LA ROBE ROUGE

Publié le par Gianmarco Toto

De jeunes randonneurs explorent une forêt profonde. Surpris par une violente tempête, ils trouvent refuge dans une maison abandonnée. Cette dernière est hantée et recèle bien des secrets sur son passé et les personnes qui l'occupèrent jadis. Une histoire à trembler, à rire et s'émouvoir sur le thème de la colère et l'amertume qui ne sont parfois pas très bonnes conseillères. 

LA ROBE ROUGE

Personnages

 

Les randonneurs :

Mathieu

Justine

Marie

Suzon

Sonia

Anouk

 

Les 5 soeurs fantômes :

Rebecca

Ann

Phoebe

Clarys

Adelaïde (La fille en rouge)

 

Le décor :

La vieille chambre délabrée et dépareillée de la fille en rouge.

Un autre endroit isolé de la maison.

Tableau 1

C'est le début de soirée. La nuit est tombée. On entend une furieuse tempête mugir à l'extérieur. Une chambre d'enfant se dévoile au rythme des éclairs de foudre qui l'illuminent par intermittence. Six enfants apparaissent, lampe de poche à la main. Ils explorent le lieu. La plus jeune, Anouk, est accrochée à sa sœur ainée et refuse de faire un pas de plus.

Anouk : - On est vraiment obligé de rester ici ?

Sonia : - C'est plus prudent, Anouk. Dehors la tempête est trop dangereuse.

Anouk: - Pourquoi on n’appelle pas maman et papa ?

Sonia : - Anouk, je t'ai déjà expliqué que les parents ne savent pas que nous sommes là...

Suzon: - Oui et bien elle était pas géniale l'idée d'aller faire du camping sauvage !

Mathieu :(Agacé.) Suzon, tu ne vas pas recommencer avec ça...

Suzon : - Ca devait être super cool et là, on nage en plein film d'horreur...

Mathieu : - D'horreur ? T'exagères...

Suzon : Non, non, c'est l'horreur ! Profiter de l'absence de nos parents pour se la jouer « rando clandestine », se faire surprendre par une tempête... Jamais vu ça... Et au final, se retrouver prisonniers d'une baraque digne d'un film de vampires...

Anouk:(Paniquée) - Sonia, on peut s'en aller ?

Sonia: - Bravo Suzon, tu fais peur à Anouk...

Justine : - Dites, c'est pas fini vos chamailleries de fillettes stressées, là?

Mathieu : - Hé, le garçon manqué, je ne suis pas une fillette stressée !

Justine : - Alors arrête de faire le gros lourd et avançons ! Faut trouver un endroit pour passer la nuit...

Marie : - Cette chambre fera l'affaire. Allez on déballe nos sacs de couchage... Tu verras, Anouk, on sera bien, on se mettra tous autour de toi, comme ça tu te sentiras protégée...

Anouk : (Avec insistance.) - Mais j'ai trop peur...

Marie : - Tu n'es pas toute seule, nous avons tous très peur mais l'important c'est que nous restions ensemble.

Suzon : - En plus nous sommes dans une ancienne chambre de fille, ça se voit à la déco, au style et tout. Même cette armoire, là, ça le fait trop. On a l'impression qu'un spectre peut en surgir à n'importe quel moment...

Marie :(Fâchée.) - Merci, Suzon, merci de ton soutien et de ton infinie délicatesse à rassurer les autres !

Anouk :(Inquiète.) - Il y a des spectres dans l'armoire ?

Marie :(Déterminée, elle ouvre l'armoire.) - Non, il n'y a rien dans l'armoire, je te le prouve.

Marie dévoile la présence de plusieurs vieilles robes alignées sur les cintres du meuble.

Anouk :(A la fois surprise et méfiante.) - Oh, regarde, il y a des robes dans l'armoire !

Marie :(Plongeant les mains dans l'armoire.) - Ah, ouais, trop cool, venez voir les filles, que des vieilles robes d'époque,...

Les filles se précipitent autour du meuble. Justine et Mathieu se dévisagent un instant avant d'afficher un sourire moqueur.

Mathieu : - Bon, on vous laisse continuer à faire les boutiques. Justine et moi on va poursuivre l'exploration de la baraque...

Justin : - Ouais, trop boloss, les trucs de filles. Je vous suis pas sur ce coup là, les filles.

Sonia : - C'est ça, allez jouer les héros et laissez-nous admirer ces petites merveilles...

Justine et Mathieu sortent.

Composition de l'auteur

Composition de l'auteur

Tableau 2

Un peu plus tard, les jeunes, de nouveau réunis, sont endormis. D'étranges silhouettes, ombres et mouvements, apparaissent et disparaissent régulièrement dans la chambre.

