EPIDEMIE DE COLÈRE - Le décalogue terrifiant

Publié le par Gianmarco Toto

EPIDEMIE DE COLÈRE - Le décalogue terrifiant

Le Dr Oliver Zach arpentait fébrilement son bureau. Soudain la porte s’entrouvrit et laissa apparaître le visage sympathique de Titus Harper, le célèbre journaliste des chroniques à scandale et autres complots secrets.

- Dr Zach ? Titus Harper. Enchanté, fit le reporter dynamique en adressant une franche poignée de main au chercheur.

- Monsieur Harper, asseyez-vous. Passons-nous des mondanités d’usage, si vous le permettez, car nous avons peu de temps.

- Je vous en prie docteur. Il m’a semblé, en effet, lors de notre conversation téléphonique, hier, que la situation était plutôt urgente.

- « Urgente » n’est pas, hélas, le mot approprié en ce moment. Ma récente découverte concerne le sort du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui mais qui pourrait à l’avenir changer radicalement de visage, ajouta l’éminent scientifique en manipulant nerveusement un coupe-papier.

-  Allons bon, docteur, ne me faites plus languir. De quoi s’agit-il ?

Zach eut un instant de retenue avant de se lever et d’inviter le journaliste à le suivre dans son laboratoire de recherche. Le docteur resta étrangement silencieux jusqu’à ce que les deux hommes prirent place devant une enfilade de baies vitrées occultées par de robustes stores en acier.

- Avez-vous consulté le dossier que je vous ai fait parvenir sur cette épidémie survenue dans les années 20, monsieur Harper ?

- Je l’ai lu, en effet. Etrange tout de même cette histoire d’encéphalite qui n’a sévit que quelques mois avant de disparaître de façon si soudaine. Elle a été surnommé la « maladie du zombie », si je me souviens bien.

- Et ce n’est pas pour rien qu’elle fut appelée ainsi. Les patients perdaient toutes notions d’équilibre, de contrôle de leurs mouvements, tournoyaient sur eux-mêmes, entraient dans des phases de léthargies profondes. Bref, aucun de mes prédécesseurs n’a pu trouver un remède à cette pathologie peu ordinaire.

- Ni l’origine, si j’ai bien compris le contenu de votre rapport. Depuis, bien évidemment, j’imagine que le mystère reste entier.

- Au contraire. J’ai pu réunir les derniers patients atteints de ce mal. On les avait simplement placé en hôpital psychiatrique sans pousser plus loin les recherches. Grâce aux moyens scientifiques actuels, j’ai pu préciser mes investigations et j’étais sur le point de trouver un remède en m’inspirant de mes recherches sur la maladie de « Parkinson ».

- Vous étiez sur le point ? insista Harper.

- Attendez, je n’ai pas fini, coupa Zach en se tournant vers les baies vitrées. J’étais sur le point de trouver une solution lorsque les symptômes de cette maladie ont pris une tournure toute différente. Les virus sont comme tous les êtres vivants de la planète. Ils suivent une courbe d’évolution dont les facteurs de croissance diffèrent selon les organismes. Vous allez pouvoir juger par vous-même. Je vous rassure tout de suite, ces baies vitrées sont en verre sécurit, vous n’aurez rien à craindre, fit le docteur en appuyant sur la touche d’un boîtier mural.

Dans une vibration sourde, les lourds rideaux d’acier se levèrent sur une salle parfaitement close et capitonnée du sol au plafond. A l’intérieur, une vingtaine de personnes, âge et sexe confondus, dansaient, jouaient, riaient ou parlaient comme des enfants sur un terrain de jeu.

- Qu’est-ce que ça signifie, docteur ? Vous vous moquez de moi ? Ces gens ont l’air parfaitement sains. Certes apparemment plus fantaisistes que la moyenne, voire un peu simplets pourrait-on dire mais en parfaite santé, fit le journaliste impatient.

- Vous l’avez dit vous-même. L'impression de bonheur qu’affichent ces personnes n’est qu’une apparence, monsieur Harper. C’est un état latent de démence, une sorte d’euphorie qui dissimule la vraie nature de la pathologie. Il suffit d’un mot, d’une attitude, d’une émotion opposée, un stress très fort et perceptible, pour que ces gens deviennent de véritables monstres assoiffés de haine, de sang et de chair humaine.

