AU SECOURS ! J'AI RAJEUNI MES PARENTS !

Publié le par Gianmarco Toto

AU SECOURS ! J'AI RAJEUNI MES PARENTS !

Albert marchait d’un pas mesuré, son attention fixée sur la calculatrice de son téléphone portable. Albert n’est pas un adolescent comme les autres. C’est un prodige passionné par les sciences, la chimie, la physique, les mathématiques. Un garçon que ses camarades de classe se plaisent à taquiner en le surnommant « L’intello ». Classique. Cela fait quelques jours que les grandes vacances ont commencé et Albert, dont l’esprit inventif ne se repose que rarement, est en train d’imaginer « La »  solution qui le débarrassera définitivement des raseurs du quartier. Vous vous doutez bien qu’avec la réputation d’ « intello » qu’il traîne depuis la petit école, notre pauvre Albert ne connaît jamais de répit et surtout pas dans le quartier où sévit une marmaille de filles et garçons, tous pleins de bonnes intentions à l’égard du prodige. Une bande de jeunes imbéciles aux idées aussi courtes que leurs shorts, à l’éducation plutôt relative et à la vulgarité aussi pitoyable que les personnages de « reality show » dont ils sont, pour la majeure partie, des fans inconditionnels. Heureusement qu’Albert connait Louisa et Ben. Ils sont ses seuls et uniques amis. Mais pas n’importe quels amis. Certes, ils n’ont pas les dons intellectuels d’Albert mais ils ont des qualités de coeur et de camaraderie qui ne se mesurent pas au nombre de « like » sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, Louisa et Ben sont d’accord avec Albert : il y a quelque chose de pourri dans le quartier. Ça pue le parasite dans tous les recoins et va falloir que ça change car il est hors de question de passer des vacances à supporter les agressions idiotes d’une bande d’agités. Vous l’avez compris, Albert et ses amis sont très en colère et bien décidés à ne pas se laisser faire.

 

Donc, les pensées absorbées par le calcul savant de quelques formules chimiques, sa baguette de pain sous le bras et ses doigts glissant sur l’écran de son smartphone aussi vite qu’un processeur « multi cœurs », notre petit génie ne remarqua pas les trois lascars qui lui barraient volontairement le chemin.

 

- Ah, voilà le savant fou du quartier ! lança Franck. 

- Le nez plongé dans ses formules, ajouta son grand  trublion de pote, le bien nommé « Kevin la combine ».

- Qu’est-ce qu’il nous prépare cette fois-ci ? L’expérience du siècle, la potion magique qui rendra les gens du quartier tous aussi chiens savants que lui ? plaisanta, hilare, le troisième larron, le teigneux Tony aux poings lestes et aux idées courtes. 

- Avec vous ça risque d’être une expérience qui restera au stade de l’hypothèse, lança Albert qui ne se laissait pas impressionner.

 

Avec ces types là, il ne faut jamais montrer qu’on a peur même si la sueur coule dans votre dos et que vous êtes sur le point de vous oublier dans le caleçon. Ils seraient trop contents. Et puis, même si vous savez que vous risquez de passer un sale quart d’heure, il faut vous en remettre à mère fatalité : ils sont toujours plus nombreux que vous et ne vous laisseront aucun chance. 

 

- Laissez-moi passer ! Mes parents m’attendent pour déjeuner ! tenta vainement Albert.

- Ah, mais tu connais la règle, Albert. Et le droit de passage ? objecta Franck en expédiant sur le trottoir un de ses immondes crachats dont lui seul a le répugnant secret.

- La rue est à tout le monde…, balbutia Albert qui sentait la menace empirer.

- Oui l’ « Intello », mais pas pour tout le monde et donc pas pour toi, ajouta Kevin, persuadé d’avoir prononcé la phrase du siècle. 

Si seulement ce grand crétin se contentait de balancer des phrases à deux balles. Mais non, faut toujours qu’il lie le geste à la parole. Et d’un grand coup d’épaule, il envoya Albert par terre pour la plus grande joie de ses copains.

- Ah, je crois que l’ « intello » du quartier vient de faire une nouvelle découverte scientifique, lança Tony avant de rajouter, solennel : « Tout corps qui tombe de haut en bas ce croûte sur le trottoir. ».

 

Et les trois garçons, tout en ricanant, poursuivirent leur chemin sans se préoccuper d’Albert qui s’était redressé pour ramasser son smartphone et sa baguette de pain. S’en était trop. Albert était submergé par la colère et la haine. Il jeta un oeil à son téléphone portable en espérant que les calculs qu’il était en train de réaliser s’affichaient toujours sur l’écran. Et là, se fut la révélation. Eureka. Il venait de trouver la solution à sa formule. Il reprit fébrilement son trajet sans faire cas des moqueries et invectives que lançaient encore au loin Franck, Kevin et Tony. De toute façon, ces trois idiots ne paieraient rien pour attendre. Leur sort allait bientôt se jouer et leur existence devenir un enfer.  