Rebecca : - Tu as été une méchante fille. Tout ça, c'est à cause de toi.

Adelaïde : - Ce n'est pas vrai. Laissez-moi ! Laissez-moi les rejoindre !

Ann : - Il est trop tard. Il est beaucoup trop tard. A présent, tu dois rester avec nous...

Phoebe : - La maladie, la maladie... Tu les as tous tué.

Adelaïde : - Non, non, je ne veux plus vous entendre. Allez vous-en !

Clarys : - Nous ne pouvons plus partir. Tu le sais et tout ça... C’est de ta faute... De ta faute...

Les étranges silhouettes de filles disparaissent dans l'obscurité entre rires et pleurs d'enfants et réveillent Anouk.

Anouk : - Qu'est-ce que c'est ? Qui est là?

Pour toute réponse, un ballon surgit de nulle part et roule jusqu'aux pieds d'Anouk qui le ramasse et le renvoie en direction de l'endroit obscur d'où il venait. Le ballon revient vers Anouk instantanément. Soudain, la silhouette de quatre filles apparait dans l'obscurité.

Anouk : - Qui êtes-vous ? Vous habitez dans cette maison ?

Rebecca : (Elle s'avance un peu vers Anouk.) - Oui, mes sœurs et moi, habitons ici.

Anouk: - C'est ta chambre ?

Ann : - Non, elle appartient à l'autre.

Anouk: - L'autre ?

Phoebe : - Oui, celle qui se cache dans l'armoire.

Clarys : - Il ne faut pas que vous restiez ici. (Puis d'une voix forte et agressive.) Allez-vous en !!!

Les quatre filles disparaissent comme elles étaient apparues. Anouk essaie de les suivre.

Anouk : - Hé! Où allez-vous? Vous oubliez le ballon...

Pour toute réponse, la porte de l'armoire s'entrouvre. Anouk se retourne fixe l'armoire avec appréhension puis se dirige vers elle. Elle pose sa main sur la poignée et ouvre le meuble brusquement laissant apparaître une fille vêtue d'une robe rouge et dont le visage pâle met en valeur deux yeux noirs profonds et sans émotion.

Adelaïde: - Dis-leurs, dis-leurs que ce ne n'est pas de ma faute. Pas de ma faute...

Terrifiée par cette apparition cauchemardesque, Anouk pousse un hurlement en refermant brusquement la porte du meuble ce qui a pour effet de réveiller en sursaut tous les autres.

Sonia : - Qu'est-ce que c'est ? Anouk ?

Sans prononcer un seul mot, Anouk va se réfugier dans les bras de sa sœur.

Justine : - C'est ta sœur qui hurle comme une furie ?

Sonia : - Oui. Elle est terrifiée, elle tremble.

Anouk : - Il y a des fantômes,...

Suzon : - Enfin, Anouk, les fantômes ça n'existent pas...

Anouk : - Dans l'armoire, il y en a un, dans l'armoire...

Suzon :(En se dirigeant dans l'armoire.) – Quoi ? Là ? Dans ce nid à poussière ?

Anouk :(Terrifiée.) - Non, n'approche pas. Elle est là, elle est dedans...

Mathieu : (Râleur et peu réveillé.) - Mais qui est dedans ? Qu'est-ce qu'elle baragouine ?

Anouk (Tout en pointant une main tremblante en direction du meuble.) : - La fille en rouge... La fille en rouge...

Suzon ouvre l'armoire avec précipitation et dévoile une robe rouge suspendue.

Suzon (Sur un ton rassurant.) : - Ben, la voilà ta fille en rouge, Anouk. Regarde, c'est une robe rouge, en effet, mais c'est tout. Pas de fille là-dedans...

Anouk : - Il y a les autres aussi...

Marie : - Les autres ? Quels autres ?

Anouk : - Les autres filles qui m'ont donné ce ballon. Elles, elles sont gentilles et m'ont dit de partir d'ici.

Sonia : - Justine, Mathieu, vous ne voulez pas jeter un œil dehors pour voir s'il n'y a personne ?

Mathieu : (Jouant les blasés.) - Allez, ma Justine, on appelle les héros à la rescousse... Allons-y...

Justin : (Même jeu.) C'est pour qui le sale boulot ?

Mathieu : - Toujours pour les braves...

Justine : - Allez me reprocher après que je fais garçon manqué...

Suzon : - C’est ça. On vous donnera une médaille de retour à la maison...

Justine et Mathieu sortent en soupirant. Suzon reste auprès d'Anouk pendant que Sonia se rapproche de Marie.

