Tout ça pour des chats. C’est un peu exagéré, vous ne trouvez pas ?

Miss Woodcock : - Je n’en attendais pas moins de toi, Jim toutou. Tu es une tête vide.

Jim : - Oh, ça va. Faut pas en faire un drame. Moi, ce que j’en dis. Bon, on peut goûter maintenant ?

Miss Paget : (Soudain en colère saisissant l’habit de son frère.) – Oh, toi, tu m’agaces. C’est la dernière fois que tu… Que tu… (Elle éternue.) Atchoum…

Jim : - Hé ! Maladroite ! Tu as déchiré mon habit…

Miss Paget est prise d’une grande crise d’éternuements. Elle se dirige vers le tiroir d’une commode, en sort une fiole dont elle inhale très rapidement le parfum.

Miss Bane : - Et bien, ma chérie que t’arrive-t-il ?

Miss Paget : - Je ne sais pas… Atchoum… Un mauvais rhume sans doute… Atchoum…

Miss Bane : - Je vais t’accompagner à la salle de bain si tu veux.
Miss Paget : - Je veux bien… Je dois avoir… Atchoum… Des sels pour… Atchoum… (A la cantonade.) Je rappelle à tous que j’ai fait préparer vos chambres. Nous devons absolument poursuivre notre réunion après le diner… Atchoum…

Miss Paget sort accompagnée de Miss Bane. John, Kate et Carrie reviennent auprès de Sherlock qui observait, à l’écart, depuis un moment, le comportement de Miss Paget.

Carrie : - Vous avez vu cette joli frimousse ?

Kate : - Il est adorable et si joueur. Comment peut-on leur vouloir du mal ?

Sherlock : (Le regard perdu dans ses pensées.) : - Tiens, tiens…

John : - Ah, mesdemoiselles, quand Sherlock fait cette mine c’est qu’il flaire quelque chose…

James : (Avec ironie.) - Il fait la moue plutôt car il vient de se faire ravir la vedette par un tout petit chaton.

Sherlock : (Agacé.) – Moriarty, quand je voudrai me faire « ravir » quelque chose, je ferai appel à tes services. A chacun son « truc » comme tu dis si bien et le mien n’est surement pas de faire du mauvais esprit. (A ses amis.) Venez vous autres. Partons. J’en ai assez supporté pour aujourd’hui. (Il s’éloigne.)

Kate : - Mais qu’est-ce qu’il lui prend ?

John : - Une contrariété sans doute. Ca ne lui ressemble pas. Le mystère attise d’ordinaire sa curiosité mais celui de ces chats disparus a l’air de le préoccuper.

Suivons-le.

John, Kate et Carrie sortent. Miss Cathall rejoint Moriarty.

Miss Cathall : - Je crois que tu l’as vraiment agacé cette fois-ci.

James : - Détrompe-toi. Sherlock est tenace. Je me demande bien ce qu’il a dans la tête.

Tableau 6

C’est la nuit. Dans le salon de Miss Paget, on entend les miaulements du chaton qui proviennent du panier posé sur une table. Un éclair d’orage fait apparaître une ombre inquiétante et démesurée qui se penche sur le panier. Au moment où l’étrange silhouette mi chat, mi homme s’apprête à dérober le panier, Miss Nasty apparaît, encore dans un demi sommeil, une bougie à la main. Lorsqu’elle aperçoit l’ombre, elle pousse un hurlement de terreur qui raisonne dans toute la demeure.

 

Tableau 7

Le lendemain matin, dans le salon de Miss Paget, les discussions vont bon train. Toutes les filles du club des Mermaids sont réunies autour de Miss Nasty qui visiblement ne s’est pas remise de sa mésaventure nocturne. Dans un coin, James et Miss Cathall sont assis et patientent. A l’opposé, Jim écoute les propos de Miss Nasty. Skerlock et ses amis font leur entrée.

Miss Paget : (Apercevant Sherlock et sa troupe.) – Enfin, Sherlock, je t’attendais avec impatience… Nous sommes au désespoir…

Sherlock : - Allons, allons, quel est cet affolement ?

Miss Jug : - Roselyne a été victime d’une terrible agression cette nuit.

Miss Woodcock : - N’exagérions rien. Roselyne a cru voir une silhouette qui lui a fait très peur…

Miss Bane : - Pour tout te dire, elle a cru voir l’ombre du monstre qui fait disparaître les chats du quartier.

James : - Il faisait très sombre et il y avait de l’orage. Elle a peut être simplement été trompée par une vision, l’éclair de l’orage,…

Miss Cathall : - Elle est si impressionnable Roselyne et tellement sensible avec ça.