Pour l’instant, c’était le quotidien d’Albert qui était infernal. De retour à la maison, il était tombé sur sa maman chérie, remontée comme une pendule et furieuse de l’état des vêtements de son fiston préféré. Et quand Marijo est furax, elle n’entend pas toujours les suppliques de son génie de garçon. C’est qu’elle a tellement de caractère, Marijo, qu’elle pourrait en revendre à Albert qui, dans ses moments de confrontation avec la lie du quartier, en aurait bien besoin. 

 

- Mais maman, puisque je te dis que c’est à cause de Franck et sa bande…

- Tatata ! Je te connais bien aussi, Albert. Tu n’as pas ta langue dans la poche. Qu’est-ce que tu leur as encore dit pour qu’ils se comportent ainsi ?

- Je te dis que…

- Tatata ! De toute façon, c’est n’importe quoi. Vous êtes tout le temps en train de vous disputer, alors évidemment…

 

Albert ne supportait pas ces « Tatata » qui ponctuaient souvent les débuts de phrase de sa maman lorsque cette dernière n’était résolument pas prête à entendre les arguments de son fils. Albert soupçonnait de sa part un léger sentiment d’infériorité face à l’esprit génial de son rejeton. Et ça, Albert ne le souffrait pas non plus. Il estimait que c’était encore une autre façon de le ranger au statut d’ « Intello ». La mini tempête calmée, Albert s’empressa de contacter son seul et unique ami, Ben. Le seul capable de le comprendre, son unique soutien psychologique, sa « cellule de crise » comme il aimait à l’appeler. 

 

- Docteur Jekyll à Mister Hyde ? Me reçois-tu ? Ben ? Réponds ! Tu fais quoi là ? Je n’entends rien. Il y a de la friture sur ton réseau… 

- Ichi, Michter Hije, che te rechois chinq chur chinq, marmonnait Ben à l’autre bout du fil.

- Ben, qu’est-ce que tu fais ? C’est quoi cette voix pourrie que tu as ? Déplace-toi avec ton smartphone. On capte mal…

- C’est pas ma voix, ni le portable. J’avais de la purée plein la bouche. On est à table avec mes parents, là. C’est l’heure du repas, Albert. Tu sais ce moment que toute famille normale partage trois fois dans la journée. Bon, qu’est-ce que tu veux ? 

- J’suis encore tombé sur les trois brutes. Ils m’ont encore chahuté. 

- C’est pas possible, ces mecs là. Sont pas croyables. Bon et alors, tu as avancé de ton côté ? 

- J’y suis, mon poto, j’y suis presque. La potion sera fin prête tout à l’heure. Encore une ou deux bidouilles et bientôt nous aurons en main le breuvage qui rendra doux comme des agneaux les pires raseurs du coin. 

   - Waouh ! C’est génial, on va enfin pouvoir respirer dans ce quartier. Bon, j’appelle Louisa pour lui dire. 

- Hé, hé, tu lui dis rien pour l’agression et tout ça. Ok ? 

- Compte sur moi, mon p’tit gars. Motus et bouche cousue... 

Assuré de la fidélité de son ami Ben, Albert reposa son smartphone. Ses pensées se tournaient à présent vers Louisa, la deuxième personne sur qui toute sa confiance pouvait se reposer. Albert n’était pas indifférent au charme de la jeune fille mais il se gardait bien de déclarer une flamme qui paraîtrait trop vulgaire à côté de l’amitié qu’il préférait entretenir avec son amie. Et puis, pour un esprit si savant et préoccupé des mystères scientifiques de ce monde, c’était une distraction qu’il ne pouvait pas se permettre. Il y avait plus urgent : finir la potion miracle qui viendrait à bout des imbéciles de ce monde. Tout justement préoccupé qu’il était, Albert n’avait pas remarqué la présence sournoise de Sélène, sa sœur cadette. Et question sournoiserie, la fillette était douée dans son genre. Elle profitait toujours de la distraction d’Albert pour écouter aux portes, fouiller la chambre du garçon, obtenir le moindre renseignement, le moindre potin qui la valoriserait auprès des parents. Lorsqu’il prit la direction de sa chambre, il surprit donc Sélène qui en sortait à petits pas rapides.

- Sélène ! Espèce de vipère ! Tu n’as rien à faire dans ma chambre ! lança Albert en tentant d’attraper sa soeur.

- Tututut ! Pas touche, Mister Hyde, ironisa Sélène. J’ai tout entendu. Je dirai tout aux parents…

Si l’expression compulsive de la maman était « Tatata », celle de sa fille « Tututut », qu’elle plaçait également à tout bout de champs en début de phrase, avait aussi le don d’irriter Albert. Telle mère, telle fille. Même caractère buté, borné et psychorigide.

- Si tu dis un mot aux parents, je te jure que…

- Tututut ! Faisons un marché, ajouta Sélène d’un air supérieur en prenant place dans un des fauteuil du salon. Je ne dis rien aux parents si tu fais mes devoirs d’école pendant un mois…

- Si je t’attrape, tu vas passer un sale quart d’heure et ça sera plus rapide, vociféra Albert dont la colère était à son paroxysme.

Sélène bondit alors vers l’escalier central de la maison en criant en direction des chambres à l’étage.

 

- Maman ! Albert fait rien que m’embêter !