Sonia : - Il y a quand même quelque chose de pas normal.

Marie : - Quoi ?

Sonia : - Je suis certaine qu'il n'y avait pas de robe rouge tout à l'heure dans l'armoire.

Marie : - Et alors ?

Sonia : - Comment et alors ? Tu étais là, non ? Tu as bien vu comme moi qu'il n'y avait pas de robe rouge quand on a fouillé l'armoire...

Marie : - Oui, d'accord, mais qu'est-ce qu'il me dit que ce n'est pas ta frangine qui a trouvé cette robe et ce ballon, quelque part dans la maison ?

Sonia : - Regarde Anouk ! Tu trouves qu'elle a une tête à se promener toute seule dans cette bicoque lugubre ?

Marie :(Après un court silence de réflexion.) - Ouais... Il y a un problème. Je vais rejoindre Justine et Mathieu pour les prévenir.

Marie sort. Sonia revient vers Anouk et Suzon.

Tableau 3

Ailleurs dans la maison, Justine et Mathieu avancent lentement en jouant les agents très spéciaux. Ils éclairent l'endroit de leurs lampes torches.

Mathieu : - Aigle à perruche, Aigle à perruche, r.a.s, je répète : R.A.S…

Justine : - C'est moi la "perruche" ?

Mathieu : - C'est un nom de code. Tous les agents secrets ont un nom de code.

Justine : (Vexée.) - Et il n'y avait pas autre chose que "perruche" en magasin ?

Mathieu : (Agacé.) - Mais t'es lourde comme fille, t'es lourde !

Justine : - Lourde, moi ? C'est moi qui distribue des noms d'oiseaux stupides aux copines peut-être ?

Mathieu : - T'es vieille. Tu sais quoi ? T'es vieille,… Tu raisonnes comme une vieille !

Justine : - C'est ça. Ben, "perruche", ça fait vieille !

Marie apparaît brusquement. Justine et Mathieu hurlent de peur. Justine continue à pousser de petits cris dangoisse pour signifier la franche trouille qu'elle vient d'avoir.

Marie (Voyant Justine dans cet état.) : - Qu'est-ce qu'elle a ?

Mathieu : - C'est rien. Elle pousse des cris de vieille à présent.

Justine : (Enervée à Mathieu.) - Toi, tu parles à ma main OK ? (A Marie.) Et toi, Tu peux pas t'annoncer avant de surgir comme le diable ?

Marie : - Désolée, fallait que je vous prévienne vite. Sonia et moi, on a remarqué qu'il n'y avait pas de robe rouge tout à l'heure dans l'armoire.

Mathieu : - Et alors ?

Marie : - Et alors, d'où elle peut bien venir ?

Justine : - Qui ? Anouk ?

Mathieu : (Sans répondre à Justine.) - Ben, de l'armoire.

Marie (Blasée.) : - Mais non, patate, réfléchis ! Elle ne peut pas venir de l'armoire puisqu'elle n'y était pas tout à l'heure.

Mathieu : - Elle n'était pas où, tout à l'heure ?

Marie : - Dans l'armoire !

Justine : - J'ai rien compris.

Marie : (Impatientée.) - Oh, faites un effort, là !

Soudain de petits rires se font entendre et figent d'effroi les trois amis.

Justine : - Vous avez entendu ce que j'ai entendu ?

Marie : - J'ai entendu.

Mathieu :(Visiblement inquiet.) - Vous êtes certains d'avoir entendu ce que vous avez entendu ? Parce que moi, je ne suis plus sûr de rien.

Les petits rires se font entendre une nouvelle fois, suivis des mouvements de silhouettes qui se déplacent dans l'obscurité.

Justine : - Vous avez vu ce que j'ai vu ?

Marie : - J'ai vu.

Mathieu : - Sommes-nous certains d'avoir vu ce que nous avons

vu ? Parce que moi...

Marie : - Boucle-là, Mathieu, boucle-là...

Les trois jeunes reprennent leur souffle. Derrière Mathieu qui n'a rien vu, apparaît la silhouette de la fille en rouge. Marie et Justine, se détournant de l'endroit qu'elles scrutaient, se tournent vers Mathieu et aperçoivent la silhouette spectrale se rapprocher de lui. Pétrifiés, incapables de prononcer un mot, elles tentent, par des gestes confus, de prévenir Mathieu qui samuse du comportement de ses deux amies.