Miss Nasty : (Se dressant déterminée et terrifiée à la fois.) – Non… Non, vous n’y êtes pas. Je sais ce que j’ai vu. Je me tenais là juste à l’entrée, mon chandelier à la main. Et puis, en levant la tête, je l’ai aperçu, comme je vous vois tous. Immense, comme un immense chat mais dont le corps était celui d’une personne…

Miss Nasty, submergée par ce souvenir terrible, s’évanouit dans un cri d’effroi général.

Kate : - Tu crois que c’est possible ça, Sherlock ?

Carrie : - Enfin, grande sœur, tu vois bien que tout ça ne peut être réel. Un chat géant avec un corps d’homme ? Son esprit lui aura joué un mauvais tour.

John : - Hum ! Pas tant que tu le crois. Notre ombre qui se projette devant lorsque le soleil frappe derrière nous, n’est-elle pas démesurée ?

Sherlock : - John a raison. Ce qui est important ce n’est pas ce que nous pouvons voir mais ce qui se cache derrière les apparences.

Carrie : - Je me sens un peu perdue avec vos explications.

James : (Qui depuis un moment suivait cette conversation avec intérêt.) – C’est tout à fait normal. Sherlock aime semer le trouble et jouer les intrigants. Il va nous sortir ces derniers « trucs » pour nous faire avaler sa soi disant science de l’observation… Il aime tant divertir son monde…

Sherlock : - Nous verrons, James, ce que ma science dévoilera aux yeux de tous.

John : (A James avec agacement.) - Oui, monsieur le critique, nous verrons bien…

Sherlock : (A part à John.) - Merci John, mais je pouvais me défendre tout seul.

John : (Même jeu.) - C’était juste pour appuyer. (En désignant James d’un coup de tête.) Il m’agace sérieusement celui-ci…

Kate : (Moi aussi.) : - Moi aussi. Je n’aime pas du tout ses façons. Rappelez-moi de n’être jamais de ses amies.

Sherlock se place au centre de la pièce.

Sherlock : - Silence. Silence. Laissons un peu Roselyne respirer et mettons-nous à la tâche. Pouvons-nous voir le panier du chaton ?

John : - Le voici.

Sherlock : - Kate, Carrie, approchez. Nous allons mener cette enquête ensemble si vous le voulez bien.

Kate : - Avec joie. Mais serons-nous à la hauteur ?

John : - Laissez faire et suivez Sherlock car c’est lui qui mène la danse, mesdemoiselles.

Carrie : - Je suis toute excitée à l’idée de chercher des indices.

Sherlock : - Bien. Voyons cela. Quelle odeur sentez-vous dans ce panier ?

Carrie : (S’émerveillant devant le chaton.) - Rien à part une odeur de chat qui prouve que ce petit trésor de « minounet » est bien vivant.

Sherlock : (Dépité et agacé par l’attitude de Carrie.) - Oui… Je l’avoue… Il est vivant… C’est encore heureux… Mais faites un petit effort, penchez vous au dessus du panier, fermez les yeux et laissez votre odorat faire le reste.

(John, Carrie et Kate se penchent au dessus du panier en fermant les yeux.)

Kate : - En effet, il y a comme une odeur de plante… Une odeur familière…

Carrie : - C’est vrai. Je peux la sentir. C’est la même odeur qui flottait chez notre grand-mère lorsqu’elle préparait le thé.

John : (Sûr de lui.) - Et pour cause, chère Carrie, cette odeur est celle de la camomille.

Carrie : - C’est cela, le thé à la camomille. Bravo, John.

Sherlock : - Il n’a aucun mérite. John est passionné par les plantes. Il en collectionne de toutes sortes. Il faudra qu’il vous montre ses nombreux herbiers.

John : (Piqué.) : - Thank you sir pour cette remarque subtile concernant mon mérite…

Sherlock : - A présent, cherchons d’où peut bien venir ce parfum et ouvrons nos yeux.

Sherlock examine avec précaution le panier sous tous les angles. Puis, plongeant, la main dans le contenant, il en sort un bout de tissus.

John : - Ah, ah ! Un indice ?

Sherlock : - Et pas n’importe quel indice…

Miss Paget : (Soudain.) – Mais je le reconnais ce bout de tissus. C’est celui de l’habit de Jim que j’ai déchiré hier… Jim ! Comment as-tu osé ?

Jim : - Quoi ? Mais, je n’ai rien fait, moi.

Nasty : - C’est donc toi que j’ai aperçu cette nuit ?

Jim : - Hé, ho ! Doucement. Moi, je dormais cette nuit.

