L'ENFANT DONT PERSONNE NE VOULAIT - Le décalogue terrifiant

Publié le par Gianmarco Toto

L'ENFANT DONT PERSONNE NE VOULAIT - Le décalogue terrifiant

« - Je dois tout de même vous prévenir que Gary est un enfant très spécial, fit l’assistante sociale en remontant ses lunettes sur l’arrête de son nez aquilin. »

Lisbeth et John s’adressèrent un instant un regard d’incompréhension. Tous deux espéraient tant adopter un enfant pour lequel ils avaient déployé des efforts plus que conséquents.

- Que voulez-vous dire, demanda Lisbeth avec une légère inquiétude.

- Gary est un enfant atteint d’une hyperactivité peu commune, poursuivit l’assistante d’adoption.

- Oui, vous nous en aviez déjà parlé et nous vous avons précisé, mon épouse et moi-même, que cela ne nous posait aucun problème, précisa John. Nous sommes enseignants tous les deux et avons l'habitude de nous occuper d’enfants particuliers…

- Oui, j’en suis consciente et c’est pour cette raison que je vous propose de vous confier Gary. Mais je vous rappelle que bon nombre de parents adoptifs ont décliné la garde de cet enfant pour la raison que je viens de vous exposer. Je tiens simplement à vérifier que vous ne reviendrez pas sur votre décision, précisa l’assistante. Vous comprenez, nous ne sommes pas certains que Gary supporte une fois de plus un rejet. Nous souhaitons, pour son équilibre, éviter à l’avenir ce genre de situation.

Lisbeth et John insistèrent, tant leur désir d’être parents était plus fort que tout. Gary leur fut présenté et, à la veille des fêtes de Noël, l’enfant fut accueilli dans la demeure du couple. Tout était prêt afin de recevoir agréablement Gary. Sa chambre était soigneusement décorée. Au pied du sapin, des cadeaux l’attendaient. Le garçon ne se fit pas prier pour les ouvrir un à un avec une fébrilité qui ne pouvait attendre le matin de Noël. Trop heureux de sa présence, Lisbeth et John ne lui en tinrent pas rigueur. Une collection de beaux soldats de plomb et un tambour avaient suffit à ravir Gary dont les goûts en matière de jouets paraissaient simples. La veillée fut magique pour les nouveaux parents et chacun, gagné par la fatigue, regagna sa chambre avec l’espoir d’un bonheur à venir plein de promesses.

Trois heures du matin. Lisbeth fut réveillée la première par un bruit de tambour qui provenait de la chambre de Gary. La nouvelle maman n'en fut pas contrariée. Elle pensait qu’un enfant qui s''amusait en cachette avec ses nouveaux jouets, même en pleine nuit, était bon signe. Elle chaussa ses mules et s’avança dans le petit corridor jusqu’à la porte de la chambre du fils adoptif. Elle colla son oreille contre la paroi et sourit en entendant les petits rires de Gary. A présent, il fallait ouvrir cette porte et, enfin, mettre en pratique son nouveau rôle de maman qu’elle avait tant espéré. Mais lorsqu’elle pénétra dans la pièce, frayeur et incompréhension furent son lot. Gary, les yeux encore endormis, assis sur son lit, frappait des mains. A ses côtés, le tambour jouait seul, ses baguettes manipulées par des mains visibles et au sol, les soldats de plombs, animés d’une vie propre, marchaient au pas cadencé. Lisbeth resta sans voix et John, qui avait fini par la rejoindre, attira sa femme à lui et referma la porte. Cet incident aurait pu être oublié s’il n’avait été unique mais d’autres phénomènes du même genre se reproduisirent en présence du garçon. Lisbeth et John étaient de fervents catholiques. Ils conclurent très rapidement que le garçon était la proie du malin et reprochèrent à l’assistante d’adoption d’avoir omis volontairement de leur donner cette précision. La dame du service des adoptions, déçue, leur proposa de lui ramener l’enfant mais lorsque Lisbeth et John revinrent chez eux, la voisine à qui il l’avait confiée pendant leur absence leur annonça que Gary restait introuvable. L’enfant dont personne ne voulait avait décidé de disparaître car qui donc en ce monde aurait été capable de lui offrir ce qu’il attendait vraiment de l’existence : de l’amour, un simple amour dénué de préjugés sur sa différence et les dons extraordinaires que la nature lui avait offerts.

CHANT DE L’INVISIBLE

 

L’invisible est partout mais personne n’y croit.

Inspirant la muse du poète ici bas,

Il défie les grands cerveaux les plus rationnels

Ou inspire la foi, devient un don du ciel.

Si souvent méprisé, décrié et moqué,

Il est craint tout le temps par cette société

Où la raison prévaut à l’imagination,

Où est traité de fou celui qui loue son nom.

Mais certains le côtoient chaque jour et le voient.

Ils sont fort répudiés, du diable, sont les proies.

Puis marginalisés, ils sont vite écartés,

N’ont plus droit au bonheur et sont sitôt chassés.

Pourtant il est un don qui demeure intangible,

Qui défie le concret, touche les cœurs sensibles.

L’amour, beau sentiment, se suffit à lui-même,

Soigne les apparences et la beauté qu’il sème.

Nous l’espérons si fort, louons ses vraies promesses.

Pour lui, nous ferions tout, jusqu’à dire cent messes.

C’est étrange, ma foi, d’espérer ce fantôme,

Et quelle hypocrisie un tel désir des hommes,

Qui nait en notre cœur, élève notre esprit.

L’amour est invisible et nul ne s’en soucie.

Publié dans Nouvelles

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