 

Ne voulant pas souffrir un reproche de plus de la part de sa mère, Albert rassura cette dernière à la cantonade tout en fixant d’un regard plein de reproches sa sœur qui quittait la pièce en adressant, à son frère résigné, un pouce vainqueur. Albert détestait cette attitude triomphale qu’affichait Sélène quand celle-ci obtenait gain de cause. Les nerfs en pelote, il passa le reste de la journée enfermé dans sa chambre qui ressemblait plus au laboratoire du Docteur Frankenstein qu’à une piaule classique d’adolescent. 

Ce même après-midi, Louisa prenait le soleil dans le jardin de sa maison familiale tout en feuilletant un roman.

Mais ce grand moment de tranquillité qu’elle adorait s’offrir quand ses parents étaient à leur travail respectif fut vite troublé par le raclement bien reconnaissable des roues du skateboard de Ben. Ce dernier tenta une arrivée tout en « slide » mais fut déséquilibré au moment même où il parvenait au portail de Louisa. En voulant se rattraper, il termina sa figure ratée dans la haie qui encerclait le jardin. La jeune fille ferma ces beaux yeux verts lorsqu’elle entendit le cri de douleur de Ben qui venait d’embrasser les lauriers. 

 

- Quand tu loupes ton « slide », c’est qu’il y a quelque chose qui urge, fit Louisa rassurée de voir la tête de Ben réapparaître sans aucune blessure au milieu du feuillage. 

- Ça y est ! Il l’a fait ! se contenta de lancer Ben à Louisa en lui adressant un sourire féroce.

- Qui ? Albert ? Il a trouvé la formule ? Il est dingue ce garçon.

- Peut être mais avec ça je crois qu’on sera enfin débarrassé de tous les raseurs du quartier.

- Je ne sais pas si c’est très prudent d’en venir là. C’est peut être dangereux. Ça peut empoisonner les gens. Il a fait un test au moins ? 

- Il n’y a aucun risque. Il me l’a confirmé. Et puis quoi, ce n’est pas ce que tu voulais toi aussi ? : trouver une solution sans arme ni violence ?

- Chut ! Parle moins fort ! Quand on parle de raseurs, les raseuses ne sont jamais loin, murmura Louisa en adressant un discret coup de tête en direction d’un groupe de filles qui s’approchait eux.

 

    Les raseuses du quartier, pendant féminin de Franck et sa bande d’imbéciles notoires, se nomment Jeanne, Mélanie et Sonia. Le genre de « Lolitas » qu’on supporte mal dans sa classe ou ailleurs, toujours sûres d’elles, qui prennent l’existence pour une agence de casting et qui possèdent à la place du cerveau, un serveur de « Youtubeuses ». 

 

- Qu’est-ce qui n’a aucun risque ?  De quoi parliez-vous ? demanda Jeanne en arrivant devant le portail de Louisa, la démarche assurée et la main ramenant sa chevelure de blonde (très blonde) au dessus de sa tête. 

- De rien. C’est entre Ben et moi, répondit sèchement Louisa.

- Non mais vous l’entendez celle-là ? : « C’est entre Ben et moi ! ». On n’est pas sourde. On vous entend à l’autre bout de la rue, ajouta Mélanie, l’autre blonde, trop blonde.

- Tu fais des infidélités à Albert ? Il n’est plus ton petit copain ? Questionna sournoisement Sonia : la spécialiste « décolorée » en ragots et médisances de tout poil.  

- N’importe quoi, vous. On est potes, objecta Ben que la planche de Skate commençait à démanger. 

- Pourtant les apparences sont trompeuses. Vous ne trouvez pas les filles ? demanda Sonia.

- Moi, ce qui aiguise ma curiosité c’est qu’ils ont toujours l’air de préparer un mauvais coup, fit Jeanne, assurée de sa répartie.

- Ecoute-la, celle-ci. C’est elle qui dit ça ? Question "mauvais coups", vous êtes plutôt expertes,lança Louisa que le gros roman qu’elle tenait à deux mains commençait à démanger aussi.

- Cool, Louisa. On a juste surpris votre conversation. Alors ? Qu’est-ce qu’il a encore inventé, le petit génie du quartier ?

- Ça ne vous regarde pas, tenta Ben avant de recevoir une oeillade discrète de Louisa l’intimant à se taire.

- Donc, il a bien préparé quelque chose, en conclue Mélanie.

- Laisse tomber, fit Louisa en invitant Ben à franchir le portail qu’elle referma au nez des trois raseuses. Faut toujours qu’elles se mêlent de tout. Allez viens, on va appeler Albert. 

- C’est ça. Et passez-lui le « bonjour » de notre part, conclut Jeanne d’un signe superficiel de la main. 

 

Ben et Louisa disparurent dans la maison. Les trois filles restèrent encore un moment devant le portail en persifflant.

 

- C’est louche, fit Sonia. Je suis certaine qu’ils préparent un truc.

- On n’a qu’à les surveiller discrètement, proposa Mélanie.

- Non, laisse faire. On va d’abord retrouver les garçons. Ils en sauront peut être plus, ajouta Jeanne.