Miss Bane : - Et voyez avec quelle effronterie il ose nous mentir !

Miss Jug : - Avoue, Jim. Avoue que c’est toi qui as tenté de faire du mal à ce pauvre chaton !

Jim : - Mais vous perdez la tête ou quoi ? Je vous dis que ce n’est pas moi.

Miss Cathall : - Ce n’est pas très joli de mentir. Et si ça se trouve, c’est toi aussi qui fait disparaître tous les chats du quartier.

Miss Woodcock : (A Miss Paget.) - Quelle horreur ! Je suis désolée, chère Temperance, de constater que ton frère est un grand malade.

Jim : - C’est vous les malades. Laissez-moi tranquille. Je suis innocent. Je m’en fiche des chats. Moi, je préfère les chiens.

Miss Paget : - Attrapez-le. Il doit payer pour ses crimes.

Toutes les filles du club des Mermaids poursuivent le pauvre Jim qui s’enfuit.

James : (Méprisant, en applaudissant lentement des deux mains.) – Quel esprit de déduction extraordinaire, mon petit Sherlock. Voilà donc cette affaire résolue…

Sherlock : - Je ne m’avancerai pas aussi vite à ta place. Tout cela est trop simple.

Kate : - Que veux-tu dire ? Nous avons bien vu le bout de tissus. Il correspond à l’habit que portait Jim, hier. Nous étions là aussi et nous avons tous été témoin.

Carrie : - Oui, nous pourrions en jurer…

Sherlock : - Il ne faut jurer de rien. L’issue de cette affaire me paraît trop évidente.

Essoufflées, les filles du club des Mermaids sont de retour.

Miss Paget : - Le petit monstre nous a semé et s’est enfermé dans sa chambre. Il n’en sortira pas de sitôt, vous pouvez me croire.

Sherlock : - Temperance ? Puis-je te demander une faveur ? Je propose que mes amis et moi-même restions cette nuit pour surveiller le chaton et voir si mes conclusions sont exactes.

Miss Jug : - La belle idée. Avec Sherlock dans les parages, Jim n’y reviendra pas, c’est certain.

Miss Paget : (Décontenancée.) – Oui,… Enfin, si tu penses que…

Sherlock : - Je pense que c’est plus prudent en effet.

James : - C’est ridicule. Tout accuse Jim.

Sherlock : - Si tu veux, mais je préfère m’en assurer. C’est encore un de mes nombreux « trucs » comme tu dis si bien. (En tendant le panier à Miss Paget.) Je vous le confie à présent. Il sera en de meilleures mains.

Miss Paget est prise d’une crise soudaine d’éternuements. Elle se dirige vers le tiroir de la commode où se trouve la fiole dont elle inhale très vite le parfum.

Miss Bane : - Voilà que ça lui reprend. Décidément, ma pauvre Tempérance, je crains fort que tu n’ais attrapé un gros rhume.

Les filles sortent entourant Miss Paget qui ne cesse d’éternuer.

Tableau 8

Dans la nuit, on assiste à un véritable ballet de rondes de surveillance. Sherlock et John, Kate et Carrie, puis Sherlock tout seul, enfin John, Kate et Carrie…

Lorsque l’endroit est désert, une silhouette féline apparaît, se déplace avec souplesse dans le salon et se penche sur le panier. Soudain, Sherlock et ses amis qui étaient cachés, surgissent et encerclent l’étrange personnage. Celui-ci, en deux ou trois pirouettes, disparaît laissant les détectives en herbes bredouilles.

John : (Essoufflé.) – Oh, bon sang. C’est un rapide celui-là…

Kate : (Même jeu.) – C’est inhumain. C’est une créature du diable…

Carrie : (Même jeu.) – Ou le diable en personne…

Sherlock : (Même jeu.) – Ne nous laissons pas abuser. Gardons la tête froide…

John : - Impossible, j’ai vraiment trop chaud d’avoir couru ainsi…

Sherlock : - Demain, nous réunirons tout le monde et nous tirerons cette affaire au clair une bonne fois pour toute.

 

Tableau 9

Le lendemain, tout le monde est réuni dans le salon. Même le pauvre Jim a été convié et s’est installé loin des filles qui de temps à autre lui adressent un regard très sévère.

Sherlock : - Inutile de fusiller du regard ce pauvre Jim. Il est innocent même si tout l’accuse jusqu’à présent.

James : - Abrège, Sherlock, je te prie. Nous avons prévu de faire une partie de Cricket, aujourd’hui.

Sherlock : - Je crains fort, James, qu’elle ne soit retardée pour l’instant.

Miss Woodcock : - Mais enfin, Sherlock, où veux-tu en venir ?

