JEUN ETERNEL - Le décalogue terrifiant

Publié le par Gianmarco Toto

Jeun éternel - "La filature"- Composition originale de l'auteur

Jeun éternel - "La filature"- Composition originale de l'auteur

JEUN ÉTERNEL

Valeriu a presque mille ans. Il ne doit sa jeunesse éternelle qu’à la malédiction qui le hante depuis tout ce temps. Valeriu est resté un jeune homme depuis cette nuit fatidique où cette créature sans remords ni humanité a planté ses mâchoires dans la chair vierge de son adolescence. Voué à une existence recluse et solitaire, il erre sans but dans les âges qu’il traverse indéfiniment. Il n’y a pas de désir, d’avenir, de rêves ou d’espoir pour Valeriu. Son quotidien est marqué du sceau éternel d’une jeunesse pétrifiée. Le temps s’est arrêté pour le jeune adolescent mais sa soif sanguinaire continue de le torturer chaque nuit. Il y a longtemps, lorsqu’il fut vampirisé, il se jura de ne jamais planter ses crocs dans la chair humaine. Plus de sept siècles de jeun l’ont rompu à toutes les envies, à toutes les faims. Mais ce soir là, son serment ce montra plus pesant qu’auparavant. La bête qu’il retenait en son sein devenait de plus en plus incontrôlable et capricieuse. Pour la première fois, Valeriu allait violer son serment. Fatalement, il savait que ce jour viendrait, qu’il ne pourrait résister plus longtemps, qu’il devrait irrémédiablement étancher cette soif qui le brûle dans le désert de sa non vie.  La nuit était tombée depuis quelques heures. Il errait dans cette ruelle sordide des vieux quartiers de la ville où la lie des citoyens traînait sa décadence. Voyous, dealers, toxicomanes, putains, âmes perdues en tout genre commettaient quotidiennement leurs actes illicites et se laissaient aller à une dépravation sans nom. C’est dans cette Babylone décadente et maudite que Valeriu a décidé de choisir sa proie. Quitte à priver une âme autant que celle-ci soit aussi damnée que la sienne. On n’éprouve aucun regret à se libérer d’une existence de souffrance et de martyre. La mort est un remède bien plus doux. Tout le pouvoir de ses sens surdimensionnés en alerte, il épiait chacune des personnes qui s’isolaient dans une impasse, au détour d’une ruelle ou sous la lumière blafarde d’un lampadaire. Mais, à chacun de ses élans d’attaque, son serment le rattrapait encore et l’empêchait de passer à l’acte. Epuisé, affaibli, il s’attarda un instant non loin d’un cabaret de nuit dont la musique feutrée envahissait la ruelle baignée par la clarté lunaire. Comme un ultime défi, il décida d’attendre la prochaine sortie d’un client qui deviendrait sa proie quoiqu’il advienne. Il en serait ainsi et si le remord venait une nouvelle fois l’empêcher d’assouvir son inéluctable besoin, il attendrait le lever du soleil pour disparaître sous les brûlures de la divine lumière. Valeriu n’eut pas à attendre trop longtemps car au même instant la porte du club s’ouvrit et laissa apparaître la silhouette élancée d’une jeune femme. Le jeune vampire lui emboîta le pas et commença à la suivre dans l’immonde dédale urbain. Valeriu tâchait de se faire le plus discret possible. Il ne quittait pas des yeux l’objet de ses convoitises tout en détaillant les habits qu’elle portait. Une robe s’ajustait parfaitement sur ses formes athlétiques. Elle devait être danseuse ou stripteaseuse, pensa Valeriu. Le corps de la belle ondulait gracieusement à chacun de ses pas. Ce mouvement fascinait Valeriu et ne faisait qu’augmenter la soif du jeune homme. Mais il fallait attendre le moment propice où l’infortunée promise serait enfin seule afin de passer à l’action. L’instant fatidique tant attendu se présenta enfin. Le vampire prit de la hauteur en grimpant avec agilité la façade d’un bâtiment voisin. Lorsqu’il fut juste au dessus de la jeune femme, près à fondre sur elle, le volet auquel il était accroché grinça accidentellement. La belle s’arrêta net et leva le visage en direction de Valeriu. Ce fut un instant d’éternité jamais rencontré durant toute l’existence de l’adolescent. Sa beauté eut raison de son intarissable soif. Son regard d’un vert émeraude plongeât dans celui de Valeriu. Cernés d’un visage aussi blanc que la neige, les yeux de la belle eurent raison de la bête en une fraction de seconde. A la fois intriguée et amusée de découvrir le jeune homme accroché à la fragile persienne, la belle écarta les lèvres et laissa son visage s’illuminer d’un sourire nacré à la pureté inégalée. Pour la première fois depuis près de mille ans, le cœur de Valeriu se consumait à une réelle clarté divine.