Mais oui, c’est une précision qu’ii fallait absolument souligner : Jeanne, Sonia et Mélanie sont de grandes copines de Franck, Kevin et Tony. Détail bien connu de Louisa et Ben qui s’empressèrent de rejoindre Albert à son domicile dès que la rue fut dégagée de toute présence incongrue. Ils trouvèrent le savant garçon affairé devant son établi du parfait petit chimiste. Albert venait de mettre la dernière touche à son fameux sérum « anti raseurs » et tenait, victorieux, une fiole à bout de bras.

 

- Je vous présente le breuvage magique certifié sans danger, à l’apparence et au goût de jus de fruit ordinaire. C’est y pas génial, ça ?

- Tu es certain qu’il n’y a aucun risque, Albert ? Demanda Louisa, inquiète. 

- Puisque je vous répète que ça marche. Vous voulez une preuve ? Venez avec moi en cuisine. J’ai de quoi vous convaincre.

 

Et sur ces paroles, Albert, Louisa et Ben quittèrent la pièce. Au passage, le petit génie attrapa le chat de la maison nommé « Galilée », se saisit de son écuelle et prépara un savant mélange de lait et de potion. Le matou ne se fit pas attendre pour laper le tout en quelques coups de langue avant de se s’étirer nonchalamment sur la table. Encore quelques instants de patience qu’Albert chronométra avec attention avant de conclure :

 

- Vous voyez ? D’habitude Galilée ne tient pas en place et là il est bien vivant mais sage comme une image. 

- Et il va rester comme ça combien de temps ? demanda Ben en caressant l’animal qui s’étendait de tout son long. 

- L’effet est plus ou moins durable selon la constitution physiologique du sujet, précisa Albert.

- C’est à dire ? Pour faire simple ?

- Pour faire simple, l’effet peut être temporaire ou permanent.

- Permanent ? s’inquiéta une nouvelle fois Louisa. Tu as bien réfléchis, Albert ? Permanent, ça veut dire définitif. 

- Okay. Puisque vous doutez, je vous propose d’attendre jusqu’à demain pour voir si notre « Galilée » est toujours vivant. Ça vous va ? proposa Albert à ses deux amis.

- Pauvre Galilée, fit Ben. J’espère qu’on le retrouvera en pleine santé sinon je vais m’en vouloir à mort.

 

Les trois amis décidèrent d’aller poursuivre leur conversation à l’extérieur de la maison afin de profiter des derniers rayons de soleil de la journée. Ils n’avaient pas remarqué la présence de Sélène qui, au cours de leur expérience sur le chat, s’était cachée dans la pièce à côté afin de surveiller les agissements de son frère. Encore trop jeune, Sélène n’avait pas compris un traître mot des propos savants de son frère. Mais ce qui avait piqué sa curiosité concernait plutôt ce fameux breuvage qui se trouvait dans la fiole qu’Albert avait malencontreusement laissé sur la table de la cuisine. Elle se saisit d’un verre et s’en servit une bonne rasade mais n’eut pas le temps de s’en délecter car, au même instant, les parents qui revenaient de leur footing quotidien firent irruption dans la cuisine. Voulant éviter d’être soupçonné d'une mauvaise intention, la fillette fit croire qu’Albert venait de préparer un excellent jus de fruit dont elle fit profiter ses parents tout heureux d’étancher leur soif après l’effort. D’humeur sereine, Galilée  miaula mollement avant de se diriger vers son panier. 

 

    Le lendemain matin, la maison s’éveillait doucement au son des oiseaux qui piaillaient dans les haies du jardin. Albert, encore tout endormi, fut le premier à entrer dans la cuisine et s’installa devant un copieux bol de céréales. Il fut soulagé de retrouver son chat, bel et bien vivant et se jura d’appeler Louisa et Ben eut fois sa toilette matinale effectuée. Il perçut tout juste la présence de son père qui passa derrière lui en se dirigeant vers les toilettes. Il entendit une voix fluette marmonnée dans un long bâillement lui adresser un « bonjour ». Cette petite voix intrigua un court instant le garçon mais il n’y prêta guère attention. Puis se fut au tour de la maman de faire irruption derrière son fils à qui elle adressa un tendre baiser sur la tête avant de s’étonner qu’Albert grandissait de jour en jour. Dans un demi éveil, elle se dirigea vers le frigo qu’elle trouva aussi plus grand que de coutume avant de pousser un hurlement soudain qui fit sursauter son garçon et le matou. Lorsqu’Albert se tourna vers sa mère, il se trouva nez à nez avec une gamine d’à peine dix ans et dont le visage affichait une expression qui mêlait étonnement et effroi.

- Qui es-tu ? Où est ma mère ? demanda Albert à la jeune inconnue.

- Mais c’est moi, mon chéri ! C’est ta maman… Oh, mon dieu, que m’arrive-t’il ? s’écria-t’elle toute affolée en tenant devant elle ses bras dissimulées par les manches d’une chemise de nuit devenue trop grande.

Attiré par les exclamations, un jeune garçon fit irruption dans la cuisine, vêtu d’un pyjama beaucoup trop grand pour lui mais reconnaissable entre tous : celui du papa. 