Sherlock : - J’y viens. J’y viens. Hier, mes amis et moi avons constaté qu’une odeur reconnaissable entre mille flottait autour de ce panier. L’odeur de la camomille.

John, peux-tu nous faire la lecture des bienfaits de cette plante aux vertus surprenantes.

John : - Les fleurs de camomille romaine (Chamomillae romanae flos) sont traditionnellement réputées toniques, stomachiques, antispasmodiques et analgésiques. La camomille romaine est traditionnellement recommandée pour les digestions difficiles mais aussi en infusion (tisane, inhalation), sous forme de collyre ou collutoire, d'huile essentielle. Elle aide à soigner bon nombre d’allergie.

Sherlock : - N’est-ce pas toi, chère Tempérance, qui est sujette à de terribles allergies ?

Miss paget : - Je ne comprends pas où tu veux en venir…

Sherlock : - Oui, pardon, je précise. (Il saisit le coussin du chaton qui se trouvait dans le panier et le secoue devant Miss Paget.)

Miss Paget : (Prise d’une crise d’éternuements.) - Mais que fait-il ?... Atchoum… Oh, l’imbécile… (Elle se lève et se précipite vers un tiroir, fouille mais ne trouve pas ce qu’elle cherche.)

Sherlock : (Tenant une fiole qu’il a sorti de sa poche.) – C’est cela que tu cherches, Tempérance, huile essentielle de Camomille, n’est-ce pas ?

Kate : (En aparté à John.) - Il est brillant, vraiment.

John : (Même jeu à Kate.) - Il n’a aucun mérite. C’est de naissance.

Sherlock : - Je t’ai entendu, John… Poursuivons. Tempérance souffre d’allergies aux poils de chat. Elle pressa donc son ami, James Moriarty, ici présent, de l’aider à se débarrasser de ses animaux qui l’incommodent fort.

James : - Fadaises. Tu n’as aucune preuve. Je n’ai rien fait dans toute cette histoire.

Sherlock : - Tout à fait d’accord. Ce n’est pas toi qui as procédé à ces disparitions massives de chats mais quelqu’un que tu as su convaincre. (Se tournant vers John.) John ? Libère-la !

James : - Mais de quoi parle-t-il ? C’est ridicule.

John est allé chercher une boîte de laquelle il libère une souris juste aux pieds de Miss Cathall. Cette dernière, surprise, se met à bondir en tous sens avec souplesse.

Carrie : - Aussi souple qu’un chat.

Sherlock : - Je ne te le fais pas dire chère voisine. La souris révèle toujours le chat. Et derrière le chat se cachait la danseuse car qui d’autre qu’une danseuse peut mettre en échec ses poursuivants. Souplesse, rapidité, précision…

Lorsque Roselyne proposa cette action de bienfaisance en faveur des chats du quartier et de leurs propriétaires, Tempérance fut prise de court. Elle chercha une solution rapide pour l’en dissuader ainsi que toutes les filles membres du club.

Elle fit donc appel à James Moriarty et son amie, Jessie Cathall.

Miss Jug : - C’est vrai Tempérance ? C’est pour cette raison que tu as fait disparaître tous ces chats ?

Jim : - Ca, c’est ma sœur tout craché. On voit bien que vous ne la connaissez pas.

Miss Bane : - Enfin, Tempérance, dit quelque chose. Défends-toi.

Miss Paget : - Que voulez-vous que je vous dise ? Ce n’est pas vous qui souffrez le martyre. Et puis qui vous dit que ces chats ont été massacrés ?

John : - Pour cela, il faut se tourner vers les principaux concernés.

James : (Avec un sourire cynique.) – Ah, mystère. Seule Jessie connaît la vérité et comme elle a un don pour dissimuler… Sans preuves, vous ne pourrez rien affirmer…

Miss Cathall : (Mystérieuse et terrible à la fois.) – Allons James, tu vas me faire rougir. N’en dit pas trop à nos amis et puis, je commence à m’ennuyer. Partons.

Kate : - Oui, c’est cela, partez et qu’on ne vous revoie plus.

James : (A Sherlock, juste avant de sortir.) – Je ne sais pas pour toi mais, moi, j‘ai le sentiment que nous allons nous revoir.

John : - Le plus tard possible… Quel sale type…

James Moriarty et Miss Cathall sortent.

Sherlock : - Oui. Un sale bonhomme. Elémentaire, mon cher Watson. Mais n’aie crainte, je serai toujours là pour le recevoir.

 

Rideau

 

Toute reproduction ou représentation interdite sans l’accord de l’auteur. 

Publié dans Théâtre enfants

Commenter cet article