Mathieu : - Ben quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Vous en faites des trombines !... Bon, c'est pas fini votre bougeotte, là ? Si vous vous fichez de moi... (Mathieu comprend aux gestes de Justine et Marie qu'il doit se retourner et aperçoit alors la fille en rouge derrière lui.) Et là, je suis censé dire que je vois bien ce que je vois, c'est ça ? (Il hurle et va se cacher derrière Marie.)

Justine : - Toi aussi, on aurait dit une vieille qui hurle après son chat...

Mathieu : - Boucle-la, Justine, boucle-la ! C'est qui elle ?

Marie : - Il n'y a qu'à lui demander... (Au fantôme d'Adelaïde.) Qui es-tu ?

Adelaïde : - Ce n'est pas ma faute... Pas ma faute...

Marie : - De quoi tu parles ? Je ne comprends pas...

Adelaïde : - Elles croient que j'ai fait tout ça... Elles veulent me faire du mal... Mais je n'ai rien fait...

Marie : - Qui veux te faire du mal ?

Mathieu (Doucement à Marie.) : - Qu'est-ce qu'elle veut ?

Marie : - J'en sais rien. Je ne comprends rien à ce qu'elle dit et arrête de me tirer la manche comme ça, tu me fais mal au bras...

Adelaïde :(De plus en plus en colère.) - Dites-leur, dites-leur qu'elles arrêtent ! Je veux les voir... Je veux les voir...

Adelaïde pousse un hurlement glacial et disparaît. Un long silence pendant lequel les enfants ne bougent pas.

Mathieu (Les yeux fermés tout en serrant le tee-shirt de Marie.) : - C'est fini ? Elle est partie ?

Marie :(A Mathieu.) - Veux-tu bien fiche la paix à mon tee-shirt ?

Justine : - C'était qui cette folle ?

Mathieu : - Ouf ! On a vu un fantôme, hein ? C'est ça ?

Composition de l'auteur

Composition de l'auteur

Tableau 4

Dans la chambre, Suzon et Sonia sont toujours au chevet d'Anouk qui s'est endormie.

Sonia : - Bon, elle s'est calmée, je crois...

Suzon : - Qu'est-ce qu'ils font les autres ? Ils en mettent un temps...

Sonia : - A savoir où Marie les a retrouvé. Avec Mathieu et Justine, faut s'attendre à tout.

Soudain de petits rires d'enfants se font entendre.

Suzon: - Tu as entendu ?

Sonia : - Ce sont eux qui reviennent. Ils s'amusent bien, on dirait.

Les rires d'enfants se font plus présents et des silhouettes remuent dans l'obscurité.

Suzon : - Ca, c'est pas eux.

Sonia : - Ah oui ? Et qui veux-tu que ce soit ?

Suzon : - Regarde ! (Elle tend un doigt tremblant vers un coin obscur de la chambre d'où apparaissent les fantômes de Rebecca, Ann, Phoebe et Clarys.)

Sonia : - Dis-moi que je rêve, Suzon. Je vais me pincer et me réveiller; c'est ça ?

Suzon : - Tu pourrais même te couper un bras que ça ne ferait aucune différence. Nous voyons, toutes les deux, la même chose...

Les fantômes se rapprochent des filles. Sonia et Suzon ont un mouvement de recul.

Suzon: - Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous voulez ?

Sonia : - C'est vous qui avez fait peur à ma petite sœur ?

Pour toute réponse, le groupe des filles fantômes font un pas de plus en direction de Suzon et Sonia dont la peur grandit encore.

Suzon : - Arrêtez d'approcher comme ça et répondez !

Sonia :(Bas à Suzon.) - T'as vu leur accoutrement ?

Suzon :(Bas à Sonia.) - J'ai vu... Le même style de robe qu'il y a dans l'armoire.

Le fantôme de Rebecca se détache du groupe et s'avance encore.

Rebecca : - Nous ne voulons pas vous faire de mal, mes sœurs et moi.

Sonia :(Pas rassurée.) - Ah, vous êtes sœurs ? Génial... (Bas à Suzon.) Ne me dis pas que je suis en train discuter avec un fantôme...

Suzon :(Pétrifiée.) - Je sais pas... Je peux plus bouger...

Ann :(Qui s'avance comme Rebecca.) - N'ayez pas peur. Nous venons pour vous mettre en garde. Il ne faut pas rester ici...

Phoebe : (Même jeu.) - L'autre va revenir... Elle ne cessera jamais…

Clarys :(Même jeu.) - Elle est dangereuse. Si vous restez ici, elle vous fera ce qu'elle nous a fait ?

Sonia : - Quelle autre ? De qui parlez-vous ?

Les filles fantômes se contentent de lever un doigt pour désigner l'armoire.