- Papa ? C’est toi ? s’écria Albert qui croyait rêver.

- Gilles, hurla d’effroi la mère en découvrant son mari rajeuni.

- Ma… Ma… Marijo, balbutia ce dernier, tout interloqué par l’apparence juvénile de sa femme.

- Okay. Okay. Pas de panique. Doit y avoir une explication toute simple, fit Albert afin de rassurer ses parents tétanisés par la peur. Asseyez-vous. Je vais vous servir un bon café bien fort… Je…

Sa gorge se noua lorsqu’il aperçut dans l’évier, la fiole vide de potion qu’il avait oublié, la veille, de ramener dans sa chambre. Albert crut qu’il allait défaillir mais se ressaisit très vite avant de se retourner vers ses parents.

- Qu’est-ce que fait cette fiole dans l’évier ? demanda Albert.

- C’est le jus de fruit que tu nous as préparé hier, balbutia le père.

- Quel jus de fruit ? Je ne vous…

Ça y est. Tout devenait clair dans la tête d’Albert. Une seule personne avait été capable d’inventer un tel mensonge, de commettre une telle bévue.

- Sélène ! hurla le garçon. Viens ici tout de suite !

 

Encore étourdie par ce réveil brutal, Sélène entra dans la cuisine avant de s’asseoir à la table tout en dévisageant les deux jeunes inconnus qui la fixaient d’un air terrifié.

 

- Pourquoi tu hurles Albert? Je ne suis pas sourde. Et c’est qui ces deux-là ?

- Ces deux-là sont nos parents, Sélène. Et la fiole vide que je tiens à la main et celle qui contenait le soi-disant jus de fruit que tu leur as servi, hier, maugréa Albert entre ses dents.

 

Réalisant enfin le drame qui se jouait à l’instant devant-elle, Sélène poussa un cri d’horreur avant de s’enfuir dans la maison. 

Une fois la situation exposée à ses parents et la maison de nouveau calmée, Albert appela Louisa et Ben en les rassurant sur le sort de Galilée mais en les sommant de le rejoindre d’urgence à son domicile. Lorsque ses deux amis découvrirent la nouvelle apparence des parents d’Albert, ils n’en crurent pas leurs yeux. La situation était critique : Marijo et Gilles étaient toujours des adultes mais dans les corps des enfants qu’ils furent. Louisa ne cessait de rappeler à Albert son inquiétude de la veille concernant les effets indésirables de la potion. Ben tentait de rassurer les parents d’Albert, inquiets de leur sort. Sélène, rongée par la vexation et la culpabilité, affichait une mine de six pieds de long. Quant à notre jeune prodige, pris dans le tourment et l’inconstance de cette matinée maudite, il tentait en vain de réfléchir à toute cette pagaille.  

 

- Faut que je trouve une solution pour contrer les effets de la potion… Faut recommencer tous les calculs…

- C’est tout ce que tu trouves à dire ? Va falloir régler ça illico presto mon petit Albert parce que, là, nous sommes dans de graves problèmes mais alors très, très grave…, s’impatientait le père en arpentant la cuisine dans son pyjama trop grand.

-  Papa, s’il te plaît. J’essaie de me concentrer, se lamentait Albert.

-  Faites-lui confiance, monsieur. Albert est un As, ajouta Ben en se voulant convaincant.

- Un As ? Ah, il est beau, l’As. Et est-ce que l’ « As » peut me dire comment je vais expliquer ça au boulot, à mon chef de service, à mon patron ? fit Gilles avant de se saisir du téléphone. D’ailleurs, faut absolument que je les appelle pour les prévenir que... 

- Non ! crièrent de concert Louisa et Ben. Surtout pas. Ne faites rien…

- Et pourquoi, je vous prie ?

- Vous croyez que votre chef de service va vous reconnaître à l’autre bout du fil avec une voix de… Enfin, votre voix qui est..., hésitait Louisa qui ne savait par quel bout commencer pour faire comprendre au père d’Albert la bizarrerie de sa décision. 

- Quoi ? Qu’est-ce qu’elle a ma voix ?

- C’est la voix d’un enfant de dix ans, monsieur. Ça ne va pas le faire, conclut Louisa désolée.

- Et oui, ça ne va pas le faire. Vous imaginez si on essayait d’appeler notre proviseur en se faisant passer pour nos parents ? ajouta Ben.

- Assis-toi chéri. Les enfants ont raison. Ton chef de service ne va pas te reconnaître, fit Marijo dont l’humeur s’était un peu apaisée. 

- Ça va, ça va, j’ai compris ! pesta Gilles avant de se dresser soudain toujours en proie à la colère. Je te préviens, Albert, si tu ne trouves pas une solution rapide à toute cette pagaille, je te jure que...

 

Mais il ne put poursuivre son propos en constatant que chacun le dévisageait avec incrédulité. 

 

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que j’ai dit encore ? 

- Arrête, mon chéri, même ça, ça ne marche pas. Inutile de te mettre en colère, ça ne sert à rien, conseilla doucement Marijo à son petit mari.

- Qu’est-ce que ça veut dire, ça ? Je ne peux plus sermonner mon fils ? 