Au même moment, trois mauvais garçons, inconscients de la présence du vampire au dessus de leurs têtes, surgirent de l’obscurité. Ils encerclèrent la belle dont le beau visage s’assombrit d’une terreur soudaine. Les sales types n’eurent pas le temps d’agresser la jeune femme. Valeriu fondit sur le premier et lui entailla profondément la gorge. Le nectar vermeil coulait à présent dans la gorge du vampire et lui offrit un regain de vitalité inespéré. Sa force et sa vélocité à présent retrouvées, le jeune homme ne laissa pas le temps aux deux autres voyous de prendre la fuite. En un éclair, ils furent immobilisés et sacrifiés sans peine et sans douleur. La jeune beauté ne bougeait plus. Valeriu réalisa alors qu’il venait d’exposer aux yeux d’un ange une débauche de violence et de bestialité sans nom. Le jeune homme détourna la tête. Honteux et confus, il était bien décidé à disparaître dans l’obscurité de la nuit. Mais une main fine et d’une tendresse infinie vint saisir son bras, l’invitant à faire face à la belle enfant. Cette dernière, plongea une nouvelle fois son regard d’émeraude dans le sien. Valeriu ne pouvait plus bouger. Désaltéré d’un sang nouveau, son cœur battait à tout rompre. La jeune femme se saisit d’un mouchoir et commença à éponger les traces de sang qui maculaient les lèvres de Valeriu. Sans aucune crainte, ni dégoût, une fois son ouvrage terminé, elle prit doucement la main du vampire. Les deux jeunes gens disparurent dans la nuit, comme ça, simplement, les yeux dans les yeux. On ne les revit plus jamais mais certaines âmes errantes et damnés de la ruelle des martyrs racontèrent que ce soir là, sous la clarté de la lune, ils furent témoins de l’improbable rencontre entre la mort et l’amour. 

CHANT DU VAMPIRE AMOUREUX

Il est fondu au noir sur le macadam

C’est pas le bon moment de laisser là sa dame

L’ombre assouvit son désir le plus animal

C’est l’heure sombre où la lune douce est fatale

Reste pas là, poupée, la bête est presque en transe

C’est l’immonde immortel dont tu entends la danse

 

Mais la black panthère fait trop la sourde oreille

Strass, passe sans soucis de la bête qui veille

Trop seule, trop belle pour voir l’invisible

Trop jeune, trop style pour un moove impossible

Elle s’épanche sans crainte sous l’halo livide

Des néons incertains à la pâleur acide

 

Un faux nuage passe au nez de l’astre blanc

De cette horrible goule on ne voit que les dents

Dans son cuir d’infortune le fantôme retient

Son souffle de tueur, son haleine de chien

Il a soif, il a froid, il lui faut la chaleur

D’une gorgée de sang, de son flot, son odeur.

 

Lorsqu’il est là devant elle, happant les ténèbres

De sa noire présence, un filet sur les lèvres 

Un regard lui suffit pour l’attirer à lui

C’est trop tard, c’est foutu, quand elle pousse un cri

Et soudain le silence, il ne peut assouvir

Ce pour quoi il est fait, le destin d’un vampire.

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