Rebecca : - Elle vous fera du mal, comme elle nous en a fait à toutes...

Clarys : - C'est la grande maladie qui les a tous emporté...

Sonia : - La grande maladie ? Je ne comprends pas ce que vous dites...

Ann : - Il est trop tard... Ils reviendront avec les charrettes aux draps blancs... Ils reviennent toujours…

Phoebe : - Nous étions cinq sœurs moins une... Cinq moins une, moins deux... Où sont père et mère ?

Sonia : (En s'avançant.) - Vos parents ? C'est cela ? Vous cherchez vos parents ?

Suzon :(Très tendue à Sonia.) - Non mais qu'est-ce que tu fais ? T'es zinzin ou quoi ? Faut pas t'approcher d'elles ?

Entre temps, Anouk s'était réveillée et s'approche à présent paisiblement du groupe des fantômes. Suzon l'aperçoit et l'interpelle.

Suzon : - Anouk, viens-ici !

Sonia : - Non, laisse-la faire,...

Suzon: - T'es givrée ma pauvre...

Anouk : - C'est pas elles qui m'ont fait peur, Suzon, elles, elles sont gentilles...

Rebecca : - Tu veux jouer avec nous ?

Anouk: - Oui, je veux bien...

Suzon :(En s'avançant pour empêcher Anouk.) - Non, Anouk, reste-ici...

Sonia :(Retenant Suzon.) - Laisse-là faire, je te dis !

Suzon :(A Sonia.) - Mais t'es une grande malade, toi ! Tu vas laisser ta sœur jouer avec... Avec des...

Sonia : - Tu ne comprends pas ? Elle a le lien...

Suzon: - Le lien ? Késako, le lien ? T'es trop zarbi Sonia, tu me fais peur, là...

Sonia : - Ca veut dire qu'elle peut entrer plus facilement en communication avec les esprits que nous... Je crois que j'ai compris...

Suzon : - Ah, oui ? Et qu'est-ce que tu as compris ?

Sonia : - Anouk est medium...

Suzon: - Non mais, vous êtes malades dans la famille, ou quoi... ?

Sonia met un terme à la parole de Suzon en lui désignant les fantômes d'un signe de tête.

Anouk : - Elle est partie, l'autre, avec la robe en rouge ?

Clarys : - Chut ! Il ne faut pas parler d'elle...

Ann : - Il ne faut jamais prononcer son nom...

Phoebe : - Sinon, elle viendra jusqu'à nous et tout recommencera...

Sonia : - Anouk, demande-leur de quoi elles parlent ?

Anouk : - Qu'est-ce qui recommencera ?

Rebecca : - Le jour où tout à commencé... Il faut s'en débarrasser, il le faut...

Sans un mot, Anouk se dirige vers l'armoire et décroche la robe rouge qu'elle prend avec elle. Le groupe de fantômes entourent Anouk puis disparaît lentement dans l'obscurité. Presque au même instant, Justine, Mathieu et Marie entrent dans la pièce en surveillant leurs arrières. Lorsque Justine se retourne et aperçoit Anouk avec la robe rouge, elle sursaute et se met à pousser de petits cris de surprises.

Mathieu : - Ca y est, elle recommence avec ses cris de vieilles !

Justine : - Oh, ça va, lâche-moi ! Elle m'a fait peur avec cette robe...

Marie :(A Suzon et Sonia.) - Ben, vous en faites une drôle de tête...

Suzon : - Quand on va vous raconter ce qui nous est arrivé, vous en ferez une drôle aussi...

Mathieu : - Et quand, on va vous dire contre qui on s'est battu...

Justine :(Moqueuse.) - "Contre qui on s'est battu" ? Non mais écoutez-le l'autre. Il va plutôt vous raconter comment il s'est caché derrière Marie, oui...

Mathieu : - Je te permets pas, bouffonne va !

Marie : - Ca va tous les deux, vous êtes deux froussards, un point c'est tout. (Se tournant vers les autres filles.) Alors ? Qu'est-ce qui s'est passé?

Sonia : - Asseyez-vous, on va vous raconter tout ça...

Tableau 5

Les enfants sont installés autour de Sonia et Anouk qui finissent de raconter leur rencontre avec les fantômes.

Sonia : - ...Et c'est comme ça que nous avons pu entrer en contact avec les esprits de la maison...

Justine : - C'est totalement flippant ton histoire, Sonia.

Anouk : - Moi, je n'ai plus peur des filles fantômes. Sauf celle qui est en rouge, elle, elle est effrayante...

Marie : - Ou alors, c'est nous qui voulons bien la voir effrayante...