- Ce n’est pas ça, chéri, mais là, dans ce corps d’enfant, avec ce pyjama trop grand et cette voix c’est... 

- C’est quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire ? 

- Et bien, tu n’es pas crédible, Gilles. Tu ne vas impressionner personne, tu comprends ? 

 

Un fou rire incontrôlable pointait chez tous jusqu’à exploser dans toute la cuisine. Désabusé, Gilles n’insista plus et s’écroula mollement sur une chaise en signe d’abandon. Mais le rire a des vertus libératrices qui fit jaillir une idée soudaine dans le cerveau génial d’Albert.

 

-  Eureka ! J’ai la solution. Mais oui, c’est si simple, il faut inverser la formule, s’écria Albert. Puis en se retournant vers ses parents, il ajouta. - Ne vous inquiétez plus. Vous retrouverez votre apparence normale avant la fin de la journée.

 

Il entraîna à sa suite Louisa et Ben qui obéirent tels de bons soldats à leur supérieur non sans avoir préalablement sollicité sa chère soeur qui boudait, affalée sur un coin de table. 

 

- Sélène ! Es-tu prête à aider maman et papa ?

- Ouais, répondit Sélène sans envie.

- Sans faire de chantage ni de mauvais coup ?

- Mouais, répéta-t’elle avec agacement.

- Je veux bien te croire mais il y aura une condition : tu feras tes devoirs de math toute seule.

 

Ni une, ni deux, cette remarque fit bondir Marijo dans sa grande chemise de nuit. Elle en avait peut être l’apparence à présent mais elle n'était plus une gamine. De plus, elle était très au courant des procédés de chantage dont sa fille abusait d'ordinaire avec son grand frère. 

 

- Sélène, qu’est-ce que ça veut dire ? Tu as encore demandé à ton frère de faire tes devoirs à ta place ? 

- C’est bon maman, laisse tomber, c’est pas tes oignons !!! répliqua sèchement Sélène à sa mère.

- Sélène ! Je t’interdis de me parler sur ce ton ! 

 

Marijo fulminait. Elle ne pouvait supporter les sautes d’humeur insolentes de sa fille. Sélène se contenta de toiser sa maman d’un air supérieur avant de quitter la pièce sans ajouter un mot. Ce qui eut pour effet d’agacer encore un peu plus Marijo avant qu'elle ne se tourne vers son « gamin » de mari.

 

- Mais enfin, Gilles, tu as vu comment elle m’a parlé ? Dis quelque chose, enfin…

- Calme-toi, mon amour, calme-toi ! Rappelle-toi, dans ces corps d’enfants, nous ne sommes pas crédibles, se contenta de répondre son petit mari en prenant doucement la main de son épouse.

De l’autre côté de la rue, les jeunes « raseurs » du quartier, filles et garçons, s’étaient réunis à l’abri d’un bosquet d’arbres afin de surveiller les agissements dans la maison d’Albert. Kevin, armé d’une paire de jumelles, guettait. Allongés près de lui, tout le reste de la bande restait attentif.

 

- Alors qu’est-ce que tu vois ?

- Minute. Ça bouge beaucoup là-dedans, fit Kevin. Je vois Albert, sa sœur, Ben, Louisa et deux autres « zozos » que je ne connais pas. 

- Sans doute des potes à eux, supposa Tony. Et les parents ?

- Pas de trace des parents. 

- Etrange, ça, fit Jeanne en fronçant les sourcils. Je crois que j’ai compris ce qu’ils nous cachaient depuis un moment. Les parents se sont absentés pour quelques jours et ils en profitent pour organiser une fête entre eux. Les petits cachotiers...

- Ils ne vont pas s’en tirer comme ça. Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Mélanie, ses lèvres pincées par cette méchanceté qui la caractérisait si bien.

- Oh, j’ai une idée, s’écria Sonia jamais à cours de vacheries. Si on lançait sur les réseaux sociaux une fausse info à tout le quartier en faisant croire qu’Albert invite tout le monde à une méga teuf Ça ferait une sacrée pagaille et on en profiterait pour taper l’incruste, mettre la pagaille dans la maison,etc.

- Sonia, tu es diabolique. C’est trop génial comme plan, s’égaya Mélanie.

- Ouais. Coup fumant. Il n’y a que les filles pour avoir des idées pareilles, fit remarquer Frank à ses deux potes qui opinèrent du chef en signe d’approbation blasée par une telle vérité. 

 

Une fois tout le petit groupe au diapason de la marche à suivre, chacun vaqua à ses sournoises occupations. Certains devaient préparer quelques affichettes annonçant la fausse fête organisée par le pauvre Albert et en couvrir les troncs d’arbres des environs. D’autres allaient se fixer devant leurs ordinateurs ou tablettes numériques afin d’envahir les réseaux sociaux du plus beau « fake news » jamais inventé dans le quartier. Enfin, quelques uns se plairaient à errer entre les immeubles et pavillons afin de colporter la rumeur. Bref, le commando des « raseurs » venait de sortir l’artillerie lourde. Une guerre impitoyable se préparait. 

