DANS L'OMBRE - Le décalogue terrifiant

Publié le par Gianmarco Toto

DANS L'OMBRE - Le décalogue terrifiant

Mes parents avaient loué une maison de campagne pour les vacances. Nous vivions en appartement toute l’année. L’idée d’avoir une demeure à nous pour un long mois nous réjouissait. Après quelques heures de route et deux ou trois demi-tours afin de trouver notre chemin, nous arrivâmes aux abords de la propriété. Elle avait un grand jardin, à l’étage trois chambres et une salle de bains. Au rez-de-chaussée, il y avait le salon, la salle à manger et la cuisine d’où descendait un escalier qui conduisait à un cellier. La première soirée, ma mère nous prépara un copieux diner afin de nous remettre de ce long voyage. La nuit, nous eûmes tous du mal à trouver le sommeil tant nous étions habitués aux bruits de fond de la vie urbaine. Il ne nous fallut que quelques jours pour nous habituer au silence de la campagne. Les vacances allaient enfin devenir réparatrices pour tout le monde. Le calme et la tranquillité ont régné ainsi pendant une semaine mais le huitième jour, un étrange phénomène commença à perturber nos nuits. Une odeur insoutenable de viande avariée envahissait toute la maison et devenait de plus en plus forte. Mon père crut qu’un animal mort trainait dans le jardin à proximité, ce qui pouvait expliquer ces effluves pestilentiels. Mais le lendemain, au lever du jour, l’odeur avait totalement disparu et nous ne trouvâmes aucune dépouille en décomposition dans les environs. La nuit suivante, la puanteur revint, plus forte et plus nauséabonde que la veille. N’y tenant plus, mon père sortit une nouvelle fois dans le jardin pour inspecter les alentours tandis que nous rejoignîmes la cuisine avec notre mère. Elle constata alors que l’écoeurante pestilence remontait du cellier. Au même moment, mon père revenait une nouvelle fois bredouille du jardin. Ma mère commençait à descendre les marches du cellier, mais elle en fut vite découragée tant l’odeur devenait insoutenable à mesure qu’elle se rapprochait du sous-sol. Mon père eut l’idée de recouvrir leurs nez et leurs lèvres d’un torchon badigeonné d’huiles essentielles parfumées. Ils nous ordonnèrent de rester en cuisine et ainsi grimés tels des gangsters, ils entamèrent leur descente vers le cellier. Pendant quelques instants qui furent interminables, ma sœur et moi gardions les yeux rivés sur l’ouverture sombre et béante de l’inquiétante pièce. C’est alors que nous vîmes surgir de cette dernière nos parents totalement affolés. Ils s’empressèrent de verrouiller la porte du cellier derrière eux. Ma mère ordonna à mon père d’appeler immédiatement la police, puis retira le bandeau de son visage. Elle avait du mal à retrouver sa respiration. Son visage était blême et ses yeux plein d’effroi. Elle nous obligea à rester au salon en attendant l’arrivée de la police. Une heure plus tard, deux inspecteurs déboulèrent dans la maison. Mes parents leurs indiquèrent qu’un homme se trouvait dans le cellier, qu’ils ne savaient pas comment celui-ci avait réussi à s’introduire dans la maison car ils étaient certains d’avoir verrouillés portes et fenêtres. Les deux inspecteurs descendirent jusqu’à la cave. Etrangement l’odeur était moins forte qu’auparavant. Ils déverrouillèrent la porte et s’introduisirent en force dans la sombre pièce non sans avoir omis d’annoncer vivement leur arrivée. L’éventuel intrus qui se dissimulait dans la maison n’avait aucune chance de leur échapper. Après un long moment, les deux hommes remontèrent bredouilles et très déconcertés. Ils affirmèrent que le cellier était vide et qu’en plus, aucune issue ne permettait de s’en échapper. Une fois que la police eut quitté les lieux, nos parents nous confiâmes que là, au sous-sol, ils avaient eu la plus grande terreur de leur vie. Au moment où ma mère avait voulu allumer l’unique ampoule de la pièce, celle-ci avait explosé en un éclair. Mon père avait diriger alors le faisceau de sa lampe torche à cet endroit. C’est là qu’ils l'avaient aperçu. Un innconnu se tenait à quatre pattes dans l’ombre du cellier, les habits sales et en lambeaux, des mains griffues, les cheveux emmêlés et des yeux qui, tels des miroirs plein de haine, reflétaient le faisceaux de la lampe torche. Puis l’horrible chose s'était mis à ramper en marche arrière et avait disparu dans l’ombre. C’est à ce moment là que mes parents avaient pris la fuite.

Si vous pensez que tout cela n’est que pure invention, alors sachez que nos parents n’avaient pas pour habitude ne nous conter des histoires à faire peur. Mais eux-mêmes furent si épouvantés qu’ils eurent sans doute, ce soir là, le besoin irrésistible de partager leur frayeur. D’un commun accord, nous décidâmes d’écourter nos vacances. Jusqu’au jour de notre départ, le cellier fut gardé fermé à double tour. Depuis ce temps, lorsque je dois me rendre dans un endroit sombre, sachez que je méfie des coins obscurs car, croyez-le ou non, dans la pénombre de ces endroits, entre un meuble et un autre, entre le sèche-linge et la lessiveuse, que sais-je, dorment des créatures qu’il faut à tout prix éviter d’éveiller.

CHANT DES OMBRES DORMANTES

Au creux des coins obscurs où l’ombre est la maitresse

Existent des chimères nourries aux détresses

De ceux qui trop naïfs croient à une légende.

 

Au creux des coins obscurs observent des yeux morts

Avec pour étincelle un bien funeste sort

Qui vous est réservé. Des êtres qui attendent.

 

Au creux des coins obscurs existent des horreurs

Qui n’espèrent de vous qu’une funeste peur,

D’épouvantables cris à vos lèvres se pendent.

 

Au creux des coins obscurs, gît une ombre dormante

Aux mâchoires acérées, à la haine mordante,

Elle te dévisage et ses muscles se tendent.

Publié dans Nouvelles

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