Mathieu : - Heu, tout à l'heure, je ne lui aurai pas donné mon numéro de portable à celle-là !

Marie : - C'est vrai. Regarde, maintenant qu'Anouk sait qui elles sont, elle a beaucoup moins peur...

Soudain, la voix d'une enfant chantant une contine se fait entendre dans la chambre.

Justine : - C'est quoi ça ? Elles chantent à présent ?

Anouk:(Effrayée.) - C'est elle... Ce ne sont pas les autres... C'est celle en rouge...

Une course poursuite terrifiante s'engage entre les jeunes et la fille en rouge... Soudain, le spectre s'arrête devant l'armoire et la désigne du doigt en fixant les enfants avec un air désemparé et suppliant.

Adelaide : - Ils sont venus, lorsque le grand sommeil a fermé mes paupières. Ils sont venus et je les ai vu m’emmener loin de chez moi… Maman, Papa, ne pleurez pas, je suis encore là, avec vous… La forêt était grise et triste. La neige fondait par endroit. Et le bruit des sabots, de la respiration forte des chevaux qui avancent… Ne pleurez pas, je suis toujours là… (Elle disparaît.)

Mathieu :(Les yeux fermés, accroché au dos de Marie.) - Ca y est ? Elle est partie ?

Marie :(Blasée et agacée à Mathieu.) : - C'est une manie chez toi ou dois-je comprendre que tu ressens un profond attachement pour ma personne ?

Mathieu : (Gêné, il corrige son attitude.) - Beuh, non, c'est nul... Qu'est-ce tu vas chercher ? C'est l'autre, là, qui me fiche la trouille avec tout ce rouge... (A Justine en apercevant le sourire moqueur et satisfait qu'elle affiche.) Qu'est-ce que t'as, toi ? Tu veux mon selfie ?

Justine:(Un sourire en coin.) - Non, non, sans façon. Il y a assez de créatures étranges par ici...

Suzon :(Criant soudain.) - L'armoire !

Justine :(A Suzon après avoir sursauté.) - Ca va pas la tête ? J'ai failli avoir une crise cardiaque !

Mathieu : (Goguenard.) - Hé, hé, elle a sursauté...

Justine :(Sèchement.) - Boucle-là, toi !

Marie :(Plus sèche et plus fort.) - Arrêtez tous les deux ! (Puis calmée à Suzon.) Et toi ? On peut savoir pourquoi tu hurles comme ça ?

Suzon:(Très excitée.) - L'armoire, elle nous a montré l'armoire avant de disparaître. (Ouvrant le meuble et commençant à fouiller.) Là, il y a quelque chose que j'avais repéré tout à l'heure mais auquel je n'ai prêté aucune attention. (Elle se retourne et porte dans les mains un énorme ouvrage.)

Anouk: - C'est quoi ? Un livre ?

Suzon: - Mieux que ça, l'album de famille...

Suzon s'installe au sol et ouvre le grand album. Les autres, curieux, l'entourent pour mieux voir l'ouvrage.

Sonia: - Regarde ! Ce sont les filles fantômes, ici. Elles faisaient bien partie de la même famille en fait. Il y a même la fille en rouge, là, elle a l'air plus jeune que les autres...

Marie : - Et là, il y a un poème écrit. Ecoutez ça : "La première est Rebecca et la plus âgée...

Rebecca apparaît derrière le groupe d'enfants et poursuit la lecture du poème.

Rebecca:

"...Premier rayon de soleil, la vie rassasiée,

Par ton doux visage où scintillent deux diadèmes

Tu ouvris le chemin de nos cœurs anathèmes.

Anouk:(Poursuivant la lecture.) - La seconde s'appelle Ann...

Ann :(Même jeu que Rebecca.) - ... et la grâce incarnée.

Sage, sensible, O que tes premiers cris poussés

Furent semblables aux chants des nuées angéliques,

Du bonheur, des secrets, séraphine magique.

Suzon:(Poursuivant la lecture.) - La troisième est Phoebe,...

Phoebe: (Même jeu qu'Ann.) - ...douce, drôle et ravie,

Pétillante et jolie, belle étoile de la vie.

Un éclair de génie, un écrin de bonté,

Soleil de notre vie, existence éclairée.

Sonia :(Poursuivant la lecture.) - Clarys est quatrième...

Clarys :(Même jeu que Phoebe.) - ...et la plus décidée.

De sa vraie joie de vivre, elle nous a honoré.

Curieuse et maline, tes rires enchanteurs

Ont vaincu bien des larmes et combien de malheurs.

Sonia: Et ici, regardez, il y a un cinquième poème mais il est presque illisible comme si on avait voulu l'effacer.