 

De leur côté, prisonniers de leur cuisine, les parents d’Albert ne pouvaient que prendre leur mal en patience. Gilles faisait les cent pas sans manquer de se prendre les pieds dans son pantalon de pyjama trop grand pour lui. Marijo se rongeait les ongles, une sale habitude qu’elle avait pourtant abandonné à l’adolescence. Sa jeunesse venait de ressurgir sans prévenir et les vilaines manies qui l’accompagnaient avec.

 

- C’est long. Qu’est-ce qu’il fait, bon sang ! pestait Gilles.

- Ne vous inquiétez pas, monsieur, fit Louisa afin de prévenir une nouvelle montée de colère du papa. Je suis certaine qu’Albert va réussir à arranger tout ça.

- Tu es bien sûre de toi. Moi, j’ai une mauvaise intuition. Je sens que tout ça va mal finir… 

- Gilles, calme-toi. Moi, j’ai confiance en Albert. Il faut reconnaître qu’il est doué avec toutes ses expériences, ajouta Marijo.

- Il est surtout très doué pour déclencher des catastrophes.

- C’est injuste de parler comme ça, monsieur, protesta Ben. Albert est un sacré chimiste et puis il est super fort pour tout ce qui est scientifique. A l’école, c’est le premier en math, physique, biolo... 

 

Sélène, lassée de ces discussions, se leva et se dirigea vers la fenêtre de la cuisine qui donnait sur le jardinet. Elle aperçut la nuée de jeunes adolescents qui avançaient nonchalamment vers la maison avant de s’exclamer :

 

- Oups ! Problème à l’horizon !

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a encore, fit Gilles en jetant un oeil discret à l’extérieur. C’est quoi tous ces gosses qui déboulent par ici ?

 

Marijo, Ben et Louisa vinrent se coller à leur tour aux vitres de la fenêtre. 

 

- Mon dieu ! Mais ils sont combien ? Il en arrive de partout ?

- Ça, c’est un coup des autres, soupira Louisa.

- Quels autres ? Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda le père qui écarquillait des yeux affolés.

- Les garçons qui n’arrêtent pas de nous traiter à Albert et moi, siffla Ben entre ses mâchoires crispées par la colère.

- Et les filles, ajouta Louisa. Regardez-les celles-là, elles sont justes là, en tête du peloton. Mélanie, Jeanne et Sonia dans toute leur médiocrité.

- J’ai compris, s’exclama Ben en jetant un œil à son smartphone. Ces bouffons on lancé un "fake" sur les réseaux sociaux et ont fait croire à tout leurs contacts qu’Albert invitait tous les jeunes du quartier à une super boum chez lui.

- Quoi ? Une super quoi ? Mais on ne va pas les laisser faire ça ! hurla Gilles, prêt à exploser.

- Calme-toi, chéri, fit Marijo. Pense à tes nerfs…

 

Ce fut la phrase de trop qui alluma la mèche de « Dynamite Gilles » comme le surnommait parfois ses enfants pour décrire ses éternelles sautes d’humeur. Ce dernier, fou de colère, se précipita pour sortir de la cuisine et prendre la direction de la porte d’entrée mais il fut vite retenu par Ben et Louisa qui lui rappelèrent que dans cet accoutrement et ce corps redevenu si jeune, sa crédibilité était toujours aussi éphémère. Dépité, laminé, épuisé, Gilles se ravisa au moment où des bruits de pas et des éclats de voix retentissaient dans le vestibule. Marijo s’en voulut mille fois d’avoir laisser la porte d’entrée entrebâillée pour laisser « Galilée », le chat, aller et venir à son aise. Mais ce dernier avait changé ses plans et observait à présent depuis une corniche du toit la horde de gosses bruyants qui venaient de violer son territoire. Ben se précipita dans la chambre d’Albert qui, lui, poursuivait de savants mélanges de mixtures et les faisaient bouillir selon un principe chimique connu de lui seul. Il alerta son ami de l’invasion imminente. De leur côté, Louisa et Sélène décidèrent de faire barrage dans le salon. La sœur d’Albert allait enfin mettre son fichu caractère au service de la famille.

 

- T’inquiète pas, maman. Je vais faire comme toi quand tu fais ta mauvaise tête et ton regard de tueuse. Ça va chauffer. 

- Je fais ma mauvaise tête et mon regard de tueuse ? demanda Marijo à Gilles qui la fixait d’un regard sans expression.

- D’habitude, tu es plutôt efficace, mais là,… 

 

Pas crédible. Cette expression prenait à présent tout son sens. Jamais les deux parents ne s’étaient sentis aussi impuissants. De dépit, ils se contentèrent de s’asseoir sur la table de la cuisine en se goinfrant de gâteaux secs comme deux ados désoeuvrés et rongés par l’ennui.

Un peu plus tard, la fête improvisée battait toujours son plein dans la maison. Jusqu’à présent, Louisa et Ben tenaient bon la ligne de défense et empêchaient quiconque de pénétrer dans la cuisine. Sélène avait même revêtu son kimono de karaté afin d’en découdre avec la jeunesse tapageuse qui s’ébattait à grands coups de musique pop indigeste. Enfin, Albert, les cheveux en bataille et le tablier blanc tâché de divers ingrédients, fit irruption dans la cuisine. Il tendit deux verres à ses parents.