- Que me contez-vous là ? C’est du délire, enfin…

- Monsieur Harper, vous n’imaginez tout de même pas que je vous ai fait venir pour perdre mon temps à vous déblatérer de grossières plaisanteries. J’ai préparé une petite expérience à votre intention. Une démonstration qui se passera de toute explication trop technique. Vous êtes journaliste et ce dont à besoin un journaliste ce sont des faits. Observez les panneaux au fond la cellule. Ils dissimulent une seconde cage sécurisée dans laquelle se trouve un autre de mes patients, atteint, lui, d’une simple schizophrénie compulsive. Pour faire simple, cette personne est dans un état permanent de colère et de rage. Je vais à présent ouvrir les panneaux et je vous demande d’observer avec attention le résultat.

Le Dr Zach fit coulisser les dits panneaux qui dévoilèrent des barreaux derrière lesquels s’agitait un homme en proie à un violent stress. Il ne fallut que quelques instants pour que les patients de la cellule commune se figent dans une léthargie totale. La joie et la bonne humeur qui s’affichaient sur leurs visages, il y a encore une minute, firent place à une rage sanguinaire sans nom. La vingtaine de personnes se jeta sur la cage du patient isolé avec une férocité rare. Titus Harper blêmit et fit quelques pas en arrière avant que le Dr Zach ne referme les rideaux d’acier sur les baies vitrées.

- Qu’est-ce qui leur prend ? demanda le journaliste qui n’en revenait toujours pas.

- Ils sont sensibles à la colère, la frustration, le stress ambiant. Je n’arrive toujours pas à expliquer ce curieux phénomène mais j’ai pu découvrir que cette épidémie était redoutablement contagieuse. D’où ce confinement forcé dans lequel se trouve ces gens. Et si le patient en cage n’avait pas été protégé par des barreaux, croyez-moi, cette horde bestiale l’aurait mis en pièce comme le feraient des prédateurs sans pitié. Dans ce cas, il vaut mieux que la victime passe de vie à trépas. Une seule morsure de contaminé et en moins de cinq minutes vous commencez à ressentir les effets de la maladie, en dix vous entrez inconsciemment dans un état euphorique maladif sensible. La suite : vous avez pu constater par vous-même.

- C’est terrifiant, docteur… Je ne trouve pas les mots… Et qu’attendez-vous de moi ? balbutia le journaliste.

- Il faut absolument informer l’opinion publique. Alerter vos confrères, les gens, les autorités, en leur faisant une description très précise des symptômes afin que les services sanitaires puissent intervenir le plus rapidement possible en cas d’alerte. Je vous laisse imaginer ce qui pourrait bien se passer si cette épidémie venait à se répandre…

Soudain, la sirène d’urgence du laboratoire se mit à hurler dans le bâtiment. Zach se précipita vers un intercom.

- Ici, le Dr Zach. Sécurité, que se passe-t-il ?

Dans un concert chaotique de cris et de voix, l’homme à l’autre bout de l’intercom tentait d’informer le chercheur.

- C’est le patient zéro… Nous n’avons pas remarqué de suite… Il a été mordu à la main par un des contaminés… A travers les barreaux de sa cellule… Evacuez les lieux… Zone… Quarantaine… Non, non, arrêtez-le… Arrêtez…

Un cri atroce retentit dans le haut parleur de l’intercom avant que ce dernier ne laisse place à un grésillement lugubre. Zach et Harper se dévisagèrent sans un mot. Au loin, dans les couloirs du centre de recherche, les clameurs d'épouvante faisaient progressivement place à des hurlements de rage qui s’intensifiaient peu à peu. Le monde ne serait plus le même. La colère maladive des hommes allait se retourner contre eux. Il fallait d’hors et déjà se préparer à cette effroyable réalité.

CHANT DE LA HORDE

Mon ami, entends-tu la horde gémissante

Des hommes léthargiques à l’allure effrayante.

En gémissements sourds, ils arpentent la route

Rien ne peut les stopper, la ville est en déroute.

Des plus jeunes au plus vieux, nous sommes la pitance

De ces monstres affamés, dont tu entends la danse.

Ils titubent en marchant, le corps bien mutilé

Par ceux qui les ont pris, qui les ont embrassé.

Aucune vie ne coule au creux de leurs artères.

Ils se trainent debout, rampent aussi par terre.

On les pense affaiblit, on les croit maladroits

Dès que leurs yeux s’allument, on ressent cet effroi.

Dans des plaintes atrophiées, ils avancent plus vite

Car l’odeur du sang frais, les rend fous, les excite.

Mon ami, entends-tu la horde trépidante

Des zombies sanguinaires, des rois de l’épouvante.

Publié dans Nouvelles

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