Dans un coin de la scène apparaît Adelaïde que ces sœurs fixent d’un regard sans expression.

Adelaide : - "Adelaïde est notre dernier vœux d'amour.

Sensible et romantique, horizon des beaux jours.

Une nouvelle aurore au large des écumes

Une vague d'amour, un parfum que l'on hume...

Marie: - Ca me rend toute triste. C’est tellement beau. Leur mère était très douée en poésie. Leurs parents devaient beaucoup les aimer.

Sonia : - Et là, dans la pochette de l'album, on dirait un journal intime.

Mathieu : - C'est la même écriture...

Justine : - Montre, ma sœur en tient un, c'est là qu'elle marque tous ces secrets, il y a peut être quelque chose d'intéressant... (Elle feuillète un instant le carnet puis s'exclame soudain.) Ah, ben, je comprends mieux ! Ecoutez ça ! La région a été la proie d'une terrible épidémie qui a fait de nombreuses victimes et cette famille a été touchée comme les autres... (Soudain plus grave.) Toutes ces filles ont été atteintes par la maladie, leurs parents aussi, pas un n'a réchappé...

Marie :(Qui regardait le journal par-dessus l'épaule de Justin.) - Et là, regarde, la première à avoir été contaminée, c'est... Mon dieu, j'ai tout compris... Voilà pourquoi leurs fantômes agissent ainsi...

Suzon: - C'est à dire...

Marie : - La première à avoir contracté le virus, c'est Adelaïde. Vous en concluez donc ?

Sonia : - Que ses sœurs lui en veulent, elles sont en colère contre elle et la tiennent même pour responsable de leur disparition.

Mathieu : - C'est totalement injuste, ça, c'est pas de sa faute. La maladie s'en prend à tout le monde…

Sonia: - A l'époque, la science n'expliquait pas tout et on tenait souvent pour responsable, le mauvais coup du sort, une malédiction ou quelque chose dans le genre...

Suzon: - Et regardez cette photo sur l'album, c'est Adelaïde sur son lit, dans sa chambre, entourée de ses sœurs, ses parents.

Anouk: - Elle avait déjà l'air très malade... Et elle porte la robe rouge...

Sonia :(Soudain très vive.) : - Elle porte la robe rouge ? (Plus fort.) Elle porte la robe rouge ? (Dansant.) Ma sœur est géniale ! (Prenant Anouk dans ses bras et la faisant tournoyer.) Tu es géniale, ma sœur !

Mathieu : - Qu'est-ce qu'elle a ?

Justine: - Elle est devenue cinglée. Et ouais, avec les fantômes faut pas s'attendre à autre chose... Tu perds la raison et puis, voilà, tu deviens complètement cinglée…

Mathieu : - Tu sais quoi ? T’es vraiment vieille, Justine, tu raisonnes vraiment comme un vieille…

Justine hausse les épaules et se détourne. Les enfants poursuivent l’exploration du journal et de l’album.

Tableau 6

Ailleurs dans la maison, Adelaïde est alitée comme dernier jour de son agonie. Tout autour de son lit, ses sœurs, présentes, lui tiennent la main, l'entourent, une a posée sa tête sur ses jambes.

Adelaïde : - Où sont père et mère ?

Clarys : - Ils sont là, Adelaïde, ils sont avec nous. Ils seront toujours avec nous.

Adelaïde : - Je ne vois rien. Les ténèbres ont rempli mon cœur fatigué.

Rebecca : - Tu restes avec nous, dis. Hein ? Tu vas rester avec nous ?

Adelaïde : - Je resterai toujours avec vous. Mère dit que le paradis est un endroit merveilleux où l'on peut voir pour l'éternité tous ceux que l'on a aimé et que l'on aime encore ?

Phoebe : - Mère est malade aussi à présent. Père est désespéré. Que ferons-nous ?

Adelaïde : - Vous devez être fortes. Vous serez fortes. Mes sœurs sont les plus fortes.

Ann : - Toi aussi, tu dois être forte, Adelaïde, tout comme nous. Tu le dois. Tu ne peux pas nous laisser...

Adelaïde : - Tiens ? Comme c'est beau. La nuit ne fait pas le même bruit qu'avant. La nuit est plus douce. Elle est plus chaude....

Tableau 7

Un peu plus tard dans la nuit, les jeunes entourent la robe rouge et l’album disposés devant eux.

Sonia : - …Voilà pourquoi je crois que la meilleure solution est de brûler la robe ainsi que l’album photo.

Justine : - Et si ça les fiche en colère plutôt qu’autre chose.

