BURN OUT - Le décalogue terrifiant

Publié le par Gianmarco Toto

« - …L’homme est amusant, naïf et inconstant. Il m’amusait bien jusqu’alors, ajouta Andras. Mais aujourd’hui, je ne trouve plus d’intérêt à ce poste. Comment vous dire ?...

- Allons, allons, Andras, vous m’inquiétez, ajouta le supérieur en refermant un lourd dossier devant lui. Jusqu’alors, vous m’avez toujours paru plus que compétent dans votre tâche. Vraiment, le conseil n’a aucun grief à l’égard de votre travail. Vos résultats sont plus qu’éloquents. Que dire de plus ?

- Je sais. Jusqu’à présent, j’ai donné le meilleur de moimême, si vous me permettez cette expression. Mais, voyez-vous, je sens que mon rôle touche à sa fin. Il n’y a plus rien, ici bas, qui me confirme l’impression inverse. Ils sont tous fins prêts et, j’en suis prêt à perdre ma foi, en possession complète de leurs moyens.

- Vous savez, Andras, ce n’est pas du tout l’avis du haut conseil. La concurrence est encore rude. Il reste, par ci, par là, quelques faisceaux de résistance. Il me semble que ce n’est pas le moment de baisser notre garde. Et vous êtes un des meilleurs éléments de cette garde. Où pourrionsnous, aujourd’hui, trouver un directeur des ressources humaines aussi efficace que vous ?

- Mais ils le sont tous à présent. Ils sont tous devenus leurs propres directeurs des ressources humaines. Voyez, regardez l’évolution de cette société qu’ils ont tant voulu si vaniteuse et pleine de convoitise. Je n’ai plus rien à leur apprendre. Je le vois bien.

- Et que faites vous des hommes de justice, fort difficiles à corrompre et qui soulèvent des désirs d’entreprises honnêtes et solidaires ? Ils ne nous laissent aucun répit. A peine pouvons-nous nous satisfaire d’un tel ou tel résultat que ces derniers renaissent de leurs cendres comme des braises attisés par un vent fortuit. Ce sont des serviteurs comme vous qui ont, de tout temps, empêché que cela n’arrive. Ah, vous m’impatientez, Andras ! Je m’inquiète sincèrement de votre santé. Ne pensez-vous pas que vous êtes la victime d’un sournois burn-out qui vous trouble l’esprit et étouffe un tant soi peu cette flamme qui vous caractérise si bien ?

- Un burnout ? Au fond, je n’y avais pas pensé…

- Ah ! Vous voyez ? Andras, je vous crois un peu surmené et fatigué. Ce qui, pour ma part, me paraît tout naturel et justifié.

- Mais alors, que faire ?

- Vous avez besoin d’un temps de repos, mon petit Andras. Et je vous l’octroie sans aucune difficulté. Prenez quelques jours de congé. Sortez, voyez du monde, amusezvous. Laissez-vous aller aux petits comme aux grands plaisirs. Faites un voyage, par exemple. Allez-donc brûler votre peau au soleil. Tenez, je connais un petit endroit sur le continent africain qui vous ravira, J’en suis certain.

- Ah, bon ? Comment cela ?

- Ecoutez, un de mes frères s’est payé un séjour dans cette contrée et bien, il n’a pas eu à le regretter. Complot, corruption, massacre, épurations ethniques, intégrisme religieux,… Tout y est ! Un vrai petit paradis, si vous saisissez la métaphore.

- En effet, c’est une idée. Bon, je vous remercie, monsieur d’avoir pris sur votre temps pour me recevoir, ajouta Andras en se levant.

- Mais je vous en prie, mon ami. Vous avez très bien fait. Vous savez, Andras, je sens et devine quand mon personnel a besoin d’une attention toute particulière. Vous, je l’ai vu tout de suite, quand vous avez franchi la porte des limbes.

- Et à quoi vous avez vu ça ?

- Vos cornes…

- Mes cornes ?

- Oui. Vos cornes… Elles ont un peu terni avec la fatigue. C’est un symptôme que je connais sur le bout des griffes. Croyezmoi, mon petit Andras, je ne suis pas président directeur général de la société Inferno par hasard.

- Oh, je n ‘en doute pas, monsieur. Je n’en doute pas. Et merci encore… »

 

 

Chant des nouveaux démons

Tu ne peux les entendre et pourtant ils sont là.

Tu ne peux les comprendre, ils te parlent ici bas.

De murmure inaudible en vision éphémère,

Ils soulèvent le voile de tous les mystères.

 

Ils écrivent leurs mots sur des papiers de sang,

Assoiffés de contrats, devenirs décadents,

Louant mille fois leur monarque infernal

En déjections impies au parfum de scandale.

 

Troublant le bon sommeil du juste dans la nuit,

Ils viennent en douceur se poser sur ton lit,

Se couchent à côté, en vrai samaritain,

Violer la chasteté de tout bon sacristain.

 

Reprenant les écrits de tous nos vieux prophètes,

Ils troublent nos esprits et enfièvrent nos têtes.

La plus simple des fois devient une conquête

Où l’humain n’envie rien au sort de toutes bêtes.

 

Et l’homme insouciant, sur des sentiers brûlants,

Avance dans l’espoir d’un confort inconscient.

Il n’a d’autres soucis que sa pauvre personne

Et plus rien ne l’émeut, et plus rien ne l’étonne.

 

Parfois troublé, gêné, par de tristes nouvelles,

Avec complaisance, se sent pousser des ailes,

Affiche un certain repentir sur le web ou la toile

Mais les démons sont là ! Sur leurs yeux met des voiles !

Publié dans Nouvelles

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