 

- C’est prêt ! Avec ça, vous devriez reprendre votre apparence normale en deux coups de cuillère à pot. Enfin, je crois…

- Tu crois ou tu en es certain, ironisa son père. Parce que vu la pagaille qui règne dans cette maison, on ne peut plus se permettre la moindre erreur.

- Buvez ça, insista Albert. Justement, le temps presse…

 

Marijo et Gilles ne se firent pas prier une troisième fois pour engloutir d’un trait le breuvage amer. Pendant ce temps, à grands coups de balai et autres ustensiles, Ben, Louisa et Sélène tentaient l’impossible pour empêcher les envahisseurs de pénétrer dans la cuisine. Malgré leur bonne volonté, Kevin, Jeanne et les autres firent irruption dans la pièce. Franck s’amusait de la situation.

 

- Ce bazar dans la casa. C’est trop kiffé ! La tête que vont faire les parents d’Albert quand ils rentreront et verront le massacre ! 

- On fait fort, les copains, mais très fort, s’extasiait Jeanne.

- Nous avons pu constater, lança Marijo qui se campa, droite comme un « i », devant le clan des trublions.

- Ah, mais je les reconnais ces morveux. Je connais même très bien leurs parents, fit Gilles en imitant son épouse.

- Vous mêlez pas de ça. Vous faites pas le poids. Attendez que ça fasse effet, conseilla Albert en repoussant ses parents. 

 

Trop tard, cette grande gueule de Kevin s’avançait à présent vers eux.

 

- Albert, tu nous avais caché que tu avais de nouveaux copains... 

- Oh, mais elle mignonne ta nouvelle copine, fit Tony en se dirigeant vers Marijo.

 

Voulant prendre la défense de sa femme, Gilles s’interposa mais fut rapidement pris en main par leurs deux enfants qui les repoussèrent dans la pièce voisine. A présent, tout allait se jouer entre jeunes, entre « vrais » jeunes. Ce fut une lutte injuste et rapide qui se solda par une défaite cuisante. Albert était à présent prisonniers de Frank, Kevin et Tony, tandis que Jeanne, Mélanie et Sonia tenaient Louisa, Sélène et Ben à leur merci.

 

- Bande de lâches ! pestait Albert. C’est facile quand on est plus nombreux. 

- Pleure pas, fit Tony en décochant un coup de pied dans les jambes d’Albert. Reconnais que tu n'es pas à la hauteur.

 

Tony et les autres, n’avaient pas remarqué que depuis un moment, deux adultes avaient surgi de la pièce d'à côté et les toisaient d’un regard plein de colère. 

 

- Et penses-tu, mon petit gars, que sa mère et moi sommes à ta hauteur à présent ? fit Gilles heureux d’avoir retrouvé son apparence de quadragénaire affirmé.

 

Enfin, Albert était soulagé de retrouver ses vrais parents, avec leur âge et leur corpulence d’adulte. Ce cauchemar prenait fin et avec lui, le joug de ces maudits raseurs.

 

      Quelques instants plus tard, ces derniers étaient de corvée et faisaient bon coeur contre mauvaise fortune pour remettre toute la maison au propre. 

 

- Et que ça brille jeunesse, lançait Marijo pas mécontente d’avoir récupérer sa superbe. Vos parents ne vous attendent que lorsque vous aurez terminé intégralement le nettoyage de tout ce bazar. Ils se sont montrés très compréhensifs. De braves gens, vos parents. Vous verrez, ils vous ont aussi réservé une surprise de retour chez vous.

 

Les « raseurs » ne rasaient plus mais frottaient, ciraient, astiquaient pour la plus grande joie de Louisa, Sélène, Ben et Albert. Ce dernier, pris d’un soudain coup de fatigue, prit place à la table de la cuisine, avant de siffler d’un trait un verre de jus de fruits qui trainait dessus. Louisa interpella soudain Albert.

 

- Albert, tu viens de boire quoi, là ? Dans quel verre tu as bu ?

- Dans celui qui se trouvait ici, répondit le garçon. J’avais trop soif…

- Mon dieu, Albert, fit sa mère épouvantée. C’est le verre de ta nouvelle potion que je n’avais pas bu entièrement!

 

Albert, réalisant l’horreur de la situation, s’éclipsa vers sa chambre. Un silence pesant régnait à présent dans la cuisine avant que tous se précipitent devant la porte d’Albert que ce dernier avait pris soin de verrouiller derrière lui.

 

- Albert ? Ça va ? Ouvre… C’est nous, maman et papa.

 

Au bout d’un temps qui parut infini, le loquet de la porte céda. Marijo ouvrit cette dernière avant de pousser un petit cri de stupeur.

 

- Il s’appelait Albert aussi, le scientifique très connu, là, demanda Gilles qui n’en croyait pas ses yeux.

- La ressemblance est plutôt frappante... C’est saisissant, ajouta Louisa.

-  Waouh ! On dirait vraiment lui, s’exclama Sélène.

- Surtout la moustache et les cheveux blancs…

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