Suzon: - Moi, si j’avais d’aussi mauvais souvenirs, j’aimerais bien aussi qu’on les efface de ma mémoire.

Sonia : - Bon, qui se dévoue pour aller jusqu’à la cheminée du grand salon ?

Tous les enfants piquent du nez sauf Anouk qui se redresse et tend ses deux bras à Sonia.

Anouk : - Je vais aller brûler la robe et l'album.

Marie : - Anouk ? Tu n'y penses pas ? Tu es trop jeune pour jouer avec le feu.

Anouk : - On dirait ma mère et tu n'es pas ma mère...

Justine: - Et après c'est moi qu'on traite de vieille...

Suzon : - Vieux ou pas, Anouk, ce n'est pas à toi d'y aller...

Sonia : - Et pourtant je crois bien que c'est la seule qui pourra s'y rendre sans crainte. (A Anouk.) Approche. Dis-moi, petite sœur, es-tu certaine d'avoir tout compris à cette histoire ?

Anouk : - Je crois. Je m'en fiche qu'elles soient des fantômes. Elles sont tristes de ne pas avoir leurs parents. Alors que nous, nous avons les nôtres. Et puis Adelaïde souffre et elle ne mérite pas de souffrir.

Sonia : - Tu parles bien petite sœur et tu as tout compris. (Elle lui tend l'album et la robe.) Tiens, tu sais ce qu'il te reste à faire à présent.

Anouk se saisit de la robe et de l'album puis commence à s'éloigner du groupe. Adelaïde réapparaît et fait face à Anouk qui ne montre aucun signe de frayeur. La fille en rouge pose doucement sa main spectrale sur l'épaule de la jeune fille. Elles sortent. Marie remarque que Suzon s'est détournée pour cacher quelques larmes.

Marie : - Suzon ? Ca ne va pas ?

Suzon : - Si, si. Une émotion passagère, c'est tout. Je me dis simplement qu'Anouk a de la chance de pouvoir affronter ses propres peurs.

Mathieu : - Nous pourrons dire que nous les avons tous affronté si tu veux mon avis.

Sonia : - On ne dira rien du tout, à personne, sur ce qui s'est passé ici. Et de toute façon personne ne nous croira. Tout le monde est d'accord ?

Les enfants se regardent longuement et s'adressent mutuellement un signe de tête. Anouk est de retour.

Anouk : - Voilà, c'est fait.

Justine : - Et comment va-t-on savoir que ça a marché ?

Les fantômes de Rebecca, Ann, Phoebe et Clarys apparaissent.

Sonia : - Je crois que nous allons le savoir de suite.

Les jeunes ont encore un léger mouvement de recul en apercevant les filles spectrales lorsqu'Adelaïde apparaît à son tour vêtue d'une robe identique à ses sœurs. Ses dernières entourent la cadette et la prennent dans leurs bras avant de se retourner, d'adresser un sourire aux enfants médusés et de disparaître pour de bon.

Tableau 8

Les jeunes sont endormis dans la chambre. C'est l'aube. La tempête et la pluie ont fait place à un soleil radieux et aux gazouillis des oiseaux. Justine est la première à se réveiller et se diriger à l'extérieur puis elle revient tout aussitôt.

Justine : - Allez, tout le monde debout. Le soleil est levé et nous pouvons repartir chez nous ! (En secouant Mathieu.) Allez, vieux pépère, bouge ton corps et vient m'aider à replier tout ça.

Mathieu : - Non mais, c'est moi que tu traites de vieux pépère, attend voir toi...

Mathieu et Justine sortent en riant.

Suzon : - Ces deux là, on ne les changera jamais. Bon, les filles, moi, je prends mon sac de couchage et je vous attends dehors... (Elle sort.)

Marie : - Attends ! J'arrive, je viens avec toi... (Elle saisit rapidement ses affaires et sort.)

Anouk et Sonia prennent le temps de replier leurs sacs de couchage. Anouk est la première à avoir fini et à attendre sa sœur.

Sonia : - Ne m'attends pas, Anouk. Va rejoindre les autres. J'arrive.

Anouk : - Dis-moi Sonia, tout ça n'était peut être qu'un rêve, tu ne crois pas ?

Sonia : - Peut être. Qui sait...

Anouk sort et laisse Sonia seule dans la chambre vide. Sonia, debout au centre de la pièce, laisse parcourir son regard sur le décor délabré. On entend soudain des rires d'enfants joyeux qui jouent et qui appellent distinctement : "Maman ! Papa !"

Sonia : (Souriante.) - Oui, sans doute un très joli rêve... (Elle sort.)

